Lycée Carnot à Tunis, c’est grâce à la France

Un grand lycée, en plein cœur de la ville européenne de Tunis. Il occupe un espace considérable entre deux avenues.

C’était le Lycée Carnot entre l’avenue Roustan et l’avenue de Paris.

Tous les noms ont changé : c’est le Lycée Bourguiba entre l’avenue Ferhat Hached et l’avenue de la Liberté.

Les bâtiments des salles de classe et des services administratifs ont été construits par des architectes qui hésitaient entre le bauhaus, le modern style et l’hispano mauresque.

Vue sur cour

Deux grandes cours plantées d’arbres pour regrouper les élèves ou les disperser aux heures des récréations . Les murs blancs et le soleil implacable, les murs gris et les pluies d’orage qui ravinent les sols, le rythme des saisons en Tunisie, pays froid où le soleil est chaud.

Vue sur cour 2

Au Lycée Carnot, quand j’y étais, du milieu des années 40 au milieu des années 50, il y avait une règle absolue : pas un élève ne voulait être distancé dans les études, tous voulaient briller, réussir à passer de classe, éviter l’humiliation du redoublement ou du renvoi vers une école technique.

Le lycée accueillait des élèves de tous les milieux et de toutes les origines : jeunes français, fils de fonctionnaires, d’industriels ou de colons, tunisiens musulmans, siciliens, maltais, juifs « tunes » , tous cohabitaient harmonieusement.

Lycée Carnot à Tunis

Mes copains c’étaient El Goulli, Abdilla, Barré, Norbert, Clément, Abdelmajid, Mohamed, Le Bellec, Donio, Belkhodja, Gérard …J ’ai leurs visages imprimés sur les photos de classe et les inflexions de leurs voix gravées dans ma mémoire.

Le Lycée Carnot, c’était pour les garçons seulement, les filles allaient au Lycée Armand Fallieres ou à Notre Dame de Sion.

Les classes commençaient dès 8 heures du matin. J’ai gardé le traumatisme de l’interrogation écrite de mathématiques lundi 8 heures que Mlle Deschenaux nous imposait toute l’année. Elle rendait les copies striées de rouge le lendemain et ceux qui avaient eu de mauvaises notes étaient invités à réviser : 4 heures de colle samedi après midi. Ça stimule !

Les professeurs étaient presque tous français et venaient de la métropole. C’était au temps où un professeur de lycée était un monsieur important auquel on s’adressait avec beaucoup de respect en espérant de lui un signe d’encouragement. Des professeurs d’anglais remarquables, un professeur d’italien admirable … En sciences naturelles, en cours de littérature comme en histoire ou en cours de dessin, des gens parfaits qui expliquaient, qui enseignaient et nous tous, gamins aux genoux écorchés par le foot des « récré » on écoutait et on prenait des notes. Et à la maison, on relisait et on recopiait des pages du livre pour mieux retenir.

Nos parents étaient très fiers de dire à leurs amis que le petit allait décrocher le bulletin de satisfaction ou même n’était pas loin d’obtenir les félicitations. Mais ils n’exerçaient pas sur nous de pression et ne nous menaçaient jamais de sanctions.

Non, au Lycée Carnot, on était les rois du monde : des profs de talent, des parents chaleureux, des copains gentils, sympa avec lesquels des amitiés se nouaient au cours des années.

Il y avait des devoirs écrits, il y avait des notes et il y avait des classements. On sait que tout ceci a disparu et que, pour vexer personne, on a jeté tout le monde dans la grande marmite de l’ignorance et du laisser aller.

Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha, et                Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de France en Tunisie.

Au Lycée Carnot on cherchait à obtenir des têtes bien faites et on savait qu’il fallait aussi qu’elles soient bien pleines.

Mes copains catho qui allaient à la messe et mes copains musulmans qui tenaient tant à s’occidentaliser, mes copains « tunes » fils de commerçants qui voulaient faire médecine ou pharmacie, on était tous très bien considérés : la relève disait mon père, l’élite de demain, celle qui ne connaîtra pas la pauvreté, celle qui accèdera au pouvoir et se débarrassera de l’humiliation coloniale, tous on était allaités par la culture française.

Le Lycée Carnot représentait la France, grande dame de l’Histoire, venue s’occuper de nous pour nous rendre dignes d’elle.

Alors, pourquoi ce Lycée a-t- il permis l’éclosion de tant de talents ?
… Les professeurs, les parents, les élèves, le respect, la volonté d’aller plus loin … un moment inouï , une courte période où l’œuvre civilisatrice de la France atteignait son apogée.

Quant je lis qu’une partie des députés tunisiens entendait exiger de la France des excuses et un dédommagement de 5 milliards pour « les crimes du Protectorat », les bras m’en tombent. Mes amis tunisiens devenus ministres ou industriels et qui sont toujours mes amis malgré le temps qui va, doivent sourire ou être gênés.

L’élite de la Tunisie, l’élite des tunes parisiens, c’est grâce au Lycée Carnot, c’est grâce à la France.

André Simon Mamou

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