
ad matai עַד מָתַי
À force de répétitions, d’images sorties de leur contexte et d’accusations lancées avant même les faits établis, une mécanique s’est installée : Israël est sommé de prouver son innocence tandis que ses accusateurs n’ont plus à démontrer grand-chose. Même lorsque les juridictions internationales reconnaissent l’absence de preuves de génocide, le mot, lui, continue sa carrière médiatique. L’Histoire, demain, demandera-t-elle comment une telle construction narrative put s’imposer avec une telle facilité?
Il faut lire attentivement certaines enquêtes, non pour ce qu’elles démontrent, mais pour ce qu’elles révèlent malgré elles. Lorsque le journaliste du « The New York Times » Nicholas Kristof accuse Israël en relayant des récits dont la charge émotionnelle précède l’établissement rigoureux des faits, il ne produit pas seulement un article, il participe à un climat, à une atmosphère morale mondiale où l’État juif est devenu, par principe, le coupable idéal.
Bien sûr, la guerre est tragique, bien sûr, des civils meurent, bien sûr, toute démocratie doit rendre des comptes et Israël ne prétend pas être au-dessus du droit ni de la critique.
Mais ce qui est devenu insupportable, abyssal, c’est cette asymétrie désormais structurelle : l’accusation contre Israël est immédiate, massive, planétaire. La rectification, elle, n’arrive jamais, ou trop tard, ou en bas de page, ou dans l’indifférence générale. On a parlé de « génocide » avant même d’avoir établi les faits, on a diffusé des chiffres sans distance critique, on a transformé des allégations en vérités morales provisoires devenues ensuite définitives dans les consciences.
Et pendant ce temps, que dit réellement la justice internationale ? Même à la Cour pénale internationale ou à la Cour internationale de justice, contrairement à ce qu’affirment les slogans militants, aucune preuve de génocide n’a été juridiquement établie à ce jour.
Mais peu importe désormais: le mot est lancé, et, comme toujours avec Israël, l’accusation suffit.
Nous assistons à l’un des plus grands effondrements intellectuels contemporains : la substitution progressive de l’émotion à la preuve, du soupçon à l’enquête, du récit idéologique au réel.
Car enfin, imaginons un instant ce que l’Histoire retiendra un jour. Elle verra une démocratie attaquée le 7 octobre par des terroristes ayant massacré, brûlé, violé et enlevé des civils. Elle verra un pays engagé dans une guerre urbaine contre une organisation islamiste ayant méthodiquement installé ses infrastructures au cœur même des populations civiles.
Mais elle verra aussi autre chose: elle verra des campus occidentaux célébrer parfois les assassins avant même que les morts aient été enterrés, elle verra des médias reprendre des accusations invérifiées et le faire avec une rapidité sidérante, elle verra des intellectuels manier contre Israël des concepts qu’ils n’auraient jamais osé employer contre aucune autre démocratie confrontée au terrorisme.
Mais surtout, l’Histoire s’interrogera sur cette folle cécité morale : comment tant de sociétés ont-elles pu croire si facilement le pire d’Israël, et si difficilement le pire de ses ennemis ?
Car au fond, la question devient historique: comment racontera-t-on demain cette époque où l’État juif fut transformé en accusé métaphysique permanent, comment expliquera-t-on cette obsession mondiale, comment décrira-t-on cette inflation verbale où le mot « génocide » perdit son sens à force d’être utilisé comme arme politique ?
Et si le scandale du siècle n’était pas seulement la guerre elle-même, mais cette fabrication d’un récit mondial où l’accusation contre Israël devint, pour beaucoup, une vérité préalable dispensée de démonstration ?
Le plus troublant, pour moi, n’est même plus l’hostilité déclarée des ennemis d’Israël. Les ennemis assument leur camp. Non. Ce qui m’ébranle réellement, c’est autre chose.: c’est d’avoir vu des proches, des êtres aimés, des gens instruits, des amis chers, reprendre peu à peu des récits dont ils auraient autrefois immédiatement perçu les failles, les simplifications ou les emballements.
Comme si, sur ce sujet précis, les exigences ordinaires de prudence intellectuelle ne s’appliquaient plus tout à fait.
Et cela, je l’avoue, me trouble profondément. Parce qu’il ne s’agit plus seulement d’Israël, mais de notre capacité collective à résister à la force émotionnelle d’un récit lorsque celui-ci précède les faits, les écrase ou finit … par les remplacer.

C’est pourquoi je les partage, la colère de Netanyahu et sa décision de se pourvoir en justice contre l’auteur de « l’enquête » et le « journal » qui fauta gravement en la publiant. Je veux dire mon mépris à « Libération » qui se compromet une fois de plus en plussoyant ladite « enquête. Non parce qu’un gouvernement serait au-dessus de toute critique, mais parce qu’il existe un moment où une démocratie peut légitimement demander : jusqu’à quand ?
Jusqu’à quand faudra-t-il démonter des accusations déjà imprimées dans les esprits ? Jusqu’à quand faudra-t-il rappeler que le droit exige des preuves ? Jusqu’à quand des médias prestigieux transformeront-ils des hypothèses militantes en quasi-certitudes morales ?
L’une des plus grandes impostures morales du XXIe siècle aura consisté à transformer le peuple revenu d’Auschwitz en suspect universel de l’humanité. Le plus vertigineux, au-delà de la guerre elle-même, n’est-ce pas en effet la facilité avec laquelle une partie du monde a voulu croire le pire des Juifs, encore une fois.
© Sarah Cattan

encore une fois Israel est sali
combien de temps va durer cette mascarade
combien de temps israel va-t-il porter ce fardeau
c’est assez