8 juin 2020. Tribune de l’association Esprit Laïque

En ces temps d’incertitudes républicaines, l’association Esprit Laïque tenait à prendre position afin de rappeler quelques évidences mises à mal par l’actualité.

                L’histoire française n’est pas l’histoire américaine. Le passé esclavagiste de la nation américaine ne peut pas être mis en parallèle avec le passé colonialiste de la France. Ce sont des passés croisés qui n’ont pas conduit aux mêmes débouchés historiques, aux mêmes évolutions de société, de pensée et d’actions politiques, d’hier comme d’aujourd’hui.

               Les sociétés françaises et américaines n’ont strictement rien à voir dans leurs constructions. La société américaine est dirigée en premier lieu par une pensée religieuse, libérale, individualiste et séparative, qui reconnaît à tous une appartenance communautaire ou religieuse, gérée en sous-groupes cultuels et/ou culturels. Ce qui potentiellement conduit ces groupes à des logiques territorialistes et d’exclusion. Le suprémacisme est une idéologie qui hiérarchise les individus selon des postulats raciaux.

              La France, quant à elle, reconnaît une seule identité, celle de citoyen dans la cité.  Elle refuse, par sa constitution, la division par le communautarisme et conçoit la nation comme unie autour des ses institutions. L’État ne reconnaît pas les cultes et ne s’arroge aucune pensée philosophique religieuse. La loi de 1905, elle, acte une séparation et contraint les cultes à se tenir éloignés du pouvoir temporel, permettant ainsi de maintenir le fonctionnement régalien hors de portée des pressions religieuses.

             Le racisme, c’est le racisme ! Il n’y a pas de variables entre les racistes, ni entre les racismes. Est raciste celui qui définit l’autre par la race, ou qui se définit par la race. Que ce soit en matière religieuse, en matière sociale, ou matière racialo-raciste. Par conséquent, les essentialismes musulmans ou catholiques, le racialisme, l’antisémitisme, les suprémacismes de tous ordres sont des racismes, et doivent être traités comme tels. Le racisme n’est pas une valeur républicaine. La République permet à chacun de faire connaître sa culture, sa religion ou son origine, tant qu’elles ne s’élèvent pas contre l’unité et l’égalité républicaines.

            La police ou la gendarmerie ne sont pas des institutions racistes. Elles sont à l’image de la société, reflets des qualités et des composantes de la diversité de la nation française.

            Il est donc légitime de penser que dans ces deux corps de sécurité de l’État puissent évoluer des personnes fondamentalement racistes, suprémacistes et même racialistes, sans d’ailleurs que cela ne soit attaché à une couleur de peau, à des convictions politiques et/ou religieuses. Rappelons-nous à titre d’exemple l’attentat de la préfecture de Paris et Mickaël Harpon, fonctionnaire de couleur et de confession musulmane. La police républicaine est entièrement  subordonnée à des décisions hiérarchiques, et à l’image renvoyée  par les préfets et le ministre de l’Intérieur. Sous cette mandature, le contrôle des populations par les forces de sécurité et les doctrines d’encadrement des manifestations sociales ont jeté un discrédit sur l’image de la police. Ce déficit d’image facilite le travail de sape des idéologies antirépublicaines, qui trouvent par ailleurs des relais dans les représentant politique de ce pays.

           À ce jour, il est impossible de prendre position sur l’affaire Adama Traoré, qui est devenue une affaire médiatique plutôt que judiciaire. Le volet judiciaire est au point mort, en raison des « expertises » produites par la famille (qui n’en sont pas, mais de simples avis médicaux rémunérés, sans accès au dossier médical, sur du déclaratif) en réaction aux expertises judiciaires légales. En l’absence de jugement, il est donc impossible d’affirmer que la mort d’Adama Traoré est liée aux pratiques policières (gendarmerie en l’espèce) lors de son interpellation. De plus le caractère raciste de ce décès ne peut être mis en évidence, puisque rien ne permet d’affirmer que les gendarmes l’aient interpellé uniquement sur la base de sa couleur de peau ou de ses origines.

                L’association Esprit Laïque condamne l’emballement médiatique auquel on assiste et refuse que la France soit assimilée de près ou de loin au cas de George Floyd. La récupération de cette affaire d’outre-Atlantique par des militants racistes, racialistes et suprémacistes est honteuse, et vise à fragiliser la société française en en faisant un miroir de la société américaine.

               Les thèses sociologiques développées dans les universités américaines sont construites sur l’histoire américaine. En France, le racialisme qui a infiltré et pollué les sciences sociales dans les universités, et qui contribue (dans une certaine mesure) à rendre populaire l’essentialisme prôné par les islamistes, est indigne de l’histoire française.

               Il est plus que temps pour l’État français de reprendre la main sur la République et de revenir à des fondamentaux, lessivés par des années de renoncements et de validations communautaristes dans la cité. L’unité nationale, la cohésion nationale, la citoyenneté même sont en danger par l’éveil d’identités exclusives. La parole de l’État, au nom de la République et de la représentation nationale, est mise à mal par des idéologies qui servent la sédition et la fragmentation de la société, en revendiquant un multiculturalisme incompatible avec l’indivisibilité de la nation.

                L’association Esprit Laïque rappelle que la France est une République avant tout une et indivisible, ensuite laïque en vertu de la loi de séparation des Églises et l’État, et démocratique dans son expression ; elle ne peut donc pas négocier ses valeurs avec des fascismes.

                C’est à cette condition qu’elle pourra continuer à garantir le bon fonctionnement de ses institutions et une égalité de statut à l’ensemble de ses citoyens. Cette égalité républicaine devant la loi est garantie sans distinction d’origine, de race ou de religion. Et en aucun cas la race, l’origine ou la religion ne doivent faire prévaloir une quelconque différence dans le traitement des citoyens. Même par la force du nombre, des médias ou de la politique.

                L’association Esprit Laïque demande que ces valeurs soient affirmées et défendues par tous les services de l’État, et que les mesures nécessaires soient prises afin que les contrevenants soient mis face à leurs responsabilités, qu’ils soient fonctionnaires en cas de manquements à leurs devoirs ou citoyens en cas de tentative de fractionnement de la société au nom de valeurs autres que celles de la République !

Vive la France, vive la république laïque et indivisible!

Tribune publiée sur le site de Marianne

contact: espritassoc@gmail.com

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