Jacques Neuburger. Si on est un tant soit peu Juif, même du bout des lèvres

Richard Kenigsman

לאורה מלכה

Il y a deux ans j’étais en réanimation à Bichat. J’étais arrivé très faible, perdant déjà du poids de façon spectaculaire en peu de jours. Chez mon médecin, j’avais fait un arrêt cardiaque, médecin des pompiers, tout ça, j’avais deux de tension et je suis demeuré quatre jours sans atteindre quatre de tension, infarctus la première nuit, patient déjà cardiaque, hypertendu, diabétique, insuffisant respiratoire, atteint d’une maladie dégénérative, reins fragiles, 71 ans: quel tableau.

Cause inconnue: une infection rare, difficile à identifier, presque toujours mortelle chez l’homme en bonne santé. On m’a dit plus tard, on me dit encore que je suis un miraculé et que mes chances de survie étaient de 1/30000, ce qui paraît incroyable.

Des professeurs de médecine m’ont dit: Ailleurs on aurait sans doute baissé les bras.

À Bichat ils se sont battus, battus, moi aussi, le respirateur artificiel j’ai connu, je ne souhaite pas cela à mon pire ennemi.

J’ai eu affaire à un médecin-chef musulman très pratiquant à barbe de salafiste qui ne m’a quasi pas quitté. Et qui a, de son propre chef, appelé un rabbin dans la nuit, c’était la nuit de Lag Baomer, comme cette nuit ce soir.

Pourquoi je dis cela? Pas pour me raconter. Et je déteste me remémorer cette longue, très longue, douloureuse, insupportable, réanimation.

C’est que ce n’est pas à l’homme de choisir la vie ou la mort pour un autre homme. J’en suis persuadé. Cette pensée , cette certitude même, est une de mes raisons de vivre alors qu’après tout, dans l’état qui est le mien, tous les jours ne sont pas folichons même si j’affecte de plaisanter sur Facebook.

Je suis intimement persuadé que si les deux premiers médecins à me prendre en charge à Bichat, celui que je viens d’évoquer et un autre, une femme extraordinaire, n’avaient pas été des musulmans croyants, je ne serais sans doute pas vivant en ce moment précis, m’exprimant là à l’instant, écrivant sur mon smartphone. Ils ont même tout mis en œuvre pour que à certains moments j’aie accès à ce smartphone, puisse communiquer un peu avec le monde extérieur, les amis de Facebook dont les messages m’encourageaient à tenir et qu’une infirmière me résumait, répondant souvent pour moi.

L’homme n’a pas à décider de la vie et de la mort d’un autre homme. Sauf, à la très extrême rigueur, et on pourrait même en discuter, pour le bourreau d’Auschwitz.

J’ajouterais: le mot euthanasie me fait hurler: il n’y a pas de bonne mort et c’est le sens du mot.

Je ne suis pas chrétien pour idéaliser la mort. Je suis Juif et je lève mon verre en disant: Lehaïm. Et je ne pense pas qu’il soit supportable de défendre l’idée que, et peu importe la raison, on ne se battrait pas jusqu’à l’extrême, et même contre toute logique, pour la vie d’un être humain.

En tout cas pas si on se veut un tant soit peu juif – même du bout des lèvres…

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5 Comments

  1. cela fait plaisir de voir des musulmans qui se battent pour sauver un juif, de même qu’Israel soigne indifféremment juifs ou musulmans, fussent t-ils des terroristes.

  2. POURQUOI S ÉTONNER UN MÉDECIN DOIT PAR SON SERMENT D HIPPOCRATE SOIGNER INDIFFÉREMMENT TOUS LES MALADES QUELQUE SOIT LEUR RELIGION.
    MERCI À TOUS LES MÉDECINS RESPECTUEUX DE CE SERMENT

  3. La religion d’un homme est du domaine strictement privé, encore que Dieu, l’Unique, n’a pas de religion ! Celle -ci est une création humaine pour essayer de percevoir ce qui est au-dessus de sa compréhension de l’Univers. L’homme doit être apréhendé hors de ses origines nationales ou religieuses, comme le sont les animaux qui sont acceptés de tous les humains sans qu’ils puissent leur coller une étiquette politique ou sociale sur leur pelage, de même qu’eux-mêmes se soumettent aux hommes de toutes origines politiques ou religieuses.
    Bref, soyons simplement des hommes humains ayant une cervelle pour profiter de nos différences et nous en enrichir mutuellement pour le plus grand bien de la musique cosmique.

  4. MonsieurJacques Neuburger,ce récit est tout à votre honneur. Vous nous offrez la cerise et le gâteau.Je vous dirais simplement merci.Les commentaires vont dans le bon sens et les imbéciles, hélas,il y en aura partout.Encore bravo.Cordialement.
    Ridha Khenfech

  5. Au dernier congrès de l’Encéphale, j’ai écouté un psychiatre musulman me raconter que lorsqu’il avait 14 ans, sa cousine de 16 ans a déliré; on l’a alors conduite chez l’immam qui récita des sourates du coran et elle cessa de délirer; elle n’a plus jamais déliré. Je lui ai alors répondu, qu’en France, j’avais vu une jeune femme délirer, qu’un ami lui avait alors lu des versets bibliques, et que le délire avait cessé ! Quel est ce mystère qui fait cesser la folie ? C’est simplement la mélodie qui apaise comme dans l’hypnose; qui n’est en réalité qu’un accord parfait avec l’universel-éternel, que l’on retrouve aussi dans le bouddhisme. Le cœur n’a pas de religion, pas plus que l’amour qui guérit de tout. “Aime ton prochain comme toi même “. Il s’agit d’être en accord avec tout ce qui vit, dans le rythme qui régit l’univers, dans la bon tempo, dans l’harmonie d’un monde vibrant, avec des ondes qui le traversent : tout est question de physique avant d’être biologique ( Lavoisier ) et la médecine l’a oublié, mais pas ma famille où l’on meurt ” rassasié de jours”, en s’éteignant dans la nuit, doucement, lorsqu’on l’a souhaité.

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