Isaac Franco. Un triangle paradoxal

Isaac Franco

En géométrie euclidienne, un triangle est une figure formée par trois points appelés sommets et par les trois segments qui les relient appelés côtés (1).

Au Moyen-Orient, le “Triangle” est un territoire israélien de Galilée qui borde la ligne de démarcation avec la Judée Samarie, baptisée Cisjordanie pour occulter le lien phonétique entre Juif et Judéen, lequel lien contrevient à la tromperie qui fait du premier un “colon” dans la région qui porte son nom depuis des siècles…

Peuplé par 300.000 Arabes de nationalité israélienne communément appelés “Arabes-israéliens” -pardon, ami lecteur/auditeur, si c’est un peu compliqué mais on est en Orient où rien n’est vraiment simple-, le Triangle, donc, est peut-être le point le plus instructif du plan de l’administration Trump “Peace to Prosperity”. Non pour sa faisabilité, hautement improbable sinon impossible, mais pour ce qu’il renseigne de la réalité du conflit “israélo-palestinien”.

A l’instar d’Ariel Sharon en 2004, Ehud Olmert en 2007 et Benjamin Netanyahou en 2014, le plan américain énonce en effet “la possibilité, moyennant accord des parties, que les frontières d’Israël soient redessinées de manière à inclure les communautés vivant dans le Triangle dans le futur Etat palestinien”. L’idée de simplement déplacer la frontière vers l’ouest de manière à ne déraciner physiquement aucun habitant arabe vivant dans ces villes et villages renforcerait de ce fait le caractère juif de l’Etat d’Israël en diminuant d’un sixième environ le nombre de citoyens arabes-israéliens tout en confiant l’avenir de ces derniers à un Etat palestinien dont ils réclament tous à grands cris la création et avec lequel ils proclament bruyamment s’identifier. Le plan rappelle à cet égard que, à l’occasion des négociations de la ligne d’armistice en 1949, “il était prévu que ces communautés arabes passent sous le contrôle jordanien. Mais des raisons de sécurité militaire -qui ont depuis perdu de leur importance- ont fait que ces zones de peuplement arabe sont demeurées en Israël”.

Tout devrait dès lors rendre possible, aujourd’hui ou dans le délai de 4 ans visé dans le plan américain, ce qui ne le fut pas en 1949. Toutefois, pour logique et cohérente que puisse paraître à premier abord cette proposition, nul ne pense sérieusement, côté israélien comme palestinien, qu’elle se concrétisera jamais.

Et ce sont les puissantes résistances qui la rendent impraticable qui contribuent à révéler le paradoxe ou l’hypocrisie des populations directement concernées et, au-delà d’elles, de l’ensemble des citoyens arabes d’Israël se revendiquant fièrement du peuple palestinien.

Tous les sondages révèlent en effet qu’une large majorité des Arabes du Triangle (90% en 2004, les 2/3 en 2015) préfèrent leur citoyenneté à celle d’un hypothétique Etat palestinien. Et les déclarations de ceux qui, à la Knesset (2) et dans tous les médias nationaux ou internationaux, disent pourtant en leur nom qu’Israël incarne le mal absolu -une combinaison diabolique de fascisme, de colonialisme, de racisme, d’apartheid et d’épuration ethnique-, confirment à hauts cris le rejet de toute hypothèse de séparation de l’Etat honni et de rattachement à l’Etat rêvé. 

En cause, le contraste saisissant entre une société démocratique, ouverte, tolérante et dynamique qu’elles s’avouent heureuses d’habiter, et cette autre qu’elles répugnent à intégrer un jour, autocratique, fermée, intolérante, survivant économiquement de mendicité et politiquement de mensonges et de supercheries, condamnée sauf improbable sursaut à une irrémédiable faillite. Droits de l’homme bafoués, absence d’élections présidentielles et parlementaires régulières et transparentes, libertés publiques et d’expression inexistantes, réconciliation impossible entre faux-frères ennemis. Il faut être un de ces petits marquis frustrés et suffisants de la diplomatie européenne pour ne pas convenir que les racines de cet échec plongent profondément dans un humus de haine et de rejet de l’Autre qui interdit de dépasser sa blessure narcissique et d’aller résolument de l’avant. Une société stérile, si proche et si lointaine de celle qui la renvoie impitoyablement à ses blocages, tares et insuffisances ontologiques.

Tant à Gaza sous le règne des génocideurs du Hamas et du Djihad islamique que dans les territoires de Judée Samarie administrés par les kleptocrates de Ramallah, le constat de faillite de l’autonomie palestinienne est si patent pour les Arabes-israéliens qu’ils ne se font aucune illusion sur les atouts et perspectives d’un Etat souverain auquel on leur offrirait de lier leur destin. Alors, ils font le grand écart, ils plébiscitent leur appartenance à la société israélienne, louent la diversité, la stabilité, l’égalité et les libertés qu’elle leur assure, confessent que la seule idée de vivre en “Palestine” est un cauchemar, en même temps qu’ils élisent des parlementaires haineux pour les représenter et défilent dans les rues, noyés dans une mer de drapeaux palestiniens…

Et si ce point du plan américain relatif à ce Triangle, dont nul parmi ses auteurs ne pouvait ignorer qu’il susciterait les plus fortes résistances de tous les  Arabes d’Israël, n’était alors là que pour révéler à un monde encore fâché avec le principe de réalité que le soutien de cette population à une Palestine indépendante n’est qu’une posture hypocrite ou l’expression d’une conduite paradoxale, signe d’une irrépressible schizophrénie?

https://radiojudaica.be/podcasts/details/5e418ce2010000de839d7521/-cherchez-lerreur-s16-ep23

Isaac Franco est chroniqueur à Radio Judaïca Bruxelles – FM 90.2 les lundis de 17 à 18 heures (“Cherchez l’erreur”)

(1) Wikipédia

(2) Le parlement israélien

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