Sarah Cattan. Affaire Sarah Halimi: le Président a fortement agacé le monde de la justice

Pour la deuxième fois, le Président interfère dans l’Affaire Sarah Halimi : nul n’a oublié qu’en en juillet 2017, lors de l’hommage aux victimes de la rafle du Vél d’Hiv, il avait demandé à ce que toute la clarté » soit faite sur la mort de Sarah Halimi, ce qui avait fortement agacé le monde de la justice et les magistrats instructeurs.

Un besoin de procès

Lors de son discours pour le soixante-quinzième anniversaire de la libération d’Auschwitz, le Président a été amené à revenir sur la décision de la cour d’appel de Paris du 19 décembre 2019, à savoir que le discernement du meurtrier, considéré comme aboli au moment des faits, le rendait de facto pénalement irresponsable, et a évoqué un besoin de procès.  

On ne voit pas trop comment, en Israël-même, amené en ce jour événement à parler d’antisémitisme et notamment de sa résurgence en France, Emmanuel Macron aurait pu faire l’impasse sur un sujet d’importance in signe, un sujet sur lequel tout a été fait pour le passer sous silence, mais où la vigilance de français de plus en plus nombreux s’est exercée, faisant exploser au grand jour et l’Affaire odieuse, et le traitement inique qui lui était réservé, faisant émerger dans plusieurs villes de France une Immense marche Pas silencieuse, regroupant des psychiatres de toute l’Europe et même plus pour dire que la justice ne pouvait être rendue sans procès, amenant au Palais nombre de courriers réclamant Justice pour Sarah Halimi, et, enfin, acculant tous les media à se saisir de cette Affaire dont la conclusion était comprise comme un permis de tuer les juifs.

Il n’avait pas le choix

Il n’avait pas le choix et dut en dire 2 mots, exercice périlleux s’il en est pour un Président qui n’a pas à commenter une décision judiciaire mais qui ici, vu l’exception de la chose, a dû se résigner à s’exprimer, suscitant, on s’en doutait, un tollé immédiat dans le monde judiciaire.

Dans la salle de presse de l’avion présidentiel le ramenant à Paris, jeudi 23 janvier au soir, le Président est revenu, entre autres sujets, sur celui-là. Celui qui venait de dire sur l’estrade que face à tant d’émoi, de rage et de colère suscité par cette décision qui laisse penser que justice ne sera jamais faite, il comprenait le besoin de procès, afin que les voix s’expriment et que l’on comprenne ce qu’il s’était passé, a ajouté : Le procès, en ce qu’il met les parties autour d’une table et qu’il est un exercice reconnaissant la douleur, permet de dire l’acte. Dans sa part sacramentelle, il est indispensable pour faire son deuil, pour parachever l’exercice de vérité. Il faut un procès sur des sujets aussi forts, quand bien même à la fin, pour des raisons d’expertise, on déciderait qu’il n’y aurait pas de responsabilité pénale, parce qu’on aura établi les autres responsabilités, qu’on aura permis de faire émerger la vérité et de faire le travail de deuil.

Choqués, Consternés…

Thomas Bidnic, l’avocat de Kobili Traoré, s’est aussitôt déclaré choqué par cet empiétement présidentiel sur les prérogatives de l’autorité judiciaire, alors que la Présidente de l’Union syndicale des magistrats, premier syndicat chez les juges et les procureurs, s’est affirmée consternée de constater que l’indépendance de la justice n’était clairement pas respectée ici. Le chef de l’Etat n’a pas à influer sur une procédure judiciaire en cours, or il fait pression sur la Cour de cassation. Il dit qu’il veut un procès, mais il a déjà eu lieu devant la chambre de l’instruction de la Cour d’appel où a été débattue avec toutes les parties la question de la responsabilité pénale. Je croyais que le Président de la République était garant de l’indépendance de la justice, a conclu Céline Parisot.

Katia Dubreuil, Présidente du Syndicat de la magistrature, a rappelé pour sa part que la réforme de 2008 avait été créée pour répondre à ce besoin du contradictoire et d’une audience publique avec toutes les parties civiles, instaurant à cet effet une audience devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel afin d’éviter que le juge d’instruction eût à trancher seul cette question de la responsabilité pénale d’une personne mise en cause pour un crime, faisant jusqu’à ladite réforme que la procédure se retrouvait close par un non-lieu sans débat contradictoire.

La pression des citoyens engagés a payé

L’Affaire Sarah Halimi est loin d’être dite. Loin de penser que les propos du Président laisseraient accroire son souhait d’une réforme de la procédure, nous réaffirmons que la pression des citoyens engagés a payé et qu’en aucun cas ils ne doivent baisser la garde.

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