Pierre Saba – ONU : mythes & réalités

La perception des Nations-Unies (ONU) repose sur une série de malentendus. Méconnaissance de l’organisation par le grand public, dysfonctionnements entre ses différentes composantes, confusions entretenues par certains Etats en sont les causes essentielles.

1- Organisation méconnue du grand public

L’ONU est organisé en un Secrétariat général (SG), une Assemblée générale (AG), un conseil de sécurité (CS), des commissisons. La règle de Droit est celle du Droit international public (DIP), soumis à la règle organique rescrite en la charte de l’ONU.

2-Dysfonctionnements des différentes composantes de l’ONU

Le SG est la pièce maîtresse de l’ONU. Il est composé d’un secrétaire général, de son conseil & de son administration. Tous sont des fonctionnaires de l’organisation. Le SG réalise la réalité & la légalité de l’ONU. Ses avis, ses décisions sont les plus importants & les moins connus.(premier dysfonctionnement). Le SG, c’est l’ONU.

L’AG est composée des diplomates représentants les Etats membres de l’ONU et les intérêts stratégiques, économiques, diplomatiques qui s’y attachent.L’Histoire et l’actualité de l’AG indique qu’elle est le lieu en lequel règne la supériorité des intérêts nationaux au détriment de l’intérêt général et universel de l’ONU. Pourtant, la charte de l’ONU précise que le rôle de l’AG n’est pas de raisonner les intérêts nationaux mais de réunir les efforts de chaque Etat en vue de l’intérêt universel(second dysfonctionnement).

La nature de l’AG est présentée généralement comme une assemblée parlementaire créant le DIP. Cette présentation est fausse: l’AG n’est pas une assemblée parlementaire, mais une assemblée diplomatique. La malversation de la nature de l’AG sert les intérêts d’Etats hostiles au DIP et à la charte de l’ONU (troisième dysfonctionnement)

Le CS représente les puissances alliées victorieuses en 1948 (Etats-unis d’Amérique, république populaire de Chine, Russie, Royaume-Uni, France).Son rôle est selon la charte « le maintien de la paix & de la sécurité internationale ». Ses décisions doivent être adoptées à l’unanimité. A l’instar de l’AG, le CS est composé de diplomates représentants les intérêts de leurs propres Etats à l’exception de tout autre intérêt.Tout comme l’AG, le CS est devenu un ensemble d’intérêts nationaux antagonistes et sans concession. Les décisions du CS doivent être votées à l’unanimité. Celle-ci est devenue si rare que le CS est désormais paralysé sur la plupart des dossiers examinés.(quatrième dysfonctionnement).

Les commissions sont chargées de la réflexion, des propositions, du contrôle des instances de l’ONU. Elles sont, comme l’AG et le CS, composées de diplomates dépêchés par les Etats représentés à l’ONU.Elles se distinguent par la virulence de la défense des intérêts des Etats que représentent les diplomates qui les composent. Elles constituent des ensembles en lesquels se disputent des intérêts divergents dont le but est la victoire des uns sur les autres.Elles adoptent des textes souvent contraires au DIP et à la charte de l’organisation. Ces textes sont pourtant considérés comme valides par les « techniciens » plus soucieux des intérêts idéologiques des Etats qu’ils représentent que de l’intérêt universel de l’ONU. Un nombre inacceptable de ces commissions effectue un véritable travail de sape de l’organisation et de sa charte sur la base de la promotion de valeurs contraires à l’ONU telles que la dictature, l’autoritarisme, l’oligarchie, laïque et religieuse.(cinquième dysfonctionnement).

La charte de l’ONU et le DIP

L’ONU est une organisation étatique. Son droit est le DIP et son règlement intérieur. Sa constitution est la charte. Comme en chaque Etat, le droit de l’ONU (DIP) est soumis à sa constitution (charte). Pourtant les décisions et avis de l’AG, du CS, des commissions inventent un Droit non conforme est ne tenant pas compte de la charte! Ils agissent et s’expriment comme si le DIP était indépendant de la charte! (sixième dysfonctionnement).

Confusions entretenues par des puissances autoritaires et théocratiques.
Ces six dysfonctionnements de l’ONU sont essentiels et non-exhaustifs. Discrétion, minimisation et silences du SG alors que ses décisions sont les seules à représenter l’ONU en Droit et conformément à sa charte (1), transformation de l’AG en assemblée représentant les intérêts particuliers au détriment de l’intérêt universel (2), présentation de l’AG en assemblée parlementaire (3), paralysie du CS à l’avantage des intérêts particuliers (4), utilisation des commissions à des fins de propagandes hostiles aux principes d’indépendance et de liberté contenues dans la charte de l’ONU (5), invention d’un droit inexistant exonéré de toute attache à la charte par l’inversion du Droit organique (6)

Cette situation décrit la prise d’otage de l’ONU par des Etats autoritaires qui procèdent par confusion . Cette confusion leur permet de déligitimer les principes de liberté et d’indépendance ainsi que les Etats qui les pratiquent. Elle légitimisent leurs propres dogmes autoritaires (à l’intérieur de leurs Etats) et bellicistes (à l’extérieur). Elle confinent des ennemis communs à leurs groupes d’Etats. A titre d’exemple non exclusifs, l’Arménie et Israël ,stigmatisés respectivement par la Turquie et les nations arabes qui lui refusent encore l’existence.

Enfin, la désunion des démocraties n’a d’égal que l’union des dictatures. C’est l’absence d’entente entre démocraties qui permet aux dictateurs et à leurs régimes d’inventer un DIP conforme à leurs intérêts et non conforme à la charte. C’est cette désunion, ce sont les dysfonctionnements des corps de l’ONU qui leur donnent la possibilité de maintenir l’organisation en leur implacable étau si divergent de l’intérêt des peuples à vivre en paix intérieure et extérieure.

Pierre Saba

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