Affaire Sarah Halimi : à quoi joue la Juge Ihuellou ? par Sarah Cattan

De ci de là, ils la citent, L’Affaire Sarah Halimi. Et Le nouvel antisémitisme en France Retour sur L’Affaire Sarah Halimi[1], ouvrage collectif préfacé par Elizabeth de Fontenay, tentera de colmater le silence médiatique fracassant qui entoura l’assassinat d’une Juive, lynchée et défenestrée en plein Paris, en 2017, quasi en direct.

Je suis de ceux qui observèrent de plus en plus sévèrement la laborieuse, la scandaleuse, l’intolérable et insolente indolence de la Juge Anne Ihuellou avant qu’elle consentît, du bout des lèvres et en se pinçant le nez, onze longs mois après, comme soudainement saisie d’une révélation, à acter la circonstance aggravante constituée par le caractère antisémite de cet assassinat qu’elle persiste à nommer encore homicide.

Rappelons qu’elles sont à présent 2, Vice-Présidentes chargées de l’instruction, puisque Virginie Van Geyte apparut un beau matin en cosignataire des ordonnances.

Car tout se passe ici par ordonnances. Parfois arrivées à l’AFP avant que les avocats n’en eussent eu connaissance.

Bref de tout ça je vous ai déjà parlé.

Du fait que in fine, la Chambre de l’Instruction avait été saisie et qu’elle se réunirait très prochainement en Cour d’Appel pour statuer.

Statuer, puisque la Juge Anne Ihuellou n’a pas encore accepté la requalification en assassinat, précédé de séquestration et accompagné de barbarie.

Puisque la dite juge conteste encore l’opportunité d’une reconstitution. Rappelez-vous que Sarah a été tuée en live. Que l’affaire dura quelque 55 minutes. Que 28 policiers étaient présents. Que nombre de voisins entendirent les cris de Sarah, ses appels au secours, mais aussi les sourates dites par son bourreau. Qu’ils fournirent à qui de droit des enregistrements.

Qu’ils virent in fine l’assassin jeter sa victime par la fenêtre.

Le croiriez-vous ? Il y a peu, le 4 avril précisément, date anniversaire de la mort de Sarah, une nouvelle ordonnance tomba. Ordonnance de Commission d’Experts. (Pluralité d’Experts)

Elle arriva par fax. Signée de nos deux juges. Adressée aux 7 avocats de l’affaire.

Elle concernait le mis en examen Kobili Traoré.

Elle rappelait la circonstance aggravante constituée par le caractère antisémite de cet assassinat et actée par le réquisitoire supplétif du 20 septembre 2018.

Elle disait soudainement aux 7 avocats que la nature criminelle nécessitait qu’il fût commis trois experts, vu les articles 56 et suivants du Code de Procédure Pénale.

Croyez-vous que tout cela advint à la demande de Maître Bidnic, l’avocat de l’assassin, qui aurait pu demander une contre-expertise ? Que nenni : C’est Anne Ihuellou herself qui, saisie d’une nouvelle lubie, missionne 3 experts et ce à la surprise générale. Non Non je n’ai pas mauvais esprit mais je vais vous dire mon sentiment : Ah comme il semble qu’elle aimerait, qu’elle adorerait, la Juge, que ces trois-là viennent tout bousculer. Nous dire que notre Traoré n’était pas, ce funeste soir, responsable de ses actes. Et si on pouvait la remettre en cause, la qualification aggravante. Celle qu’Elle eut tant de peine à acter. Et qu’Elle n’a semble-t-il toujours pas digérée.

Alors, la voilà partie comme en guerre. Expertise Acte II. Elle entendait que tout ça se fît dans un délai raisonnable, et donc poursuivait :

Commettons 3 docteurs, deux experts agréés près de la Cour de cassation et un troisième, psychiatre à l’hôpital sainte Anne, aux fins de procéder aux opérations ci-joint indiquées. 

Tchao Daniel Zaguri ? Tout d’un coup ? L’éminent expert psychiatre  appelé à évaluer un Guy Georges, un Patrice Alègre, un Michel Fourniret mais aussi l’assassin de Sébastien Sellam en 2003, excluant alors, malgré les témoignages et les propos ouvertement antisémites du suspect, la reconnaissance d’un acte antisémite, bref Zaguri, celui que la justice appelle le grand Zagury  et les media le psychiatre de l’horreur[2], Zaguri donc qui, dans son rapport d’expertise sur l’assassin de Sarah Halimi, nota dans un embrouillamini indicible que selon lui, ce n’était pas un acte antisémite mais un acte délirant, avant que de préciser que le délire était alimenté d’une thématique antisémite ambiante avant de conclure que le trouble psychotique de Traoré n’était pas incompatible avec une dimension antisémite et que la responsabilité pénale de l’assassin, si elle était atténuée, n’était pas abolie…

Son rapport, ces 58 pages toutes bizarres, serait-il soudain invalidé. A 3 de ses collègues de tout recommencer. De procéder à l’examen psychiatrique et médico-psychologique de l’assassin, dont on apprend au passage qu’il est toujours hospitalisé. Dans une UMD. Entendez une Unité pour Malades Difficiles. Allez je vous donne pas l’adresse Vous pourriez être tentés d’aller le visiter.

A ses 3 collègues de :

Dire si le sujet présente des anomalies mentales ou psychiques. Les décrire. Les nommer.

Dire si l’infraction reprochée au sujet est en lien avec de telles anomalies et préciser si l’intéressé était atteint au moment des faits d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli / altéré son discernement

Dire si le sujet présente pour les tiers et /ou pour lui un état dangereux

Dire si l’intéressé est accessible à une sanction pénale et préciser s’il est curable ou réadaptable

Préciser si l’intéressé est susceptible de faire l’objet d’un traitement dans le cadre d’un suivi socio judiciaire, comprenant une injonction de soins

Dire si le sujet est susceptible d’être placé sous le signe de la détention ordinaire

Faire connaître les caractéristiques, les aspects particuliers et l’histoire de sa personnalité, les circonstances et les conditions qui ont influé sur la formation de celle-ci, les mobiles intellectuels et les motivations affectives qui inspirent habituellement sa conduite

Dire s’il existe un lien entre les traits psychologiques ainsi observés et les faits reprochés.

Les experts remettront avant le 10 juillet 2018 un rapport détaillé… etc… etc…

Quel bins. Quelle mouche a-t-elle donc piqué à nouveau la Juge Ihuellou.

Que lui diront ces 3 experts réunis en Collège que n’aurait pas découvert Zaguri ?

Pourquoi tarde-t-elle encore, la requalification en assassinat accompagné de barbarie.

Quand aura lieu la reconstitution.

En somme, quand sera-t-il notifié à la Juge Anne Ihuellou que sa manière d’instruire l’affaire en question est très personnelle. Très questionnante. Sera-ce fait par la Chambre d’Instruction ? Il le faudrait. Que cesse ce spectacle affligeant, grotesque, indigne. Qui voudrait encore nous faire accroire qu’il y eût je ne sais quelle subtilité en l’affaire, et qui nous aurait échappée.

[1] Albin Michel. A paraître le 25 avril.

[2] Le Point. 18 février 2013.

Sarah Cattan

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