La jeunesse n’a pas besoin d’un sermon, mais d’un horizon

Avant de nous inquiéter du vote des jeunes, demandons-nous ce que nous leur proposons.

La question ne dispense pas de débattre de leurs choix. Elle oblige simplement à commencer au bon endroit. Un bulletin de vote n’exprime pas nécessairement l’adhésion à chaque ligne d’un programme. Pour comprendre ce qu’il signifie, mieux vaut interroger les raisons de voter que prêter des intentions.

La jeunesse n’a besoin, ni d’être idéalisée, ni d’être soupçonnée. Elle mérite d’être considérée comme un interlocuteur politique à part entière.

Écouter sans renoncer à discuter

Écouter n’est pas tout approuver. Prendre au sérieux une inquiétude n’oblige pas à souscrire à la solution proposée pour y répondre.

On peut reconnaître la légitimité d’une aspiration à la justice et contester une politique économique. On peut partager l’exigence écologique et discuter les moyens de la satisfaire. On peut comprendre une colère sans accepter qu’elle justifie l’intimidation ou la violence.

Cette distinction devrait guider le débat public.

  • À ceux qui promettent la justice, demandons comment ils la financeront.
  • À ceux qui invoquent la liberté, demandons qui peut réellement l’exercer.
  • À ceux qui défendent le mérite, demandons comment ils donnent à chacun la possibilité de le faire reconnaître.

La même exigence doit s’appliquer à tous.

Remettre de la liberté dans les parcours

Nous devrions nous fixer une ambition : permettre à chacun de choisir sa voie sans être enfermé dans son origine ou dans sa première orientation.

Cela suppose de sortir d’une querelle stérile entre études longues et formations professionnelles.

Il ne s’agit, ni de promettre un master à tous, ni de diriger plus tôt certains élèves vers les métiers dont l’économie a besoin. Il s’agit de faire découvrir les possibilités, de donner une information honnête et d’organiser des parcours réversibles.

Un apprentissage doit pouvoir conduire à une qualification supérieure. Une première expérience professionnelle doit pouvoir précéder une reprise d’études. Une erreur d’orientation ne devrait pas devenir une assignation durable.

Nous gagnerions à remplacer la hiérarchie des prestiges par une exigence commune : la qualité de la formation, les perspectives d’évolution et la reconnaissance du travail accompli.

Réhabiliter un métier ne consiste pas à le célébrer dans un discours. Cela oblige à regarder sa rémunération, ses conditions d’exercice et les possibilités qu’il ouvre.

Faire de l’autonomie un objectif politique

Inviter les jeunes à prendre leurs responsabilités n’a de sens que si nous nous préoccupons des moyens de leur autonomie.

Pouvoir accepter une formation ou un emploi suppose parfois de pouvoir déménager. Pouvoir entreprendre suppose de disposer d’un accompagnement et d’une marge de sécurité. Pouvoir construire une vie personnelle suppose un minimum de visibilité.

Le logement doit donc faire partie du débat sur l’émancipation, au même titre que l’éducation et le travail.

Une politique de jeunesse pourrait être jugée à partir de questions simples : facilite-t-elle l’accès à un premier logement ? Réduit-elle les obstacles à la mobilité ? Permet-elle de reprendre une formation ? Sécurise-t-elle les transitions sans installer dans la dépendance ?

L’autonomie ne se décrète pas, mais se rend possible.

Donner un contenu au progrès économique

Défendre l’entreprise et l’économie de marché n’interdit pas d’en discuter les règles. C’est même une condition de leur crédibilité.

Un capitalisme humain et environnemental doit se reconnaître à ses pratiques : investissement dans les compétences, partage des résultats, qualité du dialogue social, réduction des impacts écologiques et respect de la concurrence.

L’innovation, elle aussi, appelle des choix. L’IA générative en fournit un exemple. Selon l’OIT, environ un travailleur sur quatre dans le monde exerce une profession présentant un certain degré d’exposition à cette technologie ; l’organisation souligne que la transformation des emplois est plus probable que leur suppression complète.

Cela ne justifie ni la panique ni l’attentisme. Cela invite à former, à anticiper les changements de tâches et à discuter du partage des gains obtenus.

De même, une proposition écologique crédible devrait préciser comment elle articule innovation, investissement, évolution des usages et accompagnement des ménages. La recherche est un levier ; elle ne dispense pas de choisir des règles ni de répartir les efforts.

Défendre la liberté en la rendant concrète

Il faut défendre sans ambiguïté les libertés publiques, le pluralisme et les contre-pouvoirs. Aucune promesse de bonheur collectif ne saurait justifier leur affaiblissement.

Mais cette défense sera plus forte si elle rejoint l’expérience quotidienne.

La liberté, c’est pouvoir s’exprimer et contester. C’est aussi pouvoir se former, changer de métier, entreprendre ou refuser une situation sans issue. La responsabilité collective consiste à élargir ces possibilités, sans prétendre décider à la place de chacun.

Nous n’avons pas à demander aux jeunes d’aimer le monde tel qu’il est, mais à leur transmettre les moyens de le comprendre, les compétences pour le transformer et les institutions qui leur permettront de le faire librement.

Ne leur promettons ni le grand soir ni le retour d’un âge d’or ; prenons des engagements sur lesquels ils pourront nous juger.

Jean-Luc Scemama

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