Boy George en Israël : we will dance again 

Il a fait de l’excentricité un art de vivre, de la différence une signature et de la musique un langage universel. Boy George, éternel provocateur au cœur tendre, est venu en Israël avec ses couleurs, ses chansons et une présence qui ne passe jamais inaperçue. Mais cette fois, derrière les paillettes, son voyage avait une autre signification.


Il y a des artistes qui traversent les décennies sans jamais vraiment se fondre dans le décor. Boy George est de ceux-là. Depuis les années 1980, il cultive une allure immédiatement reconnaissable : maquillage sophistiqué, chapeaux extravagants, vêtements aux couleurs improbables, mélange des genres et liberté absolue. Il a fait de son apparence une œuvre à part entière, bien avant que la mode ne parle de fluidité et que les questions d’identité ne deviennent des sujets de société.


Avec lui, rien n’est jamais tout à fait conventionnel. Et c’est sans doute ce qui explique sa longévité. Derrière le personnage haut en couleur se cache un artiste qui a connu les excès de la célébrité, les turbulences personnelles, les controverses, mais qui a toujours conservé ce goût de la scène et cette envie de surprendre.


Sa venue en Israël n’était donc pas une simple étape de tournée. Boy George a choisi de venir, de rencontrer, de voir et surtout de ne pas détourner le regard.


À Jérusalem, sa rencontre avec le président Isaac Herzog a marqué son séjour. Il s’est également rendu au Mur occidental, puis sur le site du festival Nova, où tant de jeunes venus simplement danser ont perdu la vie le 7 octobre 2023. Accompagné notamment d’Omer Shem Tov, ancien otage, il a découvert un lieu où la musique s’est brutalement interrompue et où le silence raconte désormais l’indicible.


Cette visite donne une autre profondeur à sa présence. Pour un artiste dont toute la carrière repose sur la liberté d’expression, la tolérance et le droit d’être différent, le refus de l’indifférence prend un sens particulier.


À Tel-Aviv, la musique a repris ses droits. Le 4 novembre, devant près de 10 000 personnes à la Menora Mivtachim Arena, Boy George a retrouvé son public dans une atmosphère électrique. Les premières notes de Culture Club ont réveillé les souvenirs : « Karma Chameleon », « Do You Really Want to Hurt Me ? », « Time »… Des chansons qui appartiennent à plusieurs générations et qui n’ont rien perdu de leur pouvoir fédérateur.


Il y avait aussi cette complicité avec le public israélien, cette capacité à passer de la fête à l’émotion, de la nostalgie à l’engagement. Sa rencontre sur scène avec Ivri Lider, pour interpréter « Do You Really Want to Hurt Me ? », a constitué l’un des beaux moments de la soirée.


Mais c’est avec « We Will Dance Again », chanson inspirée par le drame de Nova, que le concert a pris une dimension particulière. Danser à nouveau : trois mots simples, presque une évidence, mais qui résonnent autrement après le 7 octobre. Danser pour ceux qui ne sont plus là, pour ceux qui ont survécu, pour affirmer que la vie ne peut pas céder définitivement à la terreur.


Boy George doit retrouver le public israélien le 7 novembre pour une seconde soirée, avec le DJ et producteur Ofer Nissim. Un concert dédié à la communauté Nova et aux familles endeuillées, auquel des survivants et des proches des victimes ont été invités.


On pourrait ne voir dans cette histoire que le retour d’une star des années 1980. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Boy George a toujours refusé les étiquettes et les cases trop étroites. Il a construit sa carrière en revendiquant sa singularité, parfois au prix de l’incompréhension. En venant en Israël, il rappelle que la liberté n’est pas un accessoire de scène, ni un slogan que l’on porte lorsque cela arrange.


Ses couleurs, ses extravagances et son maquillage racontent depuis toujours une même histoire : celle du droit d’exister sans demander la permission.


Et finalement, c’est peut-être là que se trouve le véritable sens de son passage en Israël. Au-delà des tubes, des projecteurs et des retrouvailles, un artiste est venu rappeler que la musique reste un espace de liberté, de mémoire et de résistance. Parce qu’après tout, danser encore est aussi une façon de dire non à ceux qui voudraient nous faire taire.

Sylvie Bensaid

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