
Au mahJ, une exposition exceptionnelle revient sur la genèse d’un film rare et bouleversant : Les Illégaux, réalisé par le journaliste et écrivain américain Meyer Levin. Une œuvre qui témoigne de l’exode clandestin des rescapés de la Shoah vers la Palestine mandataire, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Au printemps 1945, alors que l’Europe découvre l’ampleur de l’horreur des camps de concentration, Meyer Levin accompagne le photographe Éric Schwab pour documenter cette tragédie. Mais son regard se tourne bientôt vers les survivants, ces hommes, ces femmes et ces enfants qui, après avoir tout perdu, refusent de renoncer à l’avenir.
À Varsovie, au milieu des ruines d’un monde anéanti, il filme leur volonté de recommencer une vie ailleurs, loin d’une Europe qui les a persécutés. Son projet devient une aventure cinématographique et humaine hors du commun.
Accompagné du caméraman Jean-Paul Alphen et de deux comédiens amateurs, dont Tereska Torrès, qui deviendra son épouse, Meyer Levin entreprend de suivre les itinéraires clandestins de ces rescapés. Romancière française et ancienne résistante ayant rejoint le général de Gaulle à Londres en 1940, Tereska Torrès tient un journal de tournage qui constitue aujourd’hui un témoignage précieux.
Le film mêle documentaire et fiction. Les acteurs se fondent parmi les véritables survivants, partageant leurs déplacements nocturnes en camions, leurs traversées de forêts et de cols enneigés, dans des conditions souvent dramatiques. Ces images racontent la Brihah — la « fuite » en hébreu —, ce mouvement clandestin organisé pour permettre aux juifs d’Europe de rejoindre la Palestine.

L’épopée se poursuit en Italie, où 850 passagers embarquent à bord de l’Unafraid, un navire affrété par la Haganah. Mais leur espoir est de courte durée : intercepté par la Royal Navy au large de Haïfa, le bateau est détourné et ses passagers transférés vers Chypre, où ils seront internés pendant plusieurs mois.
Arrêtés par la police britannique, Meyer Levin et Tereska Torrès parviennent néanmoins à dissimuler les bobines du film. Dès février 1948, de premiers extraits sont diffusés dans les actualités, avant la sortie en salles des Illégaux en juillet de la même année.
À travers cette exposition, le mahJ retrace la fabrication de cette œuvre exceptionnelle, dont les images sont devenues emblématiques de la détresse, mais aussi de la détermination des survivants à retrouver une terre et un avenir.
Photographies, archives et documents inédits permettent de comprendre les coulisses de ce tournage singulier. L’exposition s’appuie notamment sur le journal de Tereska Torrès, publié pour la première fois en France en 2027 par Frémeaux & Associés, accompagné d’un texte d’Ophir Levy et d’une préface de Paul Salmona.
Plus qu’une rétrospective cinématographique, cette exposition est une plongée dans un moment décisif de l’histoire juive contemporaine : celui où, après la destruction, des milliers de survivants ont tenté de reprendre possession de leur destin. Un témoignage d’une force particulière sur la mémoire, l’exil et l’espoir.
Sylvie Bensaid

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