Immigration : sortir du déni, assumer les choix, reconstruire l’intégration

À force de ne pas anticiper, de ne pas évaluer et de ne pas assumer nos choix, nous avons laissé l’immigration devenir un facteur de fractures plutôt qu’une politique publique maîtrisée.

Le débat français oscille entre deux impasses :

  • minimiser les difficultés par crainte de stigmatiser, ou
  • faire de l’immigration l’explication de tous nos problèmes.

La lucidité exige de refuser à la fois le déni et les amalgames.

DES ÉVOLUTIONS DÉMOGRAPHIQUES INSUFFISAMMENT ANTICIPÉES

Selon l’Insee, la France comptait 7,7 millions d’immigrés en 2024, soit 11,3 % de sa population, contre environ 7,4 % en 1975.

Cette évolution n’est, en elle-même, ni une réussite, ni un échec. Mais elle exige d’anticiper ses conséquences sur le logement, l’école, l’emploi, les services publics et la cohésion territoriale.

L’immigration contribue à notre économie et répond à certains besoins de main-d’œuvre. Mais ses effets varient selon les qualifications, l’accès à l’emploi et les capacités d’intégration des territoires.

L’erreur politique consiste à laisser évoluer les réalités démographiques sans adapter suffisamment les politiques publiques.

DES RESPONSABILITÉS POLITIQUES TROP SOUVENT DILUÉES

Depuis plusieurs décennies, les gouvernements multiplient les lois sans toujours évaluer leurs résultats.

Avons-nous suffisamment anticipé les besoins scolaires et les tensions sur le logement ? Articulé immigration et formation professionnelle ? Donné à l’administration et à la justice les moyens d’appliquer leurs décisions ?

Une politique migratoire ne se juge pas au nombre de textes votés, mais à la cohérence de ses objectifs et à l’efficacité de leur application.

Le déni des difficultés nourrit la défiance. Leur instrumentalisation politique attise les divisions.

Ni l’un, ni l’autre, ne permet de gouverner convenablement.

SÉCURITÉ ET RELIGION : LA FERMETÉ SANS LES AMALGAMES

La sécurité est une exigence non négociable.

Violences, trafics, pressions communautaires et atteintes aux libertés doivent être combattus sans faiblesse, quels qu’en soient les auteurs.

Mais il faut distinguer les données concernant les étrangers de celles relatives aux immigrés, et interpréter les statistiques de délinquance en tenant compte des facteurs sociaux et démographiques.

Aucune origine ne justifie une suspicion collective et ne saurait davantage excuser une infraction.

La question religieuse appelle la même clarté.

La liberté de croire, de ne pas croire ou de changer de religion est fondamentale. Mais, aucune conviction ne peut justifier l’intimidation, la contrainte ou la remise en cause de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Il faut distinguer la pratique religieuse légitime des mouvements politico-religieux qui cherchent à imposer leurs normes à autrui.

La laïcité garantit la liberté de conscience ; elle ne permet pas qu’une conviction s’impose à tous.

SIX ENGAGEMENTS POUR UNE INTÉGRATION EXIGEANTE

Il est temps de remplacer les déclarations par des engagements vérifiables.

  1. Anticiper et maîtriser. Définir une stratégie migratoire pluriannuelle distinguant les différentes catégories d’immigration, dans le respect de nos obligations juridiques.
  2. Faire du français une priorité. Renforcer l’apprentissage de la langue et évaluer les progrès, condition essentielle de l’autonomie.
  3. Réaffirmer le rôle de l’école. Transmettre les savoirs fondamentaux, l’histoire, la laïcité et les principes républicains, avec un accompagnement adapté.
  4. Faire de l’emploi un levier d’intégration. Développer la formation, reconnaître les compétences et combattre le travail illégal.
  5. Garantir la sécurité et l’application du droit. Améliorer la coordination entre police, justice et administration, accélérer les procédures et assurer l’exécution des décisions légalement prises.
  6. Évaluer les résultats. Publier chaque année un bilan indépendant sur les délais administratifs, l’apprentissage du français, l’insertion professionnelle et l’efficacité des dispositifs.

L’INTÉGRATION : UNE RESPONSABILITÉ RÉCIPROQUE

La société d’accueil doit offrir de réelles possibilités d’apprentissage, d’emploi et de participation. En retour, chacun doit respecter les lois, les libertés fondamentales et les règles communes.

L’intégration n’exige pas l’effacement des origines. Elle suppose l’adhésion au cadre civique qui permet de vivre ensemble.

Faire société, ce n’est pas partager la même histoire ; c’est accepter de construire un avenir commun.

CONCLUSION — LE COURAGE DE LA VÉRITÉ

L’immigration mérite mieux que les postures, les accusations et les promesses sans lendemain. Elle exige une politique lisible, applicable, économiquement cohérente, respectueuse des droits et régulièrement évaluée.

La fermeté se mesure à l’application des règles, pas à la vigueur des déclarations. L’humanité se mesure aussi aux moyens mobilisés et aux résultats obtenus.

Notre responsabilité collective est de refuser deux renoncements :

  • le déni des difficultés et
  • la stigmatisation des personnes.

Une République crédible doit savoir conjuguer maîtrise, sécurité, liberté, intégration et responsabilité.

Car le véritable courage politique, c’est de définir un cap, d’assumer les choix nécessaires et d’en rendre compte aux citoyens, et non pas, ni de dramatiser, ni de minimiser l’immigration.

Jean-Luc Scemama

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