Vous vouliez revenir sur le 17 octobre. Oui, car l’attitude de l’État a été d’une perversion dont nous allons encore souffrir. L’État a dit que ses forces ont été débordées. Mais quel est ce bord qui a lâché ? Est-ce le nombre insuffisant de forces de l’ordre ? Ceux qui faisaient la razzia n’étaient pas plu nombreux, loin de là.
C’est donc au niveau des consignes et de l’organisation que l’État aurait failli. Il s’est mis un bord paralysant en considérant que ces personnes des banlieues, qui reprenaient sympathiquement cette vieille tradition islamique, étaient des poignées de jeunes citoyens français poussés par le besoin. Non, c’était par la soif du butin, ce qui est le but de toutes les razzias depuis qu’elles ont existé en Arabie et qu’elles ont déferlé avec les conquêtes musulmanes.
L’État n’a pas imaginé que ces braves gens étaient organisés, qu’ils constituaient une force, qu’elle était structurée pour l’instant pour le vol et l’intimidation, mais que la même structure peut fonctionner pour d’autres cas, d’autres opérations coup de poing, ou bien coups d’armes à feu.
L’État a presque organisé son impuissance parce que sa doctrine de l’intégration est fausse. Il demande à ces personnes de s’intégrer, elles répondent présent.
C’est d’ailleurs dans leur intérêt ; mais en même temps, elles renforcent l’autre moitié de leur identité, la moitié islamique inintégrable aux valeurs démocratiques occidentales. C’est leur droit ; résultat : on a occupé les instances étatiques dédiées aux problèmes de l’intégration et qu’on a cru, à mesure qu’on dépensait des milliards, que le problème se résolvait. Pendant ce temps, l’autre moitié du problème n’était pas abordée, et c’est normal, puisqu’elle est inabordable : c’est la partie où la personne sincèrement islamique prend part sincèrement à la vie européenne publique et privée, jouit pleinement des droits et des possibilités que cela lui donne et pense, non moins sincèrement, selon ses degrés d’attache à sa tradition, que les juifs, les chrétiens, les athées et les femmes sont des êtres inférieurs et qu’il faudra un jour faire le ménage et diriger correctement ce pays.
Je rappelle qu’un colloque sur l’islam du XXIe siècle, qui s’est tenu récemment à l’Unesco, affichait dans ses conclusions cet appel aux musulmans : « Vous devez accepter l’égalité. »
Preuve qu’ils ne l’acceptent pas encore, l’égalité avec les autres, alors que, pendant ce temps, les autres, bonnes poires, réclament l’égalité pour les musulmans comme si c’était eux qui étaient méprisés.
Il y a donc un malentendu sur l’intégration. Partant de là, ces jeunes qui font des razzias reprennent la coutume de leurs ascendants pendant des siècles. Ils ont profité des manifestations de lycéens et d’étudiants, tout comme ils peuvent profiter d’autres effets de foule pour imposer leurs coutumes, et leurs emblèmes, comme le drapeau palestinien, symbole du désir islamiste d’en finir avec les juifs.
Il faudrait une révolution mentale dans l’esprit des responsables français pour comprendre cela. Pour comprendre que ces braves jeunes issus des quartiers difficiles, comme on dit (pourquoi ces quartiers le sont-ils, sinon parce qu’eux-mêmes, avec leur violence, les rendent difficiles, y compris par leur mépris de la loi commune ?) que ces braves ne sont pas séparés ou intégrés : ils sont les deux, parce qu’ils veulent jouir des bénéfices des deux aspects, intégration et séparation. Certains pratiquent, comme ils peuvent, l’entre-deux, mais beaucoup préfèrent le clivage et donc le double discours.
C’est ce clivage qui permet d’aller piller les vitrines et de reprendre tranquillement son travail ou ses études.
Monsieur Macron et son idéologie, ainsi que celle de son équipe, ne peuvent pas comprendre cela ; ils croiraient y perdre leur dignité.
Il y a un autre dirigeant de plus grande envergure qui, lui non plus, n’a pas compris cela : c’est Nétanyahou, qui a reçu en retour l’énorme claque du 7 octobre. Macron, c’est le 17. Nétanyahou et son équipe ont cru, ou se sont forcés à croire, qu’il y avait à Gaza un parti islamiste qui tenait sa population d’une main de fer et qu’en traitant avec lui, on avait la paix. Ils n’ont pas imaginé que ce parti était en train de constituer une force qui, articulée à son système de défense imprenable et à d’autres forces, était capable de jouer sur le plan global à partir du ravage qu’elle ferait sur le plan local. Et c’est ce qui s’est passé.
En tout cas, selon vous, le fait que l’État n’ait pas vraiment combattu cette razzia du 17 octobre a très vite induit un acte pervers, en l’occurrence un meurtre raciste à Trappes. Un meurtre lui-même utilisé de façon perverse d’abord par Macron qui dit que c’était le premier crime raciste en France, parole telle que toutes les victimes juives et chrétiennes de l’islamisme ont dû se retourner dans leur tombe. Utilisé aussi par tout un battage médiatique sur le danger de l’extrême droite.
On voit ainsi que la perversion produit la perversion. Voyez là-dessus mon dernier Instagram intitulé perversion et confusion : la perversion étatique d’avoir laissé faire la razzia du 17 octobre rebondit en plusieurs actes eux-mêmes pervers qui pourraient bien attiser l’antipathie entre les communautés, alors qu’elles ne veulent qu’une chose : vivre en paix, protégées par un État qui fait son travail.
Et curieusement, après le 17 octobre, l’État s’est mis à fermer, l’un après l’autre, d’importants lieux d’activité, invitant au passage les commerçants à embaucher des hommes de sécurité, c’est-à-dire à prendre acte du fait qu’on les laisse seuls. Mais faire le vide devant la razzia, ce n’est pas défendre l’activité des citoyens : c’est faire en sorte qu’il n’y ait rien à défendre, et faire savoir aux pillards qu’on ne veut pas les contrarier, encore moins les affronter, et que chacun garde son territoire. Cela confirme ce que nous enseigne la clinique, à savoir que perversion et phobie communiquent. De quelle phobie s’agit-il ? De quelle peur ? Le pouvoir a peur de l’islam radical ; peur, s’il le combattait, de se mettre à dos les musulmans ; ce qui est encore une manière perverse de coller les musulmans à leurs éléments radicaux, alors que beaucoup aimeraient bien s’en séparer. Peut-être même que la plupart en ont marre de ces éléments radicaux. Et le pouvoir lui en a peur pour ne pas déplaire à la plupart des musulmans. Il y a là quelque chose qui cloche. On dirait que le pouvoir a fait preuve d’islamophobie, et qu’il la reproche aux autres.
Daniel Sibony

PS J’en profite pour annoncer ma Conférence du mardi 3 novembre à 20h au Centre Fleg à Paris : la Torah, une lecture laïque
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