Gérard Garouste : « Brisure », quand l’art ouvre les portes du sens caché

À la galerie Templon, le peintre explore les liens entre création, tradition hébraïque et pensée kabbalistique. Une exposition où la fracture devient une invitation à regarder autrement et à interroger les apparences.

Avec Brisure, présentée à la galerie Templon du 5 novembre au 30 décembre 2026, Gérard Garouste poursuit une recherche nourrie par les textes, les mythes et la tradition juive. Peintures, dessins et sculptures, réalisés au cours des quatre dernières années, composent un ensemble où les corps se déforment, les proportions vacillent et les couleurs éclatent. Derrière cette liberté plastique se pose une question centrale : comment accéder au sens lorsque les évidences se fissurent ?
La brisure, une ouverture plutôt qu’une fin

Le titre fait écho à la Chevirat ha-Kelim, la « brisure des vases », notion majeure de la Kabbale. Chez Garouste, la fragmentation ne signifie pas seulement destruction : elle permet de rompre avec les interprétations figées et d’ouvrir de nouvelles lectures.

Les textes de la tradition hébraïque, comme la littérature, la mythologie et l’histoire de l’art, nourrissent son œuvre sans jamais être simplement illustrés. L’artiste les considère comme des territoires vivants, où mots, lettres et associations font surgir des significations inattendues.

Cette démarche se prolonge dans l’ouvrage éponyme publié chez Flammarion avec Pierre-Henry Salfati, spécialiste du Talmud, réalisateur et scénariste. Ils y relisent plusieurs passages de la Torah autour de la notion de brisure.

« L’Amandier » : briser la coque pour atteindre le noyau

Le triptyque L’Amandier (2026), large de 3,57 mètres, présente un paysage fantastique au coucher du soleil. Il exprime la quête de ce qui se dissimule derrière les apparences.

Dans la tradition kabbalistique, l’amande symbolise la nécessité de briser la coque pour atteindre le noyau. L’image devient une métaphore de la connaissance : un mot, un symbole ou une peinture ne livrent pas forcément leur vérité au premier regard. Il faut les ouvrir, les questionner et accepter la pluralité de leur sens.

Chez Garouste, regarder revient donc à interpréter, sans jamais enfermer l’œuvre dans une explication définitive.

Un arbre de vie au milieu des ruines

Réalisée en bronze dans le contexte des événements du 7 octobre 2023, L’Arbre de Vie (2024) montre un olivier entouré de ruines, d’où surgissent des mains. Sur ses branches, des lettres hébraïques composent la phrase : « Da Lifnei Mi Atah Omed », soit « Sache devant qui tu te tiens ».

L’œuvre associe destruction et persistance. L’olivier, symbole de vie et d’espoir, devient le support d’une méditation sur la mémoire, la responsabilité et la possibilité de renaître. Garouste ne livre pas de message univoque : il laisse les symboles se répondre et invite chacun à trouver sa propre lecture.

Une peinture qui refuse les réponses faciles

Né à Paris en 1946, Gérard Garouste est une figure majeure de la peinture française contemporaine. Le Centre Pompidou lui a consacré une importante rétrospective en 2022. Son œuvre fait dialoguer la Bible, Cervantès, Rabelais, Dante, Goethe et de nombreuses autres références, dans un jeu de déplacements et d’associations qui résiste à toute interprétation unique.

Avec Brisure, la tradition juive devient une source de réflexion sur le langage, la transmission et la pluralité du sens. L’exposition rappelle que la peinture, comme la lecture, exige du temps et une disponibilité à l’inattendu.

Chez Garouste, la fracture n’est donc pas un point final, mais le commencement d’une autre manière de regarder le monde.

Informations pratiques

Gérard Garouste — Brisure

Du 4 novembre au 30 décembre 2026

Galerie Templon, 28 rue du Grenier-Saint-Lazare, 75003 Paris.

Vernissage : jeudi 5 novembre, de 12 h à 20 h.

Rencontre avec Gérard Garouste, Philippe Piguet et Pierre-Henry Salfati, suivie d’une séance de dédicace : jeudi 19 novembre, de 18 h 30 à 20 h.

Horaires : du mardi au samedi, de 10 h à 19 h.

À lire également : Brisure, Gérard Garouste et Pierre-Henry Salfati, Flammarion, parution annoncée le 18 novembre 2026, 216 pages, 60 €.

Sylvie Bensaid

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