
Je m’apprêtais à vous dire des choses sur les saccages du 17, sur la descente des personnes de quartiers difficiles vers les boutiques plus faciles de Paris, mais on en a tellement parlé, et même de petits malins ont remarqué que, dans la razzia sur la bouffe, le cochon a été respecté.
Preuve que les pillards sont de bons observants, mais que leur religion n’élève pas vraiment leur niveau éthique, vu que, précisément, la razzia comme incursion en territoire infidèle fait partie de la tradition islamique, dont, après tout, Israël a pu voir un modèle suraigu le 7 octobre, où la razzia, car s’en était une aussi dans le cadre même du jihad antijuif, n’avait pour but que de tuer et de voler des corps vivants. Les fameux otages.
Bien sûr, ce 17 octobre n’augure rien de bon sur des descentes à venir, puisque l’État étale son incompétence avant, pendant et après les émeutes. Incompétence de ceux qui manquent de savoir et de ceux qui ne veulent pas voir.
Je vais donc plutôt revenir aux fondamentaux et vous parler de la guerre faite aux juifs d’Israël et de diaspora, tout en marquant avec émotion que ceux de là-bas s’inquiètent pour ceux d’ici, lesquels s’inquiètent pour ceux de là-bas. C’est la même inquiétude sur les effets du même racisme antijuif, qui a atteint, après ledit « 7 octobre », des niveaux de raffinement inédits.
Beaucoup d’écrivains bien intentionnés ont écrit quantité de livres pour mettre en garde contre le racisme antijuif sous la forme que les nazis lui ont donnée, avec les effets gigantesques et affolants que l’on sait. Ils ont écrit pour prévenir, pour qu’il n’y ait « plus jamais ça », pour que, je cite, « vous ne puissiez pas dire que vous ne saviez pas », puisque, sous le nazisme, des gens ont laissé faire en disant après coup qu’ils ne savaient pas.
Et voilà qu’avec toutes ces préventions, on arrive aujourd’hui à ce que beaucoup de gens, non seulement savent qu’il y a du racisme antijuif, mais assument d’en être acteurs, puisqu’ils se sentent couverts par le crime de génocide qu’ils imputent aux juifs. Ils font du racisme justifié, puisqu’ils s’en prennent aux tenants d’une identité du seul fait qu’ils ont cette identité, et c’est cela, le racisme. Le racisme est une haine identitaire, c’est le titre de mon livre sur la question, et donc ils le pratiquent, car pour eux, ce n’est pas du racisme, c’est de la justice. Ils poursuivent des criminels ou des complices, sachant que c’est eux-mêmes qui ont établi le crime et qui l’ont jugé.

Qui sont-ils, ces vertueux racistes ?
Leur noyau est constitué de tenants de l’islam radical, dont les consignes sont écrites noir sur blanc par des idéologues radicaux comme un certain Zawahiri, qui a fini chef d’Al-Qaïda, tué par une frappe américaine, et qui voulait tout simplement un vrai retour des musulmans aux racines de leur identité. Et lui a décidé et prescrit aux militants d’utiliser la Palestine pour faire avancer la référence islamique qui, comme telle, comporte dans ses fameuses racines le racisme antijuif, comme noyau de la guerre aux infidèles. Bien sûr, ce racisme est comme tel invendable à tout esprit équilibré. Il a donc fallu l’enrober par l’accusation de génocide qu’on aurait infligé aux Palestiniens, ce qui prouverait qu’on mérite la colère dont nous a gratifiés Allah il y a déjà très longtemps.
La vague accusatoire contre les juifs et Israël a donc atteint une ampleur conséquente. Apparemment, plus c’est irrationnel, mieux ça prend, comme si pas mal de gens avaient besoin de fixer là leur part d’irrationnel dans cette accusation. Le mécanisme était en place depuis des siècles avec l’accusation de déicide qui s’est gravée dans le corpus chrétien. Elle aussi est irrationnelle et remplie d’ignorance ; elle ne se demande pas si les juifs avaient le droit de condamner à mort sous la domination romaine.
Ce que visait cette accusation, c’est de transférer la mort d’un homme, Jésus, sur tous les juifs, appelant ainsi sur eux la mort, sous prétexte qu’une foule de juifs avait approuvé l’exécution, alors que ce sont des foules de juifs aussi qui ont rendu populaire l’homme dont la mort a sa valeur propre, qui appartient à son destin, disons même à sa mission déclarée, puisqu’il se sacrifie pour les péchés de tous les hommes et, par conséquent, sans cette mort, il n’y aurait pas de Jésus-Christ. Si on impute cette mort à une cause extérieure qui serait « tous les juifs », n’est-ce pas une manière de l’arracher à l’homme qui a fait de cette mort le sens même de sa vie ? S’il avait fini dans une maison de retraite, il n’y aurait pas eu de christianisme.
L’accusation est donc irrationnelle. Elle se double aussi de toutes sortes d’accusations, comme celle de les avoir accusés d’avoir tué leurs prophètes. Si certains les ont tués, les suivants ont recueilli leurs textes et ils se les transmettent de génération en génération, tout comme les paroles de Jésus sont recueillies et transmises à ses adeptes. Il n’y a pas d’autre manière de glorifier ces paroles et d’honorer ces prophètes. Les juifs en ont fait la texture même d’une transmission symbolique.
Mais il y a plus injuste encore. C’est que toutes ces accusations contre les juifs, les textes hébreux eux-mêmes les formulent pour redresser le peuple ; et voilà que ces critiques et accusations sont reprises du dehors et pointées sur le peuple juif pour le neutraliser. Et les juifs y ont survécu, même si ce n’est pas dans un bon état. C’est bien sûr également ce que fait l’islam : il dirige contre les juifs des accusations qu’ils se font à eux-mêmes pour mieux vivre, mais lui les pointe sur eux pour les faire disparaître. Et l’islam radicale a trouvé son déicide : il a déifié la Palestine arabe et il a décidé que les juifs la tuaient (alors qu’elle se tue très bien toute seule, elle se tue en avoir pour objet que d’évacuer les juifs.)
Et bien, malgré tous ces efforts pour rabaisser et effacer ce petit peuple, quelque chose a tenu très fort : les corps vivants et désirants des juifs, leur texte vivant, qui connaît de nos jours une explosion florissante, et, last but not least, la terre d’Israël. L’idée de terre d’Israël, au sens historique du terme, a réémergé avec force depuis le 7 octobre comme la seule idée forte opposable au jihad. Bien sûr, elle a un sens religieux pour les religieux, mais elle signifie pour les non-religieux qu’en se promettant de conquérir cette terre, un peuple s’est constitué sous le signe d’une promesse absolue, qu’il a placée aux limites de son destin, de ce qu’on peut appeler le divin, en quoi il fait comme tous les peuples qui conquièrent leur territoire : ils espèrent un soutien transcendant. Le fait que les premiers Hébreux aient eu peur de conquérir cette terre et que Moïse les ait condamnés à errer 40 ans, jusqu’à la génération suivante, signifie que la promesse fondatrice doit se transmettre et qu’en un sens, le Dieu de ce peuple, c’est sa transmission même, c’est le fait que le désir d’être un peuple avec une terre passe d’une génération à l’autre. Et cette transmission, à la fois réelle et symbolique, relie ladite terre à quelque chose de plus grand, à la durée d’Israël.
C’est la trouvaille de ce peuple pour assurer son narcissisme : non pas s’adorer comme ce qu’il y a de meilleur, mais adorer un Dieu qui n’est autre que la durée même de ce peuple, Nétsah Israël, une durée qui se veut infinie. Avoir pour Dieu la durée de sa propre existence est une manière assez subtile d’aimer son existence.
Daniel Sibony

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