
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis juive et israélienne.
À la demande pressante de mon ancien professeur de littérature française d’acquérir l’une de mes œuvres, Le défi d’être… Juif, je me suis empressée de lui envoyer par courrier urgent EMS, quatre exemplaires gratuits — un cadeau destiné à lui, sa femme et ses enfants. Mon professeur est tellement fier de ma réussite en qualité d’écrivain que, lors de sa récente hospitalisation (il a 94 ans), il n’a cessé d’en rebattre les oreilles de ses soignants… Je ne pouvais donc esquiver sa demande.
Je dois vous avouer mes craintes de voir mon petit colis ne jamais parvenir à son destinataire marseillais. Ce n’est pas la première fois que je lui adresse des lettres, des documents ou des livres qui, malheureusement, ne sont jamais arrivés à destination. Il en va de même pour mes autres lecteurs. J’utilise habituellement le mode « recommandé » afin de m’assurer que l’envoi arrive aux destinataires.
EMS, c’est en fait le Federal Express israélien… Inutile de signaler combien ce service est onéreux.
Le colis est parti le 30 mars 2026 et, comme je l’avais prédit, le destinataire marseillais n’a jamais reçu de notification écrite ou orale de la poste.
J’ai donc eu recours à la poste locale israélienne afin de tracer son parcours. Le colis est bien arrivé en France : La poste israélienne m’a informée par écrit que Chronopost l’a remis aux services de la douane française, et c’est là qu’il se trouve à l’heure actuelle. Nous sommes le 6 juin 2026… plus de deux mois.
J’ai contacté Chronopost, qui ne m’a jamais fourni d’information. J’ai aussi envoyé une lettre aux services de la douane, qui m’ont simplement ignorée. Les deux services, Chronopost et la douane, ont aussi ignoré le destinataire qui leur a dépêché son auxiliaire — Mon professeur est pourtant un citoyen français et Chevalier des Palmes académiques — qui leur a adressé ses doléances, sans recevoir de réponse… Lui aussi est un JUIF.
Voilà où nous en sommes.
Est-il devenu interdit d’envoyer du courrier, de quelque sorte que ce soit, d’Israël vers la France ? Ce phénomène, loin d’être nouveau, est très courant depuis quelques années.
Je pense à cette France que j’aimais tant et que j’admirais, tout en fredonnant la chanson de Charles Aznavour : « Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles… » Je me sens aujourd’hui contrainte de corriger ses paroles en y ajoutant une strophe toute nouvelle : « Emmenez-moi le plus loin possible du pays des ténèbres… »
Cette France, devenue méconnaissable, s’est égarée et s’est éloignée de tout ce qu’elle-même représentait – elle s’est noyée dans les tréfonds de l’abject.

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