Le plan Anaconda de Trump. Par Bernard Saal

Donald Trump n’est pas un dirigeant discret. Bien au contraire. Ses prises de parole sont nombreuses, souvent abruptes, parfois contradictoires. Un jour menaçant, le lendemain conciliant, alternant déclarations martiales et ouvertures diplomatiques, il donne l’impression d’une ligne mouvante, presque erratique.

C’est précisément cette agitation qui a nourri, dans une partie des médias, l’idée d’une absence de stratégie dans la gestion du dossier iranien. Trop de bruit, pas assez de cohérence apparente. Trop de coups isolés, pas de ligne directrice lisible.

Mais cette lecture pourrait être une erreur d’analyse. Car derrière le désordre apparent, une autre hypothèse émerge : celle d’une stratégie volontairement brouillée, destinée à masquer une logique beaucoup plus constante — celle de l’étranglement progressif. -Le Plan Anaconda déjà utilisé pendant la guerre de Sécession!

Le serpent Anaconda : une logique d’étouffement

Avant d’être une stratégie militaire, l’Anaconda est un modèle naturel. Le serpent ne mord pas pour tuer. Il ne déchire pas. Il n’attaque pas frontalement avec violence. Il procède autrement :

* il s’enroule lentement autour de sa proie
* il resserre progressivement à chaque mouvement respiratoire
* il empêche l’expansion thoracique
* il coupe les flux vitaux (sanguins et respiratoires)
* il laisse le temps faire son œuvre

La mort ne vient pas d’un choc, mais d’un processus : l’impossibilité progressive de continuer à fonctionner.

Le précédent historique : la Guerre de Sécession**

C’est cette logique que formalise le général Winfield Scott en 1861. Son Plan Anaconda repose sur deux piliers :

* un blocus maritime pour asphyxier l’économie du Sud
* le contrôle du Mississippi pour le fragmenter

L’objectif n’est pas de gagner vite. L’objectif est de rendre la victoire de l’adversaire impossible dans la durée. Moqué pour sa lenteur, ce plan s’imposera pourtant comme l’un des leviers décisifs de la victoire de l’Union.

Trump : le bruit comme écran

Revenons à Trump. Ses déclarations contradictoires, souvent perçues comme une faiblesse, peuvent être relues autrement :

* elles désorientent l’adversaire
* elles empêchent toute anticipation fiable
* elles créent une incertitude permanente

Pendant que l’attention se focalise sur ses mots, autre chose se met en place. Comme au poker — son terrain naturel — l’important n’est pas chaque coup pris isolément, mais l’issue globale de la partie.

Une transposition contemporaine en Iran

La stratégie américaine vis-à-vis de l’Iran présente les caractéristiques d’un véritable « Anaconda moderne ».

1. L’étranglement économique

Les sanctions visent à :

* réduire les revenus pétroliers
* isoler le système bancaire
* freiner les échanges commerciaux

Comme le serpent, il ne s’agit pas de frapper, mais de réduire les marges de manœuvre vitales.

2. La compression des flux

Le contrôle des routes maritimes et des circuits logistiques agit comme une contrainte invisible :

* ralentissement des exportations
* complexification des échanges
* dépendance accrue à des réseaux fragiles

C’est l’équivalent contemporain du Mississippi :
le contrôle des circulations plutôt que du territoire.

3. Une pression progressive

Pas de guerre totale, mais :

* des frappes ciblées
* des phases de tension et de relâchement
* une montée en pression irrégulière

Exactement comme l’Anaconda : chaque relâchement apparent est suivi d’un resserrement.

Les limites du modèle

Le parallèle est puissant, mais imparfait. Contrairement au Sud de 1865, l’Iran :

* dispose de réseaux de contournement
* s’appuie sur des partenaires internationaux
* peut répondre de manière asymétrique

De plus, le monde globalisé transforme chaque pression en onde de choc mondiale. Enfin, là où le Plan Anaconda original était cohérent et stable, la stratégie contemporaine reste dépendante de facteurs politiques internes, ce qui en fragilise la lisibilité.

Conclusion : une stratégie invisible mais structurée

Ce que les médias interprètent comme une absence de stratégie pourrait bien être, en réalité, son camouflage. Trump parle fort, souvent, et parfois de manière contradictoire. Mais pendant que le regard se fixe sur le bruit, le mouvement de fond se poursuit. Comme l’Anaconda, la stratégie ne cherche pas à impressionner. Elle cherche à empêcher l’adversaire de respirer.

Reste une question centrale : le temps jouera-t-il en faveur de celui qui serre… ou de celui qui résiste ? Car au poker comme en géopolitique, une seule règle prévaut : ce ne sont pas les coups qui comptent,
mais la manière dont se termine la partie!

© Bernard Saal

Dr Bernard Saal est fondateur du laboratoire Oligosanté

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