La France n’a plus le droit de différer
La dette française est devenue la mesure concrète de notre liberté politique et ne relève plus d’un débat entre économistes.
La dette publique se situe autour de 119% du PIB ; les projections du ministère des Finances la portent à 119,3% en 2026 et 121,7% en 2027.
Le déficit prévu pour 2026 atteint 5,4% du PIB ; le budget 2027 vise 5%.
Le gouvernement annonce 54 milliards d’euros de mesures de redressement, dans un pays où l’objectif européen de déficit reste fixé à 3%.
La question qui se pose est : qui doit le faire, sur quoi, pendant combien de temps et pour financer quel avenir ?
Laisser la dette s’accumuler est un report d’impôts, de contraintes et de dépendance sur les générations qui n’ont pas encore voix au chapitre. Ce n’est pas une politique sociale.
Lorsque les taux augmentent, l’État ne finance pas davantage l’école, la justice, l’hôpital, l’innovation ou la défense. Il finance surtout le coût de ses engagements passés.
C’est ce mécanisme qu’il faut stopper.
Le faux débat : austérité ou déni
Le débat public enferme les Français dans une alternative absurde.
D’un côté, ceux qui prétendent que toute baisse de dépense est une régression. De l’autre, ceux qui pensent qu’il suffit de couper indistinctement pour restaurer la confiance.
Les deux ont tort. Pourquoi ?
Parce que réduire une dépense inefficace n’est pas de l’austérité ; c’est une condition pour investir davantage là où la France gagne en autonomie, en compétences et en cohésion.
À l’inverse, réduire aveuglément les budgets de l’école, de la justice, de la prévention sanitaire, de la recherche ou de la défense est une économie qui coûtera plus cher demain.
Le redressement doit reposer sur une distinction simple :
À réduire : dispositifs non évalués, doublons, subventions sans impact,
À transformer : dépenses de guichet, aides dispersées, organisations administratives redondantes,
À protéger : école, justice, prévention, recherche, défense, industrie, énergie et infrastructures.
Ce qui est faisable en cinq ans
Première décision : une revue annuelle obligatoire des dépenses.
Tous les programmes publics dépassant 100 millions d’euros devraient faire l’objet, tous les trois ans, d’une évaluation indépendante publiée : objectifs, coûts, bénéficiaires, résultats, comparaison internationale.
Maintenir, réformer ou supprimer : il faut sortir du brouillard.
Deuxième décision : une règle de redéploiement.
Chaque économie structurelle doit être affectée pour moitié à la réduction du déficit et pour moitié à l’investissement dans les capacités du pays.
Cette règle rend l’effort visible : on ne coupe pas pour couper ; on transforme pour préparer.
Troisième décision : une loi de programmation des capacités.
Sur dix ans, le Parlement doit fixer des objectifs pluriannuels sur l’école, la recherche, l’énergie, la défense, la justice, la cybersécurité et l’industrie.
Pas seulement des crédits : des résultats attendus.
Quatrième décision : une justice réelle dans l’effort.
La fraude fiscale et la fraude sociale doivent être combattues avec la même intensité.
Les niches fiscales doivent être réexaminées.
Les prélèvements exceptionnels doivent être temporaires, transparents et concentrés sur les acteurs capables de les supporter et non pas sur les catégories qui n’ont ni patrimoine ni marges d’ajustement.
Le redressement de la France n’est pas hors de portée ; il suppose une méthode, une hiérarchie et une vérité simple : nous ne sortirons pas de la dette avec la même politique qui nous y a conduits.
La souveraineté budgétaire consiste à décider de ce qui mérite d’être financé et non pas à dépenser sans limite.
Jean-Luc Scemama

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