Hagay Sobol. La faute aux juifs ?

L’époque où les dirigeants accusaient les juifs d’être responsables de tous les maux semble revenue. De la tribune de l’ONU à la primaire social-démocrate, si ça va mal, c’est la faute aux juifs ou d’Israël.

Rien de tel pour détourner l’attention que de désigner un bouc émissaire. Pendant longtemps, les juifs ont rempli cette fonction. Puis, quand les juifs ne suffirent plus, il fallut leur trouver des remplaçants : les sorcières. Des femmes parées du chapeau pointu et pratiquant le Sabbat des juifs. Comme rien n’était résolu, on désigna d’autres cibles aux foules haineuses qui ne réalisaient aucunement qu’elles seraient les prochaines sur la liste.

Tartuffe à l’ONU : si ça va mal au Moyen-Orient, c’est la faute à Israël !

A la dernière assemblée générale de l’ONU, on a vu se succéder les représentants de pays dont la démocratie n’est pas l’apanage. Comme un seul homme, ils ont déversé leur fiel sur le seul Etat juif, Israël, petit pays de 10 millions d’âmes, qui à leurs yeux explique tous les malheurs du monde. Que ce soit le Qatar finançant d’une main une équipe de foot et de l’autre les frères musulmans, dont le Hamas, ou la Jordanie, qui a annexé la Judée-Samarie jusqu’en 1967, avant d’être le théâtre des terribles affrontements de « Septembre noir » entre l’armée et les organisations palestiniennes, sans oublier la Turquie niant toujours le génocide arménien et qui occupe le Nord de Chypre, Etat membre de l’UE. Posture ou idéologie, de leur part, aucune surprise.

Tel n’est pas le cas de la France. Emporté dans son élan, mal traduit pour les uns ou ignorant l’actualité et de parti pris pour les autres, Emmanuel Macron en est venu à emboiter le pas de ce triste aréopage. Il reproche, de fait, à Israël d’être l’obstacle principal à la « solution à deux Etats », en reléguant les massacres du 7 octobre au second plan. Et en affirmant que « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie », il exonère le groupe terroriste de tous les attentats contre l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas et contre les civils hébreux dans ces territoires. Pour son dernier discours à l’ONU, on attendait quelque chose de plus grand, de plus vrai. Pour tout dire d’historique ou de testamentaire. Rien de tout cela, uniquement « une bourde », une faute diplomatique qui amoindrit encore plus la voix de Paris qui a pourtant des choses à dire. Une occasion manquée et un divorce un peu plus consommé avec les français.

La « gravitude » : quand Israël ne suffit plus, c’est la faute aux juifs !

Comme si cela ne suffisait pas, le lendemain, la « question juive » s’est invitée à la primaire social-démocrate. Ségolène Royal, en mal d’idée ou de positionnement, n’a pas hésité à reprendre une vieille mécanique : assigner les juifs à une responsabilité collective. En déclarant qu’« il faudrait plus de voix israéliennes et juives » pour dénoncer la politique du « régime du criminel de guerre Netanyahou », l’ancienne présidente de la région Poitou-Charentes essentialise les juifs en leur demandant, en tant que juifs, de se désolidariser d’Israël. Ce qui revient, indirectement, à leur faire porter une part de la responsabilité dans l’antisémitisme. Ce faisant, elle s’aligne de plus en plus sur la radicalité clivante et assumée de Jean-Luc Mélenchon. Dans l’espoir d’exister l’espace d’un instant et de grappiller quelques voix ?

La faute aux juifs ? Non. La tentation de les transformer en éternels coupables

La responsabilité ne repose pourtant pas seulement sur ceux qui gouvernent. Elle repose aussi sur ceux qui les écoutent, les suivent, les élisent, ou les réélisent. Un responsable politique désigne un bouc émissaire lorsqu’il ne veut ou ne peut pas affronter la complexité ou le réel ; mais le citoyen qui accepte cette facilité participe lui aussi à ce mécanisme.

Face aux périls qui s’accumulent — guerres, bouleversements climatiques, révolution technologique, retour des totalitarismes — nous n’avons pourtant plus le luxe de nous leurrer en nous racontant des histoires simples. Ni Israël, ni les juifs, ni aucun peuple ne peuvent servir de cache-misère à nos propres renoncements.

Le problème n’est pas de savoir à qui la faute. Le problème est peut-être de savoir pourquoi nous avons encore besoin d’un coupable pour ne pas regarder la réalité en face.

A force de désigner partout des coupables, on finit par ne plus chercher de solution.

Hagay Sobol

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