Être digne des Justes. Par Eliane Klein

Discours prononcé par Éliane Klein, déléguée du CRIF Région Centre, lors de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes.

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                        CRIF Région Centre-19 juillet 2026

En cette journée nationale  à la mémoire des persécutions racistes et antisémites- des Tziganes et des Juifs- commises par l’Etat français sous l’autorité du gouvernement de Vichy et en hommage  aux Justes français, je dédie mes paroles aux « Justes des Nations », ces hommes et ces femmes, connus ou non, de toutes origines,  souvent modestes, toutes croyances, souvent chrétiennes, ayant sauvé des Juifs, en particulier des enfants, malgré les risques encourus, « dans un monde assailli par la plus atroce barbarie ».

Il y eut aussi des policiers, des hauts fonctionnaires, des membres d’Institutions, comme le clergé , qui n’ont pas obéi aux lois infâmes, prenant des risques extrêmes.

Le courage a côtoyé l’ignominie : tous les gestes même ceux « apparemment insignifiants », un sourire, une main tendue, furent une étincelle au cœur de la nuit, témoignant que les êtres humains ont d’autres options que la soumission à un Régime criminel.  C’est l’illustration de la parole biblique: « Quiconque sauve une vie, sauve l’Humanité entière ».

Nous sommes ici, tout près des » lieux où l’horreur fit étape » ( Henry Bulawko).

Évoquer cette « horreur » ,  cet épisode de la destruction programmée du peuple juif et le dévoiement actuel des valeurs humanistes- l’instrumentalisation perverse de la mémoire de la Shoah , nous plongent dans le désespoir et la colère.

 Précédée par la rafle dite du « Billet vert » (16 mai 1941), la rafle du Vel d’hiv, des 16 et 17 juillet 1942,   dirigée par la Préfecture de police de Paris et exécutée par ses milliers d’agents, sans la présence de policiers allemands ni de SS, fut le crime majeur de la politique antisémite du Régime de Vichy, dans sa complicité active avec le projet génocidaire nazi.

Dès l’aube, le 16 juillet 1942, 45.000 gendarmes, gardiens de la paix, policiers, se sont abattus sur les immeubles où ils savaient , par le fichier de la Préfecture de police, que logeaient des Juifs étrangers, hommes et surtout femmes et enfants-nbre d’entre ces enfants étaient français, car déclarés à leur naissance par leurs parents: plus de 13.000 Juifs, dont 4.115 enfants, de 2 à 6 ans. Seuls une dizaine auront la vie sauve, car, malades, avaient été hospitalisés.

« Lâcheté, aveuglement et déni caractérisent l’attitude des cadres de la PP( police parisienne)… qui ont refusé de prendre des mesures laissant une chance de survie, même minime, aux enfants »( Laurent Joly)

Enfer du Vel d’hiv: entassement dans le bruit, les cris, la chaleur, la puanteur et le désespoir.

Ils seront , pour la plupart,  « jetés dans les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune la Rolande   avant d’être livrés aux Allemands, déportés et assassinés à Auschwitz .  Aucun enfant n’a survécu.

Ce crime s’inscrivait dans la réalisation du programme mortifère du Régime vichyste, prenant sa revanche  sur la démocratie( en particulier celle dirigée par des Juifs – ou considérés tels-:Léon Blum, Pierre Mendes-France, Jean Zay,  Georges Mandel)/ administration tatillonne, promulgations de lois , décrets- certains renforcés de la main même de Pétain/ STATUT des Juifs: exclusions sociales, expropriations, dénaturalisations, marquages, rafles, internements transports vers le camp de la mort-Auschwitz- Birkenau.

Sans omettre le rôle criminel de membres de la haute fonction publique dans l’organisation des rafles, puis la création de la milice(1943) auxiliaire de la Gestapo dans la traque, les tortures, les exécutions sommaires.je rappelle que le Ministre Laval, chef du gouvernement, avait anticipé le désir des nazis en recommandant d’arrêter aussi les enfants juifs, en préparant la rafle du Vel d’Hiv. L’extermination des enfants juifs « jusqu’au dernier », le signe de la rupture anthropologique ineffaçable dans la civilisation, dont nous restons tributaires.

La Shoah fut l’aboutissement de siècles de violences extrêmes, les pogroms millénaires s’inscrivant dans le fil rouge sanglant courant tout au long de l’Histoire du peuple juif.

Qu’en est-il aujourd’hui? Qu’en est-il du « plus jamais ça! »? C’est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau…

Le 7 octobre 2023, un gigantesque pogrom de nature génocidaire a été perpétré en Israël, faisant renaître le traumatisme de l’extermination de la Shoah , immédiatement suivi d’une explosion de l’antisémitisme. Comme l’allumette réveillant un feu dormant. En France, on assiste à un retournement sidérant de toutes les valeurs universelles de notre Démocratie, bruyamment ou violemment dévoyées, niées, moquées dans les lieux mêmes de la culture, du savoir, l’École, l’Université,  dans l’institution du Droit-le Parlement, les médias , l’administration., sans omettre les ravages du monde numérique….

Le retour de la haine des Juifs s’exprime, de façon perverse , dans les mots ayant perdu leur sens: Ainsi le martèlement de termes comme « génocide » ou « sioniste » procède de « l’inversion accusatoire », cette perversité  » retournant contre les fils les crimes commis contre leurs pères », les nazifiant, remplaçant le peuple « déicide » par le peuple « génocide. », le vouant à la mort. Ainsi l’appel récurrent à la destruction de l’Etat d’Israël fait écho à l’effroyable projet exterminateur nazi.  Dans notre pays, gangrénées par cette haine,  les paroles et les actes témoignent de la volonté de faire taire,  disparaître toute voix, toute expression juive dans le monde culturel, artistique, voire politique…boycotts, annulations, agressions se multiplient.

Ces infamies,  fièrement revendiquées, voire hurlées au nom du « progressisme », effacent l’Histoire , »désarment la mémoire de la Shoah »( Peggy Sastre), non seulement en la niant, mais « la réduisent à rien en l’étendant à tout »( Gérard Bensussan), détruisant le long travail d’Histoire et de Mémoire,  le décryptage des caractéristiques du totalitarisme, savoir rigoureusement étudié depuis des années grâce aux enseignants, historiens, politologues, documentaristes, écrivain, philosophes….

L’indifférence, le déni, la lâcheté, le silence, l’abandon: ces blessures nous rappellent la précarité de notre existence, de notre place sur cette terre où même » la mémoire des morts n’est pas à l’abri ». ( Peggy Sastre)

Aussi, je remercie tous les amis qui nous tendent la main, qui partagent notre peine et notre combat, un geste, une parole, rompent notre solitude,  à l’image des Justes d’hier, sont comme des petites lumières dans la nuit « face à la volonté des fanatiques de détruire « l’idée d’HUMANITÉ COMMUNE »( P. Bruckner)

© Éliane Klein

Déléguée du CRIF Région Centre

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