
Le Piège Progressiste : Quand le Laïcisme Vide Israël de son Judaïsme
Traditionnellement, est juive toute personne née d’une mère juive ou convertie selon les règles de la Halakha. La connaissance ou la pratique de la Torah n’affecte pas ce statut juridique traditionnel. Le judaïsme est souvent vécu comme une appartenance à un peuple, une histoire commune, une culture ou une tradition familiale, indépendamment de la foi ou du niveau d’instruction religieuse.
La perspective identitaire externe — le regard de l’antisémite — définit souvent le Juif par sa généalogie ou son origine, sans égards pour ses croyances ou ses connaissances textuelles. D’où alors dérive la création d’un État juif sans judaïsme ? Le sionisme politique, initié notamment par des figures laïques comme Theodor Herzl, a pensé la création d’un État pour les Juifs avant tout comme une solution de refuge et d’autodétermination nationale face aux persécutions. Ce modèle repose sur des tensions historiques : sur un nationalisme laïque qui conçoit l’identité juive comme une nationalité – un peuple – qui a droit à sa souveraineté, sa langue (l’Hébreu moderne) et sa terre, sans obligation de pratique religieuse.
Mais peut-on, comme l’exigent certains courants orthodoxes, perpétuer un « État juif » déconnecté de la Torah et des commandements divins ? C’est une contradiction interne ou un oxymore. C’est alors que pointe la question : PEUT-ON ÊTRE JUIF SANS CONNAÎTRE LA TORAH ? À moins, bien entendu, de faire du judaïsme un tremplin pour accéder à certains bénéfices, au pouvoir, entre autres…
Comment peut-on créer un État juif sans son judaïsme ? Ceux qui ont du mal à comprendre cet oxymore peuvent toujours aller ailleurs créer un État juif sans judaïsme, à moins évidemment que le dénominateur « être juif » ne soit qu’un adjectif dénonciateur et désobligeant — des exemples néfastes dont les « Soros » qui œuvrent d’arrache-pied à l’anéantissement d’Israël.
Personne d’entre nous n’ignore qu’être juif n’est pas forcément le résultat de l’adoption des règles du judaïsme, mais beaucoup plus une désignation qui dégénère en général en poursuite, traque et souvent assassinat. Ce qui nous mène invariablement à la question politique. Comment être un État Juif sans ses juifs, puisque au sein de ce peuple qui se dit israélien et juif, existe une communauté qui tend à suivre l’occidentalisme dans toutes ses formes ? Il suffit de se pencher sur les définitions de penseurs célèbres pour en mesurer l’ampleur :
Pour Franz Rosenzweig, contrairement aux autres nations dont l’existence dépend d’un territoire, d’une langue politique et de lois étatiques, le peuple juif maintient son éternité à travers la transmission biologique et mémorielle (la communauté de sang et le cycle des fêtes religieuses). L’essence du peuple juif est intrinsèquement liée à son détachement des structures étatiques classiques. Tenter d’enfermer la judéité dans un nationalisme étatique standard risquerait paradoxalement de lui faire perdre sa spécificité spirituelle.
Pour Emmanuel Levinas, la religion se définit comme texte et responsabilité, non comme sacré. Levinas redéfinit le judaïsme non pas comme une mystique ou une simple piété passive, mais comme une éthique exigeante dictée par l’étude. Être juif, c’est être lié à une hétéronomie (une loi qui vient d’ailleurs, le Texte). La Torah n’est pas un dogme de foi abstrait, mais une structure de responsabilité universelle envers autrui.
Mon avis personnel : Vider le judaïsme de la Torah pour n’en garder qu’une enveloppe identitaire ou politique revient à rompre ce contrat éthique. C’est l’étude et la justice qui fondent le Juif ; sans elles, l’identité risque de s’effondrer dans un nationalisme exclusif ou un simple « tribalisme ».
Le paradoxe de Yeshayahu Leibowitz met en lumière la séparation radicale de la foi et de l’État. Scientifique, philosophe et penseur orthodoxe israélien, Leibowitz a prophétisé les dérives d’un État mélangeant politique et religion. Il affirme que le judaïsme réside exclusivement dans la pratique des commandements (les Mitzvot). Il refuse catégoriquement de conférer une quelconque sainteté religieuse à une entité politique, une terre ou une armée. Le nationalisme laïque qui utilise les symboles du judaïsme comme un folklore historique pour justifier un pouvoir politique est une forme d’idolâtrie (et je suis absolument en phase avec lui). Un « État juif » laïque n’est pas un oxymore pour lui, c’est simplement un État des Juifs (une nécessité politique de survie), mais qui ne doit en aucun cas prétendre incarner le judaïsme religieux.
Que nous dit Jean-Paul Sartre dans ses Réflexions sur la question juive ? Il propose une approche purement existentialiste et sociologique : « C’est l’antisémite qui fait le Juif ». Le Juif laïque, coupé de sa religion et de son histoire, se retrouve redéfini comme Juif par le stigmate, la persécution et la traque imposés par l’autre. Ce concept valide directement l’idée qu’être juif est bien souvent une désignation qui dégénère en traque ; ici, l’identité juive est cimentée par une tragédie historique et une condition humaine partagée face à l’hostilité, sans besoin immédiat de théologie pour exister aux yeux du monde externe.
Ce dilemme identitaire s’incarne de façon flagrante dans la langue même de cet État. Pour faire renaître la nation, le sionisme laïque a dû séculariser l’hébreu, transformant la Lashon HaKodesh (la langue sainte de la Torah et de la prière) en un outil d’administration, de commerce et de politique politicienne. Des mots qui portaient en eux des millénaires de transcendance divine servent aujourd’hui à rédiger des codes civils ou des slogans électoraux. En coupant la langue de sa source textuelle, le progressisme a cru moderniser le peuple ; il a en réalité entamé son ancrage métaphysique. On ne manie pas la langue des prophètes comme on manie l’anglais ou le français sans y perdre une part de son âme.
En politique, la laïcité pour Israël trace un chemin qui mène vers l’oubli et vers le chaos, vers un progressisme mondialisé qui abolit les frontières, la nation, les sources et le passé, nous guidant droit vers l’autodestruction. Et c’est bien ce que le prétendant à la gouvernance prône aujourd’hui : un universalisme de façade qui sacrifie l’âme de notre peuple sur l’autel de la modernité occidentale, tout en brandissant de manière purement électorale une judéité vidée de sa foi pour mieux s’accaparer le pouvoir. Netanyahu a compris et a œuvré hier pour l’ancrage de la foi juive en validant/entérinant l’étude de la Torah dans les institutions scolaires.
Pourtant, les partis orthodoxes israéliens ne nous épargnent guère non plus avec leur politisation et le maniement de la foi juive pour de misérables bénéfices. En somme, j’ai beaucoup de mal à définir les objectifs de ces juifs dont le judaïsme se calcule par des gains matériels, bien au-delà de ce que la Torah nous enseigne et de ce que ce peuple dit juif représente.
© Thérèse Zrihen-Dvir

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