« Mon épouse »: L’humeur du jour de Jacques Frojmovics

Mon épouse — qui est bien davantage que ma muse : mon inspiration, ma coach, mon comité stratégique et probablement mon service après-vente émotionnel — m’a posé une question.

Je pourrais poursuivre la liste de ses qualités, mais la bienséance m’impose ici un prudent silence.

Sa question était simple :

pourquoi cette pérennité ?

Question à laquelle, il faut bien l’avouer, nous n’avons guère eu le loisir de réfléchir, trop occupés à survivre depuis trois mille ans.

Ce qui me vient spontanément à l’esprit, ce sont d’ailleurs les reproches récurrents de nos détracteurs.

Nous serions des pleurnicheurs.

Toujours à invoquer la compassion.

Des misérabilistes professionnels, en somme.

Admettons.

Encore eût-il fallu disposer du temps nécessaire pour geindre.

Entre la descente du train à Auschwitz et les douches, le timing demeurait relativement serré.

À la Nova également, les choses furent d’une efficacité presque industrielle.

Ce n’était pas exactement :

“couche-toi là pendant que je déclame mon manifeste anticolonialiste”.

Non.

C’était rapide.

Expéditif.

Méthodique.

Lors de la Shoah par balles, on économisait même les munitions :

une balle pouvait parfois suffire pour plusieurs.

Pas vraiment un contexte propice aux longues lamentations existentielles.

Alors quelle est donc cette arme secrète ?

Ou plutôt ce piège étrange de la pérennité juive ?

L’humour.

Je n’en vois pas d’autre.

Plus la situation devient catastrophique,

plus le Juif raconte des blagues.

Il fallait quand même oser inventer des plaisanteries sur les chutes du mirador.

Transformer l’indicible en éclat de rire.

Presque un acte de défi métaphysique.

Et puis il y a cette manière bien particulière de raconter l’horreur avec détachement.

Presque avec élégance.

Un humour sec.

Minimaliste.

Parfois macabre.

Souvent absurde.

L’art, au fond, de survivre longtemps —

mais en conservant malgré tout un sourire en coin.

© Jacques Frojmovics

Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …

Pour aller plus loin:

Fondation Auschwitzhttps://auschwitz.be › images › _expertises ›

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2 Comments

  1. Un ami très cher, survivant de la Shoah, malheureusement plus de ce monde maintenant, racontait volontiers des blagues juives dans un mélange de yiddisch et d’allemand. Je n’aurais évidemment jamais osé de raconter ces petites histoires qui me faisaient rire tout en me donnant mauvaise conscience… Merci de vos pépites du matin.

  2. Nous avons pleuré la choa,et le le 7 octobre ce n’était pas de la pleurnicherie c’était un déchirement ,un massacre que nous n’imaginions pas; alors là ,nous avons perdu notre sens de l’humour.

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