« Pour les Iraniens aucune négociation sérieuse n’est acceptable », dit à TJ l’officier (R) du renseignement militaire israélien A. Grinberg

Interview réalisée par Frédéric Sroussi 

Tribune juive : Alexander Grinberg, vous êtes un officier de réserve du renseignement militaire israélien (Aman) et expert de l’Iran : hier (23 mars), le Président américain Donald Trump, prenant tout le monde de cours, déclarait être en négociations avec les Iraniens afin de trouver une issue à la guerre. Que pensez-vous en tant qu’analyste de cette déclaration ? Croyez-vous à des pourparlers qui pourraient déboucher sur un règlement de cette guerre ? 

Alexander Grinberg : Je pense qu’aujourd’hui aucune négociation sérieuse n’est possible pour les Iraniens qui savent que cela serait interprété comme une soumission. 

Il est possible que le Président américain qui doit s’occuper aussi de l’environnement général, de l’économie mondiale, de son opinion publique, se dise qu’il doit passer pour quelqu’un qui n’est pas un « amoureux de la guerre ». Il doit montrer qu’il cherche la paix.  Il va tenter de négocier pour dire ensuite: « Vous voyez, j’ai essayé de parler aux Iraniens, mais ça ne marche pas .»

Je sais aussi que le comportement de Trump rend fou les Iraniens car personne ne peut comprendre où il veut en venir. Ce qui est un grand atout pour les militaires. 

Il se peut aussi que son ultimatum concernant la frappe sur les infrastructures électriques, quoique logique en tant de guerre, fut jugé après-coup comme précipité. En fait, en bombardant ces infrastructures, ce n’est pas le régime qui serait touché car il a ses propres sources énergétiques. On aggraverait seulement la vie des Iraniens. 

T.J : Est-ce qu’il est possible que cette négociation soit une stratégie qui aurait comme conséquence de créer des dissensions au sein même du régime entre ceux qui soutiennent des négociations et ceux qui s’y opposent ; ainsi le régime se fissurerait de l’intérieur et tomberait… L’homme choisi par l’administration Trump est Mohammad-Bagher Ghalibaf, l’actuel chef du Parlement. Pourrait-il devenir celui qui creusera la tombe du régime en créant les dissensions nécessaires ?

A.G : Je pense que le régime est déjà dysfonctionnel. C’est difficile de comprendre qui obéit à qui. Mais, soyons clairs : nous n’allons pas assister à une cérémonie de la chute de régime. Ce régime fonctionne comme un cartel mafieux qui est en train de perdre sa fonctionnalité. 

Je suis d’accord sur le fait que Trump voudrait négocier avec quelqu’un, mais au sein du régime tout le monde se craint.

Ensuite, comment reprendre le « business » après les attaques contre les voisins arabes de l’Iran ? Cela ne pourra plus marcher.

T.J : Oui, mais si la guerre s’arrête à cause des pressions qui pèsent sur Trump, et que l’armée américaine s’en va, Trump déclarant une victoire même fictive, tout le monde pensera alors que l’Iran aura tenu tête à l’Amérique et les pays du Golfe seront peut-être enclins à chercher encore plus à se soumettre à l’Iran, et cela par peur. 

L’Iran n’a pas besoin de gagner la guerre pour vaincre, il a juste besoin de ne pas la perdre…

A.G : Je suis d’accord avec cette logique, mais le régime iranien a perdu toute légitimité au sein du peuple. On ne peut pas revenir en arrière. 

Mais je dois dire que Ghalibaf est très dangereux car il possède des qualités militaires et managériales. 

C’était un commandant des Pasdarans, il a été le chef de la police de Téhéran et son maire. 

Si quelqu’un peut vraiment diriger ce qui reste de ce système, c’est lui. Mais, il a un défaut : il n’a pas d’expérience internationale. Il ne pourra pas comme Larijani et les autres montrer la face prétendument humaine du régime islamique. 

T.J : Ne pensez-vous pas, comme nombre d’observateurs le prétendent, que Trump pourrait faire en Iran ce qu’il a fait avec Maduro et Delcy Rodriguez au Vénézuéla, c’est-à-dire mettre à la tête de la République islamique une personne plus docile tout en laissant le régime au pouvoir ?

A.G : Peut-être est-ce l’intention de Trump sauf qu’en Iran c’est impossible. La haine envers ce régime après les massacres n’est pas réparable. Ce régime n’est plus viable. En fait, cela serait plus cher de laisser ce régime en place que de s’en débarrasser. Le Vénézuéla était une autre affaire. Je veux dire que même si Trump veut des négociations, il les fera à ses conditions. Or, les conditions même minimales de Trump sont inacceptables pour le régime car cela équivaudrait à sa soumission. 

 Alexander Grinberg, merci. 

Entretien réalisé par Frédéric Sroussi, Israël

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