Accord renforcé entre Bundeswehr et Tsahal. Par Francis Moritz

Accord renforcé entre Bundeswehr et Tsahal: l’Allemagne veut « tirer les leçons de la guerre de Gaza » — et ce que d’autres États peuvent en retenir  

Le renforcement de la coopération entre la Bundeswehr et Tsahal s’inscrit dans une démarche pragmatique : intégrer des retours d’expérience opérationnels issus d’un conflit réel afin d’adapter les forces allemandes à des formes de guerre hybrides, urbaines et multi-domaines. Cette orientation dépasse la seule relation bilatérale et s’inscrit dans une évolution plus large des doctrines occidentales face aux conflits contemporains.

1. L’intérêt spécifique de l’Allemagne

Il ne faut pas perdre de vue que Berlin a comme objectif déclaré de devenir la première armée conventionnelle d’Europe.  Le déclenchement de la guerre en Ukraine a entrainé un changement magistral de paradigmes côté allemand. Depuis 1945, le rôle de son armée, plutôt son embryon d’armée, était considéré comme purement défensif. La décision fut prise de débloquer un budget de cent milliards d’euros pour transformer la Bundeswehr.  La relation dejà ancienne entre les deux armées se développe d’autant plus et s’inscrit finalement assez naturellement dans un rapprochement logique, pragmatique et significatif du rôle que peut jouer Israël au plan des modalités de la nouvelle forme de guerre hybride qui combine diverses technologies et la rend d’autant plus complexe. Il s’agit précisément d’adapter la Bundeswehr à des menaces hybrides et multi-domaines

L’expérience israélienne à Gaza offre un savoir-faire rare dans des domaines où l’Allemagne et ses proches voisins possèdent peu d’expérience opérationnelle récente :

Le combat urbain et souterrain

  • opérations maison par maison ;
  • neutralisation de tunnels ;
  • coordination infanterie–drones–capteurs.

L’acquisition de compétences cruciales pour des opérations en zones densément urbanisées ou contre des infrastructures souterraines. Même si ça n’est pas mentionné, on peut aussi penser à des insurrections ou autres formes de contestations armées par des groupes terroristes exogènes ou endogènes…

Protection du territoire et cyberdéfense

Le projet de « cyberdôme » illustre une priorité stratégique allemande :

  • détection automatisée des cyberattaques ;
  • protection des infrastructures critiques ;
  • coopération en IA et cybersécurité.

L’Allemagne, puissance industrielle et numérique, est particulièrement vulnérable aux attaques hybrides.

Défense antimissile et protection de l’espace aérien

L’acquisition du système Arrow-3 montre la volonté de :

  • renforcer la protection contre missiles balistiques ;
  • intégrer une défense multicouche ;
  • combler les lacunes européennes en défense antimissile.

Cette orientation répond autant aux menaces moyen-orientales qu’au contexte sécuritaire européen dominé par la Russie.

Innovation technologique et intelligence artificielle

Tsahal a utilisé l’IA pour l’analyse de données et l’identification de cibles.

L’Allemagne cherche à :

  • accélérer l’intégration de l’ IA dans les opérations ;
  • renforcer la supériorité informationnelle ;
  • moderniser la prise de décision militaire.

Réserves, mobilisation et intégration sociétale

Israël est la seule armée populaire qui lui permet d’appeler plusieurs centaines de milliers de réservistes. Leur mobilisation massive constitue un modèle d’intérêt. A cet égard il suffit de voir les efforts réalisés en Allemagne et en France pour stimuler l’engagement de volontaires :

  • capacité d’activation rapide ;
  • résilience nationale ;
  • intégration civilo-militaire.

Ce sujet est sensible en Allemagne, où la réflexion sur le modèle de défense territoriale est relancée.

Il s’agit bien d’une coopération civilo-militaire et résilience intérieure

Les échanges portent aussi sur :

  • cybersécurité ;
  • protection civile ;
  • continuité des fonctions vitales.

L’Allemagne se prépare à des crises hybrides touchant directement son territoire. La France qui a dejà subit des attaques terroristes encore récentes et qui doit aussi faire face à un terrorisme endogène, pourrait partager son intérêt avec son grand voisin d’outre Rhin, mais le vent ne semble pas souffler dans cette direction.

2. Une coopération inscrite dans une relation stratégique ancienne

La coopération germano-israélienne remonte aux années 1950 et comprend :

  • Des exportations d’armements majeurs (dont sous-marins) ;
  • Des composants pour chars Merkava ;
  • L’entraînement au combat urbain ;
  • Des exercices aériens multinationaux ;
  • La formation aux drones et guerre électronique.

Le partenariat combine technologie, entraînement et retours d’expérience opérationnelle.

3. Enseignements transférables à d’autres pays

Au-delà du cas allemand, plusieurs leçons intéressent les États confrontés à des menaces hybrides. Il suffit de regarder ce qui se passe dans nos pays depuis plusieurs années, la menace terroriste est omniprésente.

A. Guerre urbaine et infrastructures souterraines

Les conflits futurs se déroulent majoritairement en zones urbaines.

À retenir :

  • capteurs souterrains et robotique ;
  • munitions de précision ;
  • formation spécialisée.

B. Défense multicouche contre missiles et drones

La prolifération des drones et missiles rend la protection du territoire prioritaire.

Ce qu’il faut retenir :

  • systèmes anti-drones ;
  • défense aérienne intégrée ;
  • architecture multicouche.

C. Cyberdéfense et protection des infrastructures

Les attaques hybrides ciblent réseaux énergétiques, communications et logistique.

À retenir :

  • centres cyber intégrés ;
  • automatisation de la détection ;
  • coopération public-privé.

D. Intelligence artificielle et supériorité informationnelle

La guerre moderne repose sur la vitesse d’analyse et de décision.

À retenir :

  • traitement massif de données ;
  • IA pour renseignement et ciblage ;
  • fusion des capteurs.

E. Réserves et résilience nationale

Les conflits prolongés exigent mobilisation et continuité sociétale.

À retenir :

  • réserves opérationnelles crédibles ;
  • planification civilo-militaire ;
  • résilience des services essentiels.

4. Intérêts opérationnels malgré les controverses politiques et morales

Les opérations israéliennes à Gaza ont suscité de vives critiques internationales concernant le respect du droit humanitaire. Ces controverses nourrissent un débat politique et éthique, notamment en Europe.

Cependant, sur le plan strictement opérationnel, les armées occidentales distinguent :

  • l’analyse des méthodes tactiques ;
  • les technologies employées ;
  • les modèles d’organisation et de résilience.

Cette dissociation permet d’intégrer des enseignements militaires tout en maintenant des cadres juridiques et doctrinaux nationaux.

5. Une évolution doctrinale plus large

La démarche allemande s’inscrit dans une transformation plus large :

  • retour des menaces hybrides ;
  • importance de la protection du territoire ;
  • montée des conflits urbains ;
  • fusion cyber–IA–opérations ;
  • nécessité de résilience nationale.

Gaza constitue un laboratoire opérationnel ; l’Ukraine confirme la nécessité d’endurance industrielle ; ensemble, ces conflits redéfinissent les doctrines occidentales.

Conclusion

Dans ce contexte, la coopération germano-israélienne illustre une évolution plus large : les doctrines de défense se construisent désormais à partir des conflits réels, où technologie, résilience sociétale et rapidité décisionnelle déterminent l’efficacité stratégique. A son corps défendant, Tsahal et par la même Israël, est reconnue comme une armée du futur qui sait désormais combiner l’ensemble des moyens air-terre-mer ainsi que les nouvelles technologies incluant l’IA dans la nouvelle guerre hybride, face à des ennemis extérieurs et des attaques endogènes.

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


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