Aujourd’hui nous avons rapatrié le corps de Ran Gvili, le dernier otage du Hamas et ce soir sa famille, et tout le peuple d’Israël, a enterré Ran, le cœur serré, une paix intérieure retrouvé le temps d’un recueillement et le sentiment du devoir accompli.
Je ne pensais pas que cette nouvelle allait réveiller en moi des sentiments aussi puissants, aussi contrastés. D’abord un sentiment d’apaisement venant chasser, tout du moins pousser à la marge une apathie, une forme de « neurasthénie » qui s’était emparée de mon esprit, ces derniers temps, le vidant du sens, non pas de la direction mais bien de sa structure raisonnable et du désir déraisonnable de forcer le réel. Contre toute attente, je suis aussi submergé par un flot d’énergie optimiste et combatif, en quelque sorte une sérénité ancrée, sûre d’elle et prête au combat.
Me revient en mémoire les noms de tous les otages scandés tous les samedis soir à Begin ou sur la place des otages et puis comme un mantra incantatoire « jusqu’au dernier !! » Nous avons écouté, chanté, pleuré, soutenu en lançant aux familles des otages, aux otages eux même, aux familles endeuillées des « vous n’êtes pas seuls, nous sommes avec vous ! » Une communion hors normes, une solidarité sans faille, le sens profond du « nous sommes responsables les uns des autres ».
Je prends conscience ce soir de la façon la plus saisissante et émouvante de ce que nous avons fait. Des centaines de milliers de citoyens durant 840 jours ont manifesté partout et sans relâche, ils ont donné du temps, de l’argent, beaucoup d’argent, ils ont pris des avions et sont arrivés jusqu’au président des États-Unis, Biden ou Trump pour ramener leurs enfants, leurs parents parfois même juste des connaissances. Biden nous a serré dans ses bras et Trump a tout mis en œuvre pour permettre la libération des otages, de tous les otages.
Et dans le même souffle, tous ces soldats, qui sont parfois tombés, laissant leurs familles dans le désarroi et la douleur aiguë du couteau planté en plein cœur, qui se sont battus avec un seul et unique objectif en guise de boussole, ramener à la maison nos otages.
Durant le mouvement de contestation contre la « réforme judiciaire » nous nous sommes battus pour protéger la démocratie et l’état de droit mais ce que nous avons fait au lendemain du 7 octobre, citoyens anonymes et société civile constitue en fait le cœur vivant de la démocratie et du contrat social entre citoyens et le plus souvent, tragiquement, contre l’état, du moins ceux qui ont eu le mauvais goût de s’en prévaloir.
La confiance, le sens aiguë de la responsabilité de son prochain et une éthique profondément arrimée à cette exigence, juive et Israélienne, de ne jamais laisser personne derrière sur le champ de bataille, littéralement. Téméraires, persévérants, tous ces citoyens engagés de toutes les manières possibles incarnent ce maillage de la société israélienne soutenue de façon inédite par la diaspora occupée quant à elle à lutter contre un véritable tsunami antisémite.
J’ai compris ce soir qu’aucun dictateur ne viendra à bout de ce peuple noble, non pas parce qu’il a la « nuque raide » mais parce qu’il a un cœur immense et un sens hors du commun de la fraternité.
Nous allons enfin pouvoir passer de la solidarité à l’exigence de justice.
Il n’y aura pas ici de despotes pour nous asservir, il n’y aura pas ici des affairistes cyniques et sans scrupules, déguisés en juifs, pour nous indiquer un horizon nécessairement messianique. Ils ont eu leur heure, ils ont eu leur chance et ils nous ont apporté le 7 octobre !! Ils seront jugés pour ça et balancés dans les poubelles de l’histoire.
Ce qui s’est exprimé dans ce mouvement n’est pas la gauche ou le libéralisme, c’est l’expression d’un judaïsme moderne et humain, celui qu’on aime comme le martèle Yaya Fink.
Nous allons nous battre pour changer ce gouvernement dans les urnes mais la victoire de ce soir est le prodrome d’une victoire annoncée sur ces malédictions qui se sont abattues sur nous. C’est de cette énergie et de cet optimisme qu’il nous faut remplir nos cœurs et nos esprits pour aborder la dernière ligne droite.
© David Ben Ichou

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