Le macronisme a-t-il conduit la France à sa propre euthanasie politique ? Par Paul Germon

Introduction — La mort politique par sédation

On imagine la mort politique comme un coup d’État, une invasion, une dictature, une défaite militaire. Mais il existe une autre manière de mourir : sans violence.

L’euthanasie politique, c’est quand un pays conserve toutes ses apparences — élections, débats, alternances — mais perd l’essentiel : la capacité de décider. Pas la capacité de parler. Pas la capacité de promettre. La capacité de trancher, d’assumer un conflit, d’imposer une volonté collective.

Depuis quinze ans, la France donne le sentiment étrange d’un corps vivant dont l’âme politique s’est retirée.

Le macronisme n’a pas créé ce processus.

Il l’a rendu cohérent, assumé et presque irréversible.

Mais le basculement décisif s’est produit avant lui, sous François Hollande, au moment précis où la France a accepté, sans conflit, que le cœur de la décision quitte le champ du suffrage pour entrer dans celui de la règle.

I. Une euthanasie sans violence : la méthode douce

La France n’a pas été vaincue. Elle a été conduite.

Conduite à considérer chaque choix comme une obligation technique, chaque renoncement comme une responsabilité, chaque impuissance comme une vertu. Le vocabulaire est toujours le même : c’est l’Europe, c’est le droit, c’est la règle, c’est la science, c’est trop compliqué, on ne peut pas.

Le pouvoir moderne ne dit plus : je décide.

Il dit : je constate.

Le macronisme n’a pas calmé la France socialement — elle n’a jamais été aussi agitée.

Il l’a calmée politiquement : la colère existe, mais elle n’aboutit plus. La rue crie, le Parlement parle, les plateaux s’indignent — et rien ne bascule. Le réel politique est anesthésié.

II. La scène fondatrice : la crise de l’euro et la leçon allemande

Tout commence avec la crise de l’euro (2010–2012).

La Grèce révèle l’ampleur de sa dette. Les marchés ferment. L’État grec est au bord du défaut. L’euro menace de s’effondrer. L’Europe découvre alors une vérité brutale : une monnaie sans État est fragile.

L’Allemagne, dirigée par Angela Merkel, accepte de sauver l’euro — mais impose sa condition : plus jamais un État ne devra pouvoir mettre l’ensemble en danger par ses choix politiques.

À partir de là, Berlin impose une doctrine simple : la politique est dangereuse, la règle est sûre.

La Grèce devient un laboratoire : mémorandums, austérité imposée, souveraineté suspendue, Parlement neutralisé. L’Europe découvre qu’on peut contraindre un État sans tanks.

III. Le traité clef : le TSCG et le moment français

Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) est négocié fin 2011 et signé en mars 2012.

À ce moment-là, Nicolas Sarkozy est président, Angela Merkel dirige l’Allemagne, José Manuel Barroso préside la Commission.

Mais quelques semaines plus tard, Sarkozy perd l’élection présidentielle.

Or en droit européen, signer n’engage pas pleinement : c’est la ratification parlementaire qui rend le traité contraignant.

Cette ratification intervient à l’automne 2012.

Et c’est François Hollande, élu sur la promesse de renégocier le traité, qui la décide sans modifier le cœur du texte.

Ce geste est politique.

En ratifiant, la France accepte que la discipline budgétaire, la surveillance de la Commission et le contrôle européen priment désormais sur le débat national.

Le budget — cœur de la souveraineté — devient un exercice de conformité anticipée avec Bruxelles.

III bis. Le TSCG : signé, ratifié, appliqué — la chaîne de la dépossession

Le TSCG engage trois présidents successifs dans une même trajectoire.

Sarkozy le signe : engagement diplomatique encore réversible.

Hollande le ratifie : engagement juridique interne, contraignant.

Macron l’applique : la contrainte devient méthode de gouvernement.

Sous Macron, le traité n’est plus vécu comme une limite extérieure.

Il devient le cadre naturel du pouvoir.

Les budgets sont construits pour Bruxelles avant d’être débattus à Paris.

La Commission n’impose plus : l’exécutif s’auto-discipline.

La souveraineté n’est pas supprimée.

Elle est rendue inutile.

IV. Trois styles de pouvoir, un même cadre

Une fois le traité ratifié, le cadre est identique.

Ce qui change, c’est le style de gouvernement.

Sous Sarkozy, la règle encadre mais ne remplace pas la décision.

Lorsque la crise financière frappe, il la contourne sans hésiter : plan de soutien aux banques, explosion assumée des déficits, pression politique sur la BCE, refus de l’automatisme. Le droit encadre, mais le politique tranche.

Sous Hollande, la règle devient justification : on ne peut pas.

Sous Macron, la règle devient morale : on ne doit pas.

La règle limite le politique sous Sarkozy.

Elle le neutralise sous Hollande.

Elle le remplace sous Macron.

V. L’énergie : de l’arbitrage politique au renoncement administratif

L’énergie révèle la dépossession dans sa forme la plus concrète.

Sous Sarkozy, la loi NOME impose l’ARENH, mais aucune centrale n’est fermée.

L’État reste pilote, et le nucléaire demeure un outil stratégique.

Sous Hollande, la loi de transition énergétique programme la fermeture de Fessenheim, sous contrainte climatique et calcul électoral.

Le nucléaire cesse d’être une souveraineté : il devient une variable parlementaire.

Sous Macron, en 2020, Fessenheim ferme par décret.

Le cadre est sanctuarisé.

Le débat est clos.

VI. Gouverner sans décider : deux scènes macroniennes

1. Le Covid : la norme scientifique comme pouvoir

En mars 2020, le pouvoir ne tranche plus.

Il délègue la décision à un Conseil scientifique.

Confinement, couvre-feu, pass sanitaire, fermetures : chaque mesure est présentée non comme un choix politique, mais comme une nécessité technique.

Le président ne dit pas : j’assume.

Il dit : les scientifiques disent.

L’arbitrage disparaît.

La norme devient pouvoir.

L’expertise devient souveraine.

2. Les ordonnances de 2017 : neutraliser le conflit

Dès son arrivée, Macron choisit une méthode : gouverner sans conflit.

La réforme du Code du travail est conduite par ordonnances.

Le Parlement autorise sans délibérer.

Les partenaires sociaux sont consultés sans négocier.

Le pays exécute.

Ce n’est pas l’autoritarisme.

C’est la dépolitisation.

La procédure devient la politique.

VII. Le droit comme pouvoir sans visage

Le pouvoir ne dit plus : je veux.

Il dit : la norme dit.

On ne conteste plus une décision.

On subit une règle.

VIII. L’administration : l’aristocratie du temps

Quand la décision s’efface, celui qui maîtrise les procédures gouverne.

L’administration ne renverse pas le pouvoir.

Elle le neutralise.

IX. La dissolution : la scène de vérité

La dissolution aurait dû trancher.

Elle révèle que même l’acte constitutionnel ultime ne produit plus de décision.

Le peuple vote.

Le système continue.

Conclusion — Macron, ou l’assomption de l’impuissance

Macron ne subit plus la dépossession : il la revendique.

Il transforme la contrainte en vertu, la règle en morale, l’impuissance en modernité.

Il gouverne par la pédagogie, l’expertise, la norme, la procédure.

Sarkozy contournait.

Hollande se soumettait.

Macron sacralise.

La France respire encore.

Mais elle décide de moins en moins.

Et une démocratie qui ne décide plus est déjà en train de mourir.

© Paul Germon

Repères factuels

1. Crise de l’euro (2010–2012) : plans UE–BCE–FMI, conditionnement des budgets nationaux, mise sous tutelle de fait de la Grèce.

2. TSCG : signé en mars 2012, ratifié en France en octobre 2012 (loi n°2012-1249) ; priorité donnée à la discipline budgétaire européenne.

3. Semestre européen (2011) : examen des budgets nationaux par la Commission avant débat parlementaire.

4. Loi NOME (2010) : ouverture du marché de l’électricité, création de l’ARENH.

5. Transition énergétique (2015) : programmation de la fermeture de Fessenheim.

6. Fessenheim (2020) : fermeture décidée par décret présidentiel.

7. Ordonnances travail (2017) : réforme du Code du travail par procédure accélérée.

8. Conseil scientifique Covid (2020) : transfert de l’arbitrage politique vers l’expertise.

9. Dissolution (2024) : échec de l’acte constitutionnel à produire une décision politique.

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2 Comments

  1. Le macronisme est une création de l’UE, qui elle-même a pour unique raison d’exister la collaboration massive avec l’islamisme. Quand en 1941 le mufti de Jérusalem et Hitler se sont rencontrés à Berlin, ils ont posé les bases idéologiques de ce qui deviendrait la (dé)construction européenne. Le but de l’UE est parfaitement assumé : détruire l’héritage judéo-chrétien de l’Europe (ce que souhaitait précisément le 3ème Reich). Les crânes rasés sont désormais des crânes « racisés ». Donc ceux (comme par exemple Caroline Fourest et sa bande de « Franc-tireurs ») qui prétendent combattre l’islamisme et tout ce qui l’accompagne, y compris l’antisémitisme, tout en soutenant l’UE sont des imposteurs. Quiconque soutient l’UE soutient la Bête et doit l’assumer.
    L’ironie de l’histoire, c’est Qu’Emmanuel Macron a été installé par le camp européiste dans l’espoir qu’il serait le grand promoteur de leur idéologie. Or c’est tout le contraire qui va se passer : la folie furieuse de ce malade mental va entraîner la chute de l’UE. Ce n’est qu’une question d’années avant que le monde en soit débarrassé.

  2. EXCELLENTE ANALYSE D UNE GLISSADE QUI CONDUIT A LA CHUTE
    DEPOLITISATION EST BIEN LE MOT CLE
    LA SOUVERAINETE POPULAIRE EST LE SEUL REMEDE ET LE SEUL BUT
    ON NE PEUT LUI OPPOSER LA MEDIOCRITE DES HOMMES ET DES PARTIS. LES CIRCONSTANCES CHANGENT LA NATION DEMEURE
    (LE MUFTI DE JERUSALEM N’AVAIT PAS IMPRESSIONNE HITLER, IL N’AVAIT PU QUE PROPOSER UNE LEGION BALKANIQUE MUSULMANE. CELA ETAT MOINS QUE LE RECRUTEMENT PAR L’ARMEE IMPERIALE DES PRISONNIERS MUSULMANS QUI AVAIENT APPARTENU AUX TROUPES SOUS COMMANDEMENT BRITANNIQUR. POUR LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE, LE RECRUTEMENT DE TROUPES INDIENNES, PRISONNIERS OU DESERTEURS.
    LES INSULTES GROSSIERES CONTRE LE PDT MACRON NE SONT PAS UN ARGUMENT
    L’ECHEC DES POLITIQUES MENEES PAR LUI SONT LE MEILLEUR ARGUMENT CONTRE UN SYSTEME ETRANJER A NOS ANCIENNES PRATIQUES REPUBLICAINES)

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