Comment, par morale mal placée et repentance politique, deux présidents américains ont brisé l’espérance de paix née de la fin du communisme et ouvert la voie à l’islamisme mondial.
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Il est des erreurs qui ferment une porte. Et d’autres qui en ouvrent une que l’on ne parvient plus à refermer. Jimmy Carter et Barack Obama n’ont pas commis la même faute, ni au même moment, ni pour les mêmes raisons. Mais leurs décisions s’inscrivent dans une même chaîne historique : celle par laquelle l’Occident, au moment même où il pouvait espérer la paix, a réintroduit dans le monde une conflictualité idéologique dont il ne sort toujours pas.
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I. Jimmy Carter : le culbénitisme comme acte fondateur (1978–1979)
À la fin des années 1970, le monde entre dans une phase historique exceptionnelle.
Le communisme soviétique est déjà mort idéologiquement. L’URSS tient encore, mais elle ne croit plus à elle-même. Sa promesse est épuisée, son économie à bout de souffle, sa légitimité en ruine. Une sortie progressive de la guerre froide devient possible. Une paix longue, imparfaite mais réelle, se dessine à l’horizon.
C’est à ce moment précis que Jimmy Carter commet l’erreur fondatrice.
L’Iran est alors gouverné par Mohammad Reza Pahlavi, le Shah. Autocrate, certes, mais modernisateur, laïc, allié de l’Occident, pilier de stabilité au Moyen-Orient, rempart contre l’influence soviétique et contre les mouvements religieux radicaux. Face à lui, le clergé chiite, structuré, idéologique, révolutionnaire, attend son heure. Son chef, Ruhollah Khomeini, est en exil en France, mais son projet est clair : instaurer un État théocratique et exporter la révolution islamique.
Tout est connu.
Les services occidentaux le savent. Les diplomates le disent. Les rapports l’écrivent.
Mais Carter choisit de ne pas voir.
Au nom des droits de l’homme, au nom d’une morale devenue politique, il pousse le Shah à partir, empêche toute solution de transition, neutralise les forces capables de contenir le basculement, et laisse Khomeini rentrer à Téhéran en février 1979.
Ce n’est pas une révolution démocratique qui triomphe.
C’est une idéologie religieuse totalitaire qui reçoit un État.
C’est ici que le culbénitisme apparaît comme catégorie politique : non pas la foi, mais la conviction que la bonté suffit à gouverner le réel. Carter croit libérer un peuple ; il libère une idéologie. Il croit fermer une époque ; il en ouvre une autre.
Et cette idéologie ne reste pas iranienne.
Dès les années 1980, l’Iran organise l’exportation méthodique de l’islamisme :
Hezbollah au Liban, soutien au Hamas, réseaux armés en Irak, en Syrie, au Yémen, constitution d’un axe révolutionnaire, terrorisme transnational frappant l’Europe.
Au moment précis où le communisme s’effondrait, Carter a permis la naissance de son successeur idéologique.
Et il ne reconnaîtra jamais sa faute.
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Conclusion Carter : la paix volée avant même d’être née
Lorsque le mur de Berlin tombe en 1989, le monde croit entrer dans une ère nouvelle.
La guerre froide se termine sans apocalypse. Le communisme s’effondre sans guerre mondiale. Pour la première fois depuis 1914, l’humanité peut imaginer une histoire débarrassée des idéologies de salut.
Mais cette espérance avait déjà été sabotée dix ans plus tôt.
En 1979, au moment précis où le communisme mourait idéologiquement, Jimmy Carter a permis la naissance de son remplaçant. Là où le monde allait sortir des religions politiques, il en a introduit une nouvelle, plus dangereuse encore parce que sacrée, indiscutable, exportatrice.
Quand le mur tombe, la paix est déjà compromise.
Le monde ne sort pas des idéologies : il en change.
Carter n’a pas seulement commis une erreur.
Il a privé le monde de la paix au moment même où elle devenait possible.
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II. Barack Obama : la morale, la repentance et la répétition de la faute (2009–2011)
Barack Obama n’est pas un cul bénit.
Il est l’homme du retour de la morale et de la repentance comme doctrine de politique étrangère.
L’acte fondateur est clair : le discours du Caire, juin 2009.
Ce jour-là, un président américain ne parle plus à des États, mais à une abstraction morale : « l’islam ». Il s’excuse, rééquilibre, réécrit l’histoire, transforme la diplomatie en confession publique. En faisant cela, il réinstalle le religieux comme interlocuteur politique central et marginalise les forces laïques arabes, déjà fragiles, déjà isolées.
Ce discours n’est pas une maladresse.
C’est une doctrine.
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Le mal nommé « Printemps arabe«
Vient alors ce que l’Occident appellera le Printemps arabe.
Il faut le dire : ce nom est une erreur historique.
Il n’y eut pas de printemps, mais une désagrégation des États, une ouverture brutale du champ politique à des forces déjà organisées : les islamistes. La rue crie, mais seuls les islamistes savent gouverner le chaos.
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Le lâchage de Ben Ali : le feu vert à l’exportation de l’islamisme sunnite
En janvier 2011, Obama commet l’acte décisif.
Il abandonne Zine el-Abidine Ben Ali.
Ben Ali n’est pas un démocrate.
Il est un autocrate laïc, autoritaire, policier, mais aussi un verrou stratégique. Il maintient l’État, les institutions, et surtout il contient l’islamisme, notamment les Frères musulmans tunisiens (Ennahda).
Obama le lâche sans plan, sans transition, sans protection des forces laïques, sans anticipation du lendemain — exactement comme Carter avait lâché le Shah.
Ce geste est un signal régional.
À partir de ce moment, les régimes laïcs sunnites comprennent qu’ils sont seuls.
Et les mouvements islamistes sunnites comprennent, eux, qu’ils ont le feu vert.
Après l’exportation de l’islamisme chiite par l’Iran révolutionnaire commence l’exportation massive de l’islamisme sunnite : réseaux des Frères musulmans, financements, mosquées, ONG, partis, milices.
La Tunisie ouvre la brèche.
L’Égypte suit.
La Libye s’effondre.
La Syrie s’embrase.
Le Yémen disparaît.
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Conclusion générale
Carter a ouvert la brèche par culbénitisme.
Obama l’a élargie par repentance.
L’un croyait au bien.
L’autre croyait à la faute occidentale.
Mais tous deux ont remplacé la lucidité par la morale — et la morale, en géopolitique, ne protège jamais la paix.
La paix était possible.
Elle a été sacrifiée.
© Paul Germon

L’occident est maître dans l’art de se tirer une balle dans la jambe. Voir plusieurs. Croyant naïvement que tout le monde veut la paix, la démocratie, les droits de l’homme, la liberté. Grave erreur.