Daniel Sibony. Remarque sur l’Occupation israélienne

Ces jours-ci la Cour de Justice internationale discute de savoir si l’occupation israélienne de la Cisjordanie est illégale ou non. La question est cruciale même si la réponse a toute chance d’être sans effet sur le terrain.

Pourquoi Israël occupe-t-il la Cisjordanie ? Parce que peu avant Juin 67 une mobilisation très importante des militaires et des foules avaient eu lieu dans le monde arabe notamment en Égypte, Syrie et Jordanie, incluant  les mouvements palestiniens dont le chef Choukeiri avait pour mot d’ordre « jeter les juifs à la mer », autrement dit libérer la Palestine, qui était aussi le mot d’ordre de ce djihad imminent.  

La présence d’Israël en Jordanie est le résultat d’une guerre

Israël l’a devancé et attaqué en premier, ce qui lui permit au bout de six jours d’occuper le Sinaï, Gaza, le Golan, la Cisjordanie et Jérusalem Est. La présence d’Israël en Jordanie est donc le résultat d’une guerre. On pourrait dire qu’à ce titre elle est illégale  si du moins on peut préciser à partir de quelle date les guerres ne changent pas les frontières. Ce n’est pas que la Cisjordanie soit dans les frontières d’Israël mais c’est un territoire où la guerre est en cours, toujours ouverte puisque des accords pour la finir  n’ont pas eu lieu. 

Rappelons qu’après la guerre des Six jours la Ligue Arabe a interdit à quiconque de ses membres, y compris aux palestiniens, de « parler avec Israël ». Les États arabes ont donc interdit aux Palestiniens de négocier, façon de les maintenir encore une fois dans l’optique  d’une guerre à venir.

Cette guerre a eu lieu, Israël a rendu le Sinaï, a fait la paix avec l’Égypte puis avec la Jordanie qui entre-temps s’est défaussée de son pouvoir antérieur sur la Cisjordanie.

Pour que celle-ci alors revienne aux Palestiniens ipso facto, il faudrait soit une guerre, soit un accord ; on n’a ni l’un ni l’autre ; les escarmouches là-bas entre arabes et juifs ne comptent pas, sinon pour rappeler que c’est toujours en état de guerre.

Ajoutons que les Palestiniens n’ont pas réclamé cette terre, entre 48 et  juin 67, alors qu’ils auraient pu à ce moment-là y créer un État palestinien ainsi qu’à Gaza ; ou du moins le réclamer aux deux États arabes, Égypte et Jordanie, qui contrôlaient l’un Gaza  l’autre la Cisjordanie. Il n’en fut rien, de sorte que la Cisjordanie est un territoire pris à la Jordanie suite à une guerre préventive, et Israël le garde pour sa sécurité en attendant que celle-ci soit assurée par un accord…

Avec qui ? Avec les Palestiniens qui accepteraient un accord moyennant des aménagements du territoire.

Jusqu’à présent cela ne s’est pas présenté. Ce territoire n’appartient ni à la Jordanie ni à un État palestinien puisqu’il n’a jamais existé. Il n’est même pas évident que les implantations qui s’y font violent le droit international, lequel, quand un pays qui mène une guerre d’autodéfense, (et ce fut le cas en 1967, même si Israël a pris les devants : il était sous la menace d’une invasion arabe massive et annoncée), autorise ce pays à occuper le territoire conquis quand c’est nécessaire à sa protection.

Toujours selon ce droit, cet État peut exiger comme condition de son retrait des mesures assurant que ses citoyens ne seront plus menacés par ce territoire ; l’histoire actuelle de Gaza prouve que c’est le cas pour la Cisjordanie. Israël y assure sa sécurité et empêche que des groupes armés importants y apparaissent sous l’emblème du Jihad.

En outre, il est dans la nature des conflits armés que celui qui détient un territoire y laisse s’installer ses citoyens tant que ce n’est pas le territoire d’un pays défini. Bref la notion de « Palestine occupée par Israël » est très confuse : ce territoire est occupé parce que les palestiniens ont successivement refusé  ce qui leur était offert, comme s’ils ne raisonnaient qu’en fonction de la guerre suivante qui leur rendrait le territoire qu’ils n’ont jamais gouverné. 

En revanche, si dans l’air du temps ce territoire semble, tout ou partie, destiné aux Palestiniens, c’est qu’il a été détaché de la Jordanie, laquelle semble être le vrai lieu des Palestiniens, le véritable noyau de leur futur État.

Toujours est-il que le mot d’ordre dont certains font un vrai mantra : il faut que cesse l’Occupation, n’a pas un sens évident. Faut-il y entendre qu’Israël doit quitter la Cisjordanie comme il a quitté Gaza pour y voir fleurir comme à Gaza un véritable bastion de djihad antijuif ? Il en a remis une partie à l’Autorité palestinienne qui se révèle corrompue et inefficace. À qui faudrait-il qu’il remette le reste ? Quelle force palestinienne est décidée à vivre en paix dans ce territoire sans préparer un djihad antijuif ?

Il y a toute chance qu’Israël  reste présent là-bas tant que les Palestiniens n’ont pas rejeté clairement l’option de la guerre sainte, comme ils devront le faire à Gaza. Et plus ils tardent, plus il y aura d’Israéliens qui s’installeront là-bas.

C’est ainsi que l’histoire punit la mortification  où tout un petit peuple est forcé de bouder ce qui lui est offert, au nom d’une haine millénaire envers l’ennemi, une haine qui se protège d’ignorance : beaucoup d’arabes ignorent que les juifs ont régné sur cette terre-là assez longtemps et que selon leur transmission,  ils la tiennent d’une promesse divine, c’est-à-dire que leur lien avec elle est transcendant, en prise sur une transmission en temps très long, et qu’il mérite au moins, à ce titre, d’être pris en compte. Faute de quoi, c’est l’histoire qui en tient compte et qui malmène ceux qui ont joué et perdu à cause de leur mauvais choix et qui voudraient chaque fois réécrire l’histoire, comme si rien ne s’était passé.

Et ceux qui répètent le mantra pourraient au moins se demander pourquoi, depuis le temps, il n’a pas avancé d’un pouce vers une réalisation. 

                                    © Daniel Sibony*

  • Écrivain, Psychanalyste, dernier ouvrage paru : Shakespeare, questions d’amour et de pouvoir. Publie début mars : L’entre-deux sexuel, chez Odile Jacob.

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*