Michèle Chabelski. Vivre. Vieillir

Bon

Samedi

On se rend compte qu’on vieillit au fait qu’on revient plus souvent d’un enterrement que d’un baptême…

Genèse

On est scolarisé avec des petits camarades qui font un jour leur communion ou leur bar-mitsva…

On est bien évidemment invité…

C’est la fête, la joie partagée, l’impétrant étale ses cadeaux, comme on est une petite fille, il n’y aura pas de batmitsva, à l’époque, cette entrée dans l’âge adulte était réservée aux petits garçons… Les filles, peut-être considérées comme plus douées, se dépatouillaient sans l’aide de Dieu qui avait assez à faire pour ouvrir la porte du monde des grands aux garçons…

Les filles trouveraient bien l’entrée toute seule…

Puis nous grandîmes.

Les yeux scintillèrent…

Il était beau, gentil, amoureux…

Il nous électrisait… Chaque instant passé ensemble ressemblait à un feu d’artifice…

Vint l’époque des fiançailles pour sceller le grand amour, des rencontres de familles qui n’avaient parfois rien à faire ensemble, sauf à aimer les petits-enfants communs à venir…

Puis bien sûr…

La Fête

Le Mariage

On quittait le monde des fous rires sans raison, des whisky cocas bus au son de musiques tonitruantes, des expériences avortées, des espoirs piétinés, des espérances insensées, pour ouvrir la porte du grand rêve: l’amour partagé, mains jointes sur la route de la vie, et l’impression d’être enfin l’être complet qui avait tant guetté cette part manquante ouvrant une fenêtre de lumière sur un monde devenu un et indivisible…

On était à la fois joyeuse et triste, de voir s’éloigner la complice des frasques et des mensonges, l’oreille bienveillante à qui l’on confiait ses rêves, ses désillusions, et qui tendait une main secourable quand on était à terre, pantin désarticulé, noyée de chagrin…

Mais chacune ou presque connaissait cette joie infinie de participer à la construction du monde, en tenant la main de l’aimé…

Puis l’annonce excitée, Ne le dis pas encore, s’il te plaît, ça ne fait que trois semaines, le monde qui tourne et valse, brûlant d’un soleil d’espérance, violon et trompette mêlés dans un symphonie enchantée, le ventre lesté d’un amour fou, un bébé…

Un bébé…

Une circoncision, un baptême, une famille ciselée, cette petite chose douce et soyeuse, c’est toi , c’est moi qui ai fait ça?

Puis on voit briller les yeux des copains, des copines qui enchaînent une ronde d’allégresse, évidence scintillante, on s’aime, on se marie, les fêtes se succèdent, l’amour s’incarne dans cette liesse rythmée de bossa novas et de slows langoureux…

Et puis reste celui ou celle qui n’ose pas dire…

Mais qui finira par avouer, mon amour est un garçon, une fille…

On rira, on trinquera aux amoureux, Olivier et Edouard, Marion et Nathalie…

Puis les enfants grandissent…

On fête leur bar-mitsva, leur communion, ils jouent tous ensemble…

Et puis parfois, la fracture…

Les yeux ne brillent plus, on rapproche les deux foyers, une semaine avec enfants, une semaine de célibat…

Et puis…

Les rires reviennent…

Je te présente Anne…

Voici Samuel dont je t’ai parlé…

On dîne ensemble, ainsi va la vie…

D’autres enfants, d’autres bar-mitsvas, d’autres communions…

Et puis des yeux qui brillent…

Les enfants se marient !!

La copine, le copain, sont devenus belle-mère, beau-père…

Puis grands-parents, le coeur explose d’amour, quoi?

J’avais raté ça avec mes enfants !

Trop de travail, de voyages, de soucis …

Mais les bouches collantes et les bras colliers redonnent au monde les couleurs de l’arc-en ciel, des feux s’allument dans le coeur, Tiens un malabar, tu diras pas à Maman, hein?

Une complicité rieuse, un amour incandescent lavé des miasmes de l’éducation parentale, une peau douce et sucrée, des conversations sérieuses ponctuées d’éclats de rire et d’étreintes brûlantes, oubliées les rides et l’arthrose, On joue à cache cache, Mamie?

Puis le coup de fil, l’hôpital. La copine, le copain, les enfants soucieux, le monde s’assombrit, papa ne va pas bien…

Allo!!

Les sanglots…

Papa, Maman …

Quoi?

Quoi???!!?!!

Tu ne m’as pas fait ça!!!

Il ne souffre plus, dit la fille, hébétée de chagrin…

Mais quoi!!

C’est dégueulasse de partir comme ça, on avait encore plein de choses à faire ensemble, plein de choses à se se dire.

Je t’aime par exemple …

Des mots sur lesquels on avait un peu lésiné, on avait bien le temps, des mots qui restent aujourd’hui coincés dans la gorge, Papa je t’aime, mais tu le savais bien, même si je ne te l’ai pas dit assez…

La pelletée de terre qui signe l’adieu définitif…

C’est si rapide, une vie?

Mais c’est dans l’ordre des choses…

Samuel, Martine, des étreintes de consolation…

Et plus tard…

Un autre appel.

Un examen médical inquiétant…

Charles

Vero…

On n’avait pas terminé de sillonner le monde, de tester ces nourritures à la mode en riant sous cape des goûts étranges de notre progéniture restée près de nous, de rendre visite aux enfants partis loin, d’aller au théâtre, au musée, au bout du monde…

Et puis un autre appel…

Mais il n’était pas si âgé, voyons…

Le même âge que moi…

Elle était en pleine forme…

Pourquoi ??

Pourquoi ?

Personne n’est éternel… Je le sais bien…

Mais pas si vite?

Pas si tôt…

Mince…

Comment est ce passé si rapidement ?

On a 20ans dans la tête…

Ce n’est pas un âge pour mourir…

Alors, on sait qu’elle rôde la faucheuse, qu’elle va frapper, la garce, mais rien n’est achevé, l’informatique, les réseaux sociaux, tous les machins connectés qui font un peu peur, et les rires des petits-enfants, Attends Mamie je te montre, souvent plus patients que les enfants, C’est pas la peine Tu comprends rien…

Y a du boulot…

Mais le monde tourne, les bras font de tendres colliers, les bouches collent suavement, puis ils grandissent, ma petite-fille est médecin, mon petit-fils se marie…

Arrières grands-parents…

On a bien vécu, un monde sans guerre, sans chômage et sans sida…

Ah oui!

Sans portable aussi…

Les petits-enfants essaient d’imaginer…

Comment tu faisais Mamie?

Comme toi tu fais, mon chéri, avant l’heure des inventions qui changeront ta vie…

Demain c’est Hanouka, la fête des lumières..

La plus importante est celle qui scintille dans notre coeur et nous permet d’aimer…

Je vous embrasse

© Michèle Chabelski

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

4 Comments

  1. Grand merci Michele Chabelski pour ce beau plaidoyer pour la Vie que vous savez si bien nous faire partager.
    Émotions et sourires sont de sortie ainsi que nos merveilleuses bougies de Hanoucca

  2. texte émouvant : une vie en quelques dizaines de lignes avec les mots justes ! Chacun reconnaitra la cavalcade de la vie et la cruauté de toute disparition !
    Même si le texte est vraiment «  rassra » ( angoisse) il laisse à penser et il incite à profiter du temps qui reste !

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*