Daniel Sarfati. Une Galerie de Neve Tzedek

Les quelques eucalyptus, dont les racines jaillissent du bitume, témoignent de ce que fût ce lieu. Un marécage. Il y a moins de moustiques, mais ce sont maintenant les chauves-souris qui se nichent dans les arbres. Leurs déjections pourpres constellent les murs blancs.

Neve Tzedek est devenu un quartier branché. Boutiques de fringues de créateurs, restaurants gastronomiques, Pâtisseries françaises, Centre de danse et théâtre contemporain Suzanne Dellal, librairie où sont invités lecteurs et écrivains à débattre… Galeries d’art.

Celle-là me paraît pas mal. Un hangar au parquet blanc. Au murs, quelques Kadishman et ses fameuses têtes de mouton, des sculptures en métal rouillé, sans doute un tracteur qu’on a démonté.

Le galériste me jette un regard blasé, par dessus son Mac. “Vous cherchez quelque chose en particulier ?”

Il ressemble à Elton John, en plus gros, en chemise hawaiienne et avec des lunettes rouges à paillettes.

Je frissonne, la climatisation est poussée à fond dans cette galerie. Il doit faire tout au plus 4 degrés. Dehors le sol se gondole sous la chaleur de ce milieu d’après-midi.

“Oui. Amos Biderman”.

Le talentueux caricaturiste du journal “Haaretz” s’est mis à la peinture et ses paysages sont très réussis.

Elton John cligne des yeux. Ses lunettes passent au vert. “J’ai pas.”

Il est passé de l’anglais à l’hébreu et s’est rassis.

Je dois être un gauchiste, lecteur d’Haaretz. Pas un client intéressant.

En ressortant de la galerie, j’ai remarqué la mezouza. Je la trouve belle. “Vous la vendez ?”

Les lunettes d’Elton John sont repassées au rouge. Je devine sa perplexité. Je dois être un religieux finalement.

© Daniel Sarfati

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