Gérard Kleczewski a lu “L’identité en question(s). Qu’est-ce qui fait peuple ? Le sujet juif” “Un livre exaltant”, écrit-il

L’identité juive questionnée, les identité(s) révélées

Je suis allé le 9 juin au soir à l’ISEG pour assister à la conférence de Shibboleth, animée par Michel Gad Wolkowiczet dont les orateurs invités étaient le linguiste Cyril Aslanov et l’historienne Sandrine Szwarc.

Une conférence en mode hybride : une cinquantaine de personnes formaient l’auditoire in situ, d’autres se trouvaient à distance par la grâce d’une solution de visioconférence.

Si Sandrine Szwarc revenait, avec le brio et la passion qu’on lui connait, parler de son remarquable ouvrage, Fascinant Chouchani, la conférence abordait au sens large la question de l’identité. Notoirement celle de l’identité juive à la faveur d’un nouveau et remarquable ouvrage choral de plus de 500 pages paru aux éditions In Press : L’identité en question(s) et sous-titrée Qu’est-ce qui fait peuple ? Le sujet juif. 

La conférence comme le livre qui lui donnait son sens (sa signification et sa direction) donnaient au passionné d’histoire et de culture que je suis un motif de plaisir et de bonheur évident, étant entendu qu’à mes yeux le spectacle de l’intelligence et sa concrétisation par l’écrit revêtent une forme de perfection absolue dans un monde et une époque qui me semblent si imparfaits.

Nœud gordien ou clé universelle ?

J’étais d’autant plus ravi que la question de l’identité, et en particulier celle de l’identité juive, à la fois sous un angle personnel et sous celui du peuple (Am Israël), me semble centrale et parait être une grille de lecture éclairante dans les temps douloureux et perturbés que nous vivons en cette première partie du 21ème siècle.

Génératrice de totems et de tabous, de frictions intercommunautaires et de théories plus ou moins fumeuses, comme l’a exprimé avec justesse Michel Gad Wolkowicz dans son introduction, la quête identitaire ne peut se résumer à un exercice narcissique. Elle oblige à s’interroger sur ce qui fut et n’est plus, sur la construction et la réinvention d’un peuple (le peuple juif) et non son invention comme le prétendit en son temps, avec une vision des plus racoleuses, Shlomo Sand dans son ouvrage, au demeurant mal traduit, Comment le peuple juif fut inventé.

Dans la foulée de la conférence, j’ai pu dire à Cyril Aslanov combien j’avais apprécié son argumentation judicieusement titrée After Sand à la manière d’un George Steiner écrivant  After Babel. Sa façon à la fois brillante et érudite de démonter l’argumentation obsessionnelle de l’auteur et ses tentatives toutes aussi obsessionnelles à vouloir déconstruire le narratif sioniste, via une méthodologie des plus douteuses. Et j’ai pu redire à Sandrine Szwarc combien j’avais aimé sa présentation de l’être à l’identité singulière (ou si l’on veut floue) Chouchani, dont le livre m’accompagne depuis des semaines.

Un livre exaltant

J’ai lu et voudrais vous inciter à le lire aussi. Si, comme moi, cette question identitaire vous parait être majeure pour nos sociétés post-modernes ballotées par les hystéries collectives en cours, vous ne pourrez qu’être conquis par les différentes contributions et la qualité de leurs auteurs : des psys, des historiens, des linguistes, des religieux, des anthropologues des journalistes, des producteurs, des artistes …

Des noms ? Ils sont 45 en plus de Michel Gad Wolkowicz ! La liste serait un brin rébarbative… Mais notez tout de même Pascal Bruckner, Eric Marty, Frédéric Encel, Haim Korsia, Daniel Dayan, Roger-Pol Droit, Francine Kaufman, Shmuel Trigano, Rivon Krieger, Michaël Prazan, Monique Atlan, Daniel Sibony et… Cyril Aslanov. Pardon pour tous ceux que je n’ai pas cités !  

Comme un clin d’œil à son art, traversé par une immense quête identitaire, le grand peintre et sculpteur Gérard Garouste est aussi contributeur de l’œuvre chorale, puisqu’on le retrouve en couverture de l’ouvrage via un tableau à l’huile sur toile, l’un des deux pans d’un diptyque, qu’on pourrait appeler Autoportrait de l’artiste avec verre de Kiddouch, mais qui se nomme en vérité Le Maitre Panetier, Le Maitre Echanson (2016).

Sur le fond, il y a dans cet épais ouvrage collectif que vous pouvez prendre et reprendre en mains, voire laisser sur votre table de nuit pour le picorer, que vous soyez ou non soumis aux effets insomniaques de la canicule qu’on nous prédit, un florilège de points de vue sur cette question de l’identité remarquable (pas au sens mathématique du terme), on devrait dire sur ces questions (d’où le judicieux  s sur la couverture).

Juifs ou pas juifs, les auteurs dont Michel Gad Wolkowicz lui-même, qui inaugure brillamment les analyses, se penchent avec bonheur et donc intelligence sur cette construction infinie entre tradition plurimillénaire et création toujours en cours, sous l’angle biologique, symbolique, culturel, cultuel, etc. Un feu d’artifices de points de vue et d’enseignements avec lesquels on peut se sentir aligné ou pas, mais qui aident tous à réfléchir à la singularité d’un peuple que l’on dit élu mais qui souffre tant d’avoir été si souvent au cours de l’histoire mis en ballotage !

A la fois singulière et universelle, paradoxalement matrice de toutes les civilisations et de toutes les autres religions qui l’ont historiquement suivie, si chiche à se partager pour se protéger tout en fascinant ceux qui n’y accèdent pas, l’identité juive méritait bien un tel ouvrage qui décrypte avec brio et analyse en profondeur ses formations et ses manifestations, voire les symptômes associables à la problématique qu’elle soulève par le croisement de tous ces disciples consciencieux et passionnants de la psychanalyse et de la psychiatrie, de l’histoire et du droit, de la philosophie et de la religion, des discours et des idéologies, des médias, de l’art, du cinéma et de la littérature.

En un mot: passionnant. En deux mots : passionnant et exaltant !

Lisez L’identité en question(s) – Qu’est-ce qui fait peuple ? Le sujet juif , sous la direction de Michel Gad Wolkowicz. Editions In Press, avec le soutien de la Fondation Adelis et d’Akadem. 30€ TTC dans toutes les bonnes librairies, en magasin comme en ligne.   

© Gérard Kleczewski

Gérard Kleczewski est Citoyen et Journaliste

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