La colonisation iranienne de l’Irak (et de la Syrie) est la forme de colonialisme la plus dangereuse


Bien au-delà de la seule “Guerre entre les Guerres” que conduit essentiellement Israël, pour prévenir l’invasion iranienne de la Syrie, ou de la modique présence américaine en Irak pour soutenir un régime fragile, l’Irak et les Kurdes doivent lutter contre la pénétration culturelle iranienne de leurs structures de pouvoir…

  Iran , Irak

Sans être trop sentimental, avec une certaine logique et une vision neutre de l’Irak aujourd’hui, nous pouvons dire, de manière tout-à-fait justifiée, que tout l’Irak est sous une forte domination coloniale. La colonisation de l’Irak aujourd’hui n’est pas une forme de colonialisme de la manière conventionnelle en termes de colonisation d’un pays par rapport à un autre pour piller ses richesses, c’est-à-dire qu’elle n’est pas similaire à l’ancien colonialisme(occidental) qui était basé sur le fait de rester dans l’État occupé et de piller ses richesses, bien que cela soit discutable en Irak aujourd’hui.

Quant au fait que le colonialisme en Irak aujourd’hui est un colonialisme moderne, tout comme le colonialisme européen sur les différents pays du monde en Asie et en Afrique, en particulier après la révolution industrielle, dont le seul but est de trouver des marchés pour vendre ses produits et rechercher des matières premières bon marché.

Aucun pays n’a jamais existé à travers l’histoire s’il n’a pas organisé d’une manière ou d’une autre la résistance armée contre les occupants envahisseurs. Le peuple irakien n’a jamais tardé à faire face à l’occupant britannique lors de la révolution des années 1920 et à se liguer en opposition à l’occupant américain, après l’occupation américaine en 2003. Si l’on passe en revue l’histoire de la résistance des peuples aux conquérants, ils semblent avoir remporté la victoire, malgré de nombreux sacrifices. En fait, la résistance armée face aux occupants, malgré les nombreuses pertes auxquelles conduit d’emprunter cette voie, est la forme de lutte la plus facile. Les peuples qui ont sacrifié des dizaines ou des centaines de milliers de morts pour restaurer leur système politique et leurs villes ont été détruites, comme le Vietnam par exemple, mais ils n’ont pas perdu leurs batailles les plus importantes, à savoir les batailles intellectuelles et culturelles. Ne pas perdre dans ces deux batailles lui a ouvert la voie pour accéder à une véritable indépendance et avancer dans la (re-)construction de son pays.

L’Irak est-il aujourd’hui un État indépendant ? Ou devrions-nous poser la question d’une autre manière, l’Irak est-il un État occupé ?

Théoriquement, après les arrangements pour le retrait des forces d’occupation américaines du pays, l’Irak est considéré comme un État indépendant. Son appartenance à l’Organisation des Nations Unies et à ses divers organes, ainsi que son appartenance à diverses organisations régionales et internationales en témoignent sans aucun doute. Mais l’Irak est-il réellement un État indépendant, ou est-il toujours sous domination coloniale d’un autre type que le colonialisme américain ?

A travers la réalité politique instable du pays, la faiblesse de l’économie irakienne, l’effondrement des infrastructures et le manque de développement des secteurs productifs, ou plutôt leur effondrement, le pays est à la merci du colonialisme qui prend l’Irak comme marché d’une coopération locale débordante. 

Cette forme de colonialisme est une forme de colonialisme moderne, qui a commencé après la révolution industrielle en Europe, comme nous l’avons dit. On- ne peut faire face à cette forme de colonialisme que s’il y a une volonté politique libre et des dirigeants qui respectent leur peuple et leur patrie et travaillent pour leur développement.

Cependant, le plus gros problème est que les peuples sont confrontés à une occupation non militaire, ou, pourrait-on dire, à une occupation indirecte. Surtout si les occupants ont les outils pour formuler un système intellectuel socioculturel dans une partie du pays et l’imposer à tout le pays, du fait de l’existence d’un incubateur social de ce système. C’est à cette forme d’occupation que notre peuple est confronté aujourd’hui, en plus du facteur religieux, ethnique et national et des changements démographiques qui affectent le pays.

L’Iran a investi dans l’opposition islamique pendant la guerre Iran-Irak, et a grandement promu ses relations avec les dirigeants kurdes et leurs aspirations nationales. Et il a réussi à construire parmi les dirigeants de ces partis et leur peuple, dans certaines limites, des réseaux de renseignement qui travaillent pour eux et exécutent leurs ordres, notamment avec les forces chiites.

La lutte de pouvoir au sein de l’UPK et de la famille Talabanî (entre les cousons Bafel et Lahur) reflète t-elle l’influence souterraine des renseignements iraniens consistant à diviser les Kurdes pour mieux règner sur l’Irak?

Dès que le régime baasiste a quitté le pouvoir après l’occupation américaine, l’Iran a comblé le vide politique de ses agents, compte tenu de l’ignorance et du retard américains dans la connaissance de la nature profonde des relations politiques, sociales, culturelles, intellectuelles et religieuses, notamment par l’entremise des chiites en Irak, avec l’Iran. Les forces kurdes ont donné leur accord au projet iranien sous direction irakienne en acceptant le système des quotas ethniques nationaux, et les sunnites irakiens ont également mordu à l’hameçon pour que l’Irak devienne aujourd’hui une colonie iranienne, en termes de décision politique et de dépendance économique, lorsqu’il ouvre ses marchés aux marchandises iraniennes et à d’autres États régionaux. Mais est-ce là le plus grand danger auquel notre pays et notre peuple sont confrontés ?

Le plus grand danger que constitue l’occupation iranienne de l’Irak n’est pas son monopole sur la décision politique aujourd’hui malgré le danger, ni le nombre de ses milices étatiques et non étatiques qui ne peuvent déroger au consensus chiite parrainé par l’Iran, ni parce que l’Irak est un marché pour ses marchandises et d’autres pays voisins.

Pas plus que la division par l’ethnicité de notre peuple. Aujourd’hui, l’Iran impose sa culture sectaire à l’Irak à travers ses centres culturels et religieux et ses écoles situés dans les provinces du sud où se situent les villes chiites, et notamment dans la ville frontalière de Bassorah. Il opère également, par ses bras militaires, des changements démographiques dans les villes autour de Bagdad et les districts de Diala et Salah al-Din, et a même mené une invasion intellectuelle et culturelle des villes chrétiennes de la province de Ninive !!

A travers l’invasion idéologique, culturelle et ethnique iranienne de l’Irak, la colonisation iranienne du pays est considérée comme une colonisation à long terme avec des effets qui l’emportent sur les dommages éprouvés par toutes les formes de colonisation moderne et ancienne. Pour sortir de la catastrophe de ce colonialisme, nous avons besoin d’une renaissance intellectuelle et culturelle sous un régime politique rationnel, et notre rétablissement des effets de cette invasion peut prendre des décennies, d’autant plus que le niveau de conscience du pays a considérablement diminué face à l’ignorance et au retard, surtout parmi les milieux religieux organisés et encore capables d’être prévenants quant à ces menaces effectives….

المرجع : متمدد الإيراني في العراق.

Crédit : Zaki Raza – penseur irakien Crédit photo : Al-Marjaja

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