Jean-Luc Mélenchon, “butin de guerre” des Décoloniaux

Quand les militants décoloniaux parlent de Jean-Luc Mélenchon, leur "butin de guerre"
Houria Bouteldja, fondatrice des Indigènes de la République.
CAPMAN / SIPA

“Laïcard de dingue”

Par Jean-Loup Adenor

Publié le 30/11/2021 à 14:47

Dans un live Twitch relativement confidentiel, Houria Bouteldja et de jeunes militants décoloniaux ont exposé leur stratégie gagnante de ralliement de Jean-Luc Mélenchon à leur cause. Tout en affichant une défiance profonde à l’égard du leader de la France insoumise.

Avec des alliés pareils, Jean-Luc Mélenchon n’a pas besoin d’ennemis. Dans une vidéo diffusée en direct sur la plateforme Twitch par le militant d’extrême gauche Wissam Xelka, des militants décoloniaux ont discuté du meilleur candidat pour porter leurs idées à la présidentielle. Invitée, Houria Bouteldja, fondatrice et ex-porte-parole des Indigènes de la République, a donné une véritable leçon de stratégie militante et politique. À la faveur de l’intimité trompeuse de ces chaînes confidentielles, la militante se laisse aller à se féliciter du travail de « massification » des idées décoloniales. Selon elle, le candidat Jean-Luc Mélenchon a été conquis, de haute lutte, par son mouvement. « Dans ce magma, il y a un butin de guerre qui s’appelle Mélenchon, fanfaronne Houria Bouteldja. Il a fait un choix, on revient de loin » Quel choix ? Houria Bouteldja rappelle que Jean-Luc Mélenchon « était une espèce de laïcard de dingue ». Aujourd’hui, « il dit des choses qu’il n’aurait jamais dites, il y a quinze ans. »

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Houria Bouteldja ne fait que décrypter sans filtre la stratégie politique choisie par La France Insoumise ces dernières années. Dans le parti, la frange décoloniale a renversé le rapport de force en sa faveur, provoquant une mue importante de son positionnement sur les questions religieuses. Ce courant décolonial, importé des États-Unis au début des années 2000, notamment par l’intermédiaire du Parti des indigènes de la République fondé par la même Houria Bouteldja, interprète les rapports de sociaux de domination comme des conséquences de la colonisation menée dans la deuxième moitié du XXe siècle par les pays occidentaux. Et si la militante se réjouit, c’est qu’elle récolte le fruit de « tout le travail que tu mets en place pendant 15 ans en te faisant insulter de raciste anti-blanc ». « C’est une espèce de massification qu’il fallait atteindre, que ce soient les mobilisations du comité Adama, les mobilisations contre l’islamophobie… » En clair : exit la ligne Henri Pena-Ruiz, penseur de la laïcité à la française et longtemps garant de la ligne de la France insoumise sur ce sujet.

MÉLENCHON, « ISLAMOPHOBE » UTILE

Pourtant, malgré cette victoire, Houria Bouteldja et ses camarades ne sont pas vraiment convaincus par la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Non seulement parce que La France insoumise ne remet pas en cause la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école – « mère des lois islamophobes », selon Houria Bouteldja. Mais aussi parce que le candidat de LFI ne serait pas tout à fait sincère. Un peu plus tôt dans l’émission, Jean-Marc Rouillan, ancien terroriste d’Action directe condamné à la prison à perpétuité pour complicité d’assassinat (en semi-liberté depuis 2011), s’est notamment indigné : « Comment tu peux défendre Mélenchon quoi ? C’est la SFIO ! Ce mec ose parler de “créolisation”, c’est un truc scandaleux ! On aurait dû entendre tous les décoloniaux lui hurler à la gueule. » Celui qui soutient aujourd’hui Anasse Kazib, le candidat dissident du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), estime que Jean-Luc Mélenchon a utilisé, « sur plusieurs questions, […] le langage du colonialisme ».

Pour Wissam Xelka, hôte de l’émission, il faudra pourtant bien voter pour lui, en se pinçant le nez. « Jean-Luc Mélenchon, c’est pas mon camarade. Pour moi, c’est un impérialiste, pour moi, c’est un colon, pour moi, c’est un social-démocrate. [..] Mais en tant qu’antiraciste, c’est celui qui peut arrêter cette dynamique islamophobe. » Une analyse tout en nuance, qui fait de Jean-Luc Mélenchon le anti-héros des décoloniaux. « Je pense qu’intérieurement, Mélenchon est islamophobe, a poursuivi Wissam Xelka. Je m’intéresse aux actes : il agit contre l’islamophobie. Sur le temps long, on va le bastonner Mélenchon, il va faire le moindre faux pas, on va être là pour l’attaquer. » Et d’assumer qu’il y ait « une stratégie sur le temps court et une stratégie sur le temps long ». Le mérite de la clarté.

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Par Jean-Loup Adenor

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5 Comments

  1. Le véritable fascisme et la véritable extrême droite : Bouteldja, le PIR et la France Insoumise. Avec la complicité des associations prétendument “antiracistes”.

  2. Comparé à cette fasciste de Bouteldja (raciste, antisémite, intégriste et homophobe ayant notamment applaudi le meurtre de Juifs) et aux insoumis, même Zemmour fait figure de hippie Peace and Love. Quant aux prétendues associations “antiracistes” comme la LICRA et SOS racisme, elles sont les complices du fascisme et du racisme.

  3. L’existence et l’impunité d’Houria Bouteldja et du parti nazi des indigènes de la République suffisent à démontrer (tout comme l’affaire Sarah Halimi) que la France n’est plus une République ni un État de droit. Il ne peut pas y avoir “en même temps” la République et les indigènes de la République : les deux s’excluent mutuellement, par définition.

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