Coronavirus : Hadassah en première ligne

En mission à Tokyo pendant une semaine, le Professeur Ran Nir-Paz, Expert au sein de l’Unité de Microbiologie et des Maladies Infectieuses du C.H.U. Hadassah, vient de rentrer en Israël après avoir porté assistance aux 3 Israéliens, parmi les 12 à bord, qui ont contracté le Covid-19 sur le Diamond Princess.

Ce paquebot de tourisme, placé en quarantaine par les autorités nippones suite à la découverte d’au moins 542 cas positifs à bord sur les 3.700 passagers et membres d’équipage, est devenu le plus grand cluster (foyer d’infection) du Covid-19 au monde en dehors de la Chine.

« A mon arrivée, j’ai rencontré de nombreux médecins japonais pour discuter individuellement des cas de nos trois ressortissants. J’ai parcouru l’ensemble de leurs carnets de santé, revérifié leurs antécédents médicaux afin de m’assurer qu’il n’y avait pas d’erreur lié à la traduction de l’hébreu et me suis également entretenu par téléphone avec chacun d’entre eux », explique le médecin de 54 ans, dont les deux dernières décennies professionnelles ont été dédiées à la Recherche sur les maladies infectieuses au C.H.U. Hadassah de Jérusalem.

Quant à l’état de santé des trois Israéliens, il n’inspire pas d’inquiétude : « ils n’ont pas développé une forme grave de la maladie, j’espère donc qu’ils s’en remettront bientôt afin de pouvoir rentrer rapidement chez eux, en Israël, comme je viens de le faire moi-même », précise-t-il.

Le Pr. Nir-Paz avec ses homologues japonais

Interview spéciale avec le Professeur Ran Nir-Paz

Première question, la plus importante : comment vous sentez-vous ?

Pr. Ran Nir-Paz : Je me sens très bien. Je n’ai aucun symptôme. Je prends ma température chaque jour, en accord avec les instructions qui m’ont été données. Je suis sûr que je vais bien.

Comment se passe la vie en quarantaine en Israël depuis votre retour du Japon ?

Pr. R.N-P. : Vous avez un ordinateur, vous avez votre vie, vous avez la radio, vous avez la télévision. Donc beaucoup de choses à faire. Même le travail peut être fait. Le téléphone fonctionne. Ainsi, la vie est presque aussi normale, sauf que les rencontres interhumaines sont vraiment limitées. Je suis donc enfermé dans une pièce avec tous les vivres et objets nécessaires, tandis que ma famille profite du reste de la maison et nous parlons à travers la porte.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Covid-19 (ou nouveau Coronavirus) ?

Pr. R.N-P. : Le coronavirus est, dans le langage scientifique, ce qu’on appelle un virus à ARN simple brin à polarité positive. Cette appellation aride désigne de nombreux virus que nous croisons chaque jour, à l’instar du rhume. Il y a en fait beaucoup de virus comme celui-ci. L’un des proches parents de ce virus est le coronavirus du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) que nous avons découvert il y a quelques années lors d’une grande épidémie dans le sud de la Chine et au Canada. Il y a également eu le coronavirus MERS, apparu en 2012 en Arabie Saoudite avec un taux de mortalité très élevé. Et puis il y a ce nouveau coronavirus, le Covid-19, qui est à bien des égards une maladie parfaitement bénigne mais très contagieuse car capable d’infecter beaucoup de gens très rapidement.

Face à cette épidémie, comment se prémunir et comment la contenir ?

Pr. R.N-P. : Les gestes à adopter sont exactement les mêmes que pour la grippe, il n’y a rien de plus à faire. Tousser dans son coude, se saluer de loin, se laver fréquemment les mains, éviter de porter les mains à son visage après avoir touché des objets utilisés par d’autres, etc. Tout le monde connait ces règles basiques mais peu de personnes les appliquent. Il faut éviter le plus possible les déplacements, notamment en avion, et les lieux très fréquentés (transports, salles de sport et de spectacles et autres lieux publics). Cette épidémie aura au moins eu le mérite d’éveiller les consciences sur ces gestes simples et pourtant essentiels.

Evoquons plus particulièrement la Recherche autour du Covid-19. Qu’en est-il ?

Pr. R.N-P. : Gilead, un des plus importants laboratoires pharmaceutiques à l’international, est sur le point d’entrer dans la phase II des essais cliniques de vaccination avec, en parallèle, un traitement antiviral qui est également à finaliser. La Chine est elle aussi à la pointe de la Recherche sur le Covid-19. Le Directeur de l’OMS a déclaré qu’il y avait environ 40 programmes de Recherche dans le monde actuellement, y compris en Israël.

Si nous comparons la situation actuelle à celle de l’épidémie d’Ebola il y a quelques années, il faudra attendre environ un an avant de bénéficier d’un vaccin fiable. Si tout se passe bien, nous aurons quelque chose à portée de main à l’horizon de la fin de l’année.

Et quid de la possible évolution de l’épidémie ?

Pr. R.N-P. : De nombreux experts pensent que l’épidémie connaîtra un frein avec le redoux du printemps. Je ne partage pas cet optimisme, malheureusement. On voit qu’à Singapour il y a eu une très importante transmission du virus alors qu’il s’agit d’un pays au climat tempéré et humide. Si le Covid-19 se propage autant à Singapour, il n’y a aucune raison de croire que même en été, nous verrons une activité réduite du coronavirus. Je serais heureux d’avoir tort, mais c’est le genre de chose que nous ne devrions pas espérer. Nous devons être prêts pour le pire et être heureux si une amélioration se produit.

Comment jugez-vous cette épidémie par rapport aux autres ?

Pr. R.N-P. : En tant que chercheurs en maladies infectieuses, nous savons que nous allons assister à quelque chose d’énorme tous les 10 ans en moyenne. Ce Covid-19 en fait partie. Toute la question est de savoir s’il s’agit de l’affaire d’une décennie ou d’un siècle. Comme je l’ai dit plus haut, beaucoup de gens sont porteurs du virus et ne le développent pas pour autant. Il y a au final très peu de personnes qui vont développer la forme grave de la maladie.

Qu’en est-il de la situation à l’Hôpital Hadassah ?

Pr. R.N-P. : Il y a une procédure qui est actuellement mise en place pour accueillir les malades potentiels, d’autant plus que leur proportion est en constante augmentation. Une attention particulière leur est portée. La Direction de l’Hôpital planifie l’organisation de telle sorte à leur affecter des équipes spécifiques afin que ces personnes malades redeviennent des patients ordinaires. Dans le même temps tout est fait pour ne pas affecter l’activité normale de l’Hôpital. Bien sûr tout cela dépendra du nombre de patients concernés et Hadassah est en train de mettre en place plusieurs scénarii. Nous espérons qu’aucune de ces prévisions ne se réalisera mais nous sommes prêts à faire face à toute éventualité.

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