Jacques Neuburger. Mila, Roman Polanski, et les militantes féministes

Rage, rage et souffrance.

Le quasi silence, la presque absence, pour ne pas dire la fuite ou la disparition de nos habituelles militantes féministes ou LGBT à propos du climat de violences et de persécutions vécues récemment par une petite ado qui a eu le “tort” d’exprimer un peu vivement son indignation me remet en mémoire d’une part, et en contraste, l’affaire Polanski – et aussi toutes ces violences bien trop souvent vécues par les femmes.

L’acharnement contre Polanski trouve sa source dans l’antisémitisme le plus traditionnel avec cette image du juif tueur d’enfant et “salissant” la pureté de la vierge non-juive: ne seraient nos lois protectrices une sorte de nouvelle affaire type le Juif Süss aurait pu voir le jour. J’ai d’ailleurs été frappé de cette étrange coïncidence qui veut que le mouvement mitou ait en tout premier lieu visé des juifs. Et je préfère arrêter là cette remarque.

Je préférerais retenir, bien au delà de ces plus que dérapages, que la parole des femmes puisse enfin être entendue.

Ma mémoire viscérale porte profondément ancré le chagrin de nos grands-mères jadis femmes ou fillettes et victimes privilégiées des soldatesques babylonniennes, romaines, arabes, des croisés, des hordes cosaques ou tatares, des uhlans, des pogromistes, évitons d’évoquer nos soeurs et nos mères victimes des nazis.

Je suis un vieux monsieur et à mon âge j’ai entendu beaucoup de femmes un jour confier ou laisser entendre, ou à mi-mots laisser échapper quelque chose de blessures plus ou moins récentes, plus ou moins anciennes.

Je me demande si j’ai jamais croisé une femme qui n’ait jamais été agressée ou blessée dans sa dignité de femme, et d’avoir entendu, écouté plutôt, ainsi, et il n’est pas besoin, au contraire plutôt, de connaître très intimement quelqu’un pour recevoir un jour semblable confidence, pour avoir écouté ainsi parole de femmes.

Je suis persuadé, je suis certain que le nombre de femmes à avoir été violentées, ainsi que le nombre de femmes à avoir connu un jour un climat de violence verbale et physique destructeur au point de laisser des traces et d’obliger la personne à une lente et difficile reconstruction de soi-même, est extrêmement important, beaucoup plus que nous ne saurions le supposer. Et même le nombre des hommes ayant connu semblables violences.

Si cette période pouvait ouvrir pour les femmes – et pour les hommes – une ère où la violence subie et vécue dans le secret, la honte et la douleur de l’intimité la plus fermée, dramatiquement fermée, seraient révolues, ce serait en fait une sorte de renversement historique, un renversement des mentalités, un bonheur pour les générations à venir et comme une consolation pour toutes les personnes ayant connu quelque chose de cette soufffrance.

Jacques Neuburger

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