Les Juifs de Tunisie sous l’occupation allemande

Une conférence exceptionnelle au MJLF

C’est une page d’histoire méconnue : la Tunisie a été occupée par les troupes allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale. De novembre 1942 à mai 1943. Six mois sous la botte. Avec les conséquences tragiques qu’on imagine aisément pour la communauté juive du pays, proie facile et toute désignée pour l’envahisseur nazi.

 

 

Les ennuis de la communauté juive avaient commencé bien avant l’invasion allemande. Dans le droit fil de la politique menée par le maréchal Pétain depuis Vichy, le Statut des Juifs est proclamé en Tunisie le 30 novembre 1940. La fonction publique est visée dans un premier temps puis les propriétaires de cinéma, les assureurs, les agents immobiliers et les avocats. Un numerus clausus est instauré dans les établissements scolaires. Les scouts, les organisations de jeunesse et les associations sportives sont dissous. Xavier Vallat en personne fait le déplacement à Tunis pour s’assurer que ces mesures, signées par les généraux Von Nehring et Von Arnim, sont bien appliquées. Mais le pire est à venir. Alors que les nouvelles d’un débarquement allié en Afrique du Nord, début novembre 1942, se répandent, c’est la stupéfaction : le 9 novembre, une escadrille allemande atterrit à l’aéroport d’El-Aouina.. Puis, à partir du 13 novembre, ce sont des milliers d’hommes qui débarquent. Fin novembre, on compte 3 000 soldats allemands et 8 000 Italiens dans le pays. Rudolf Rahn est désigné comme ministre plénipotentiaire du Reich en Tunisie. L’offensive anti-juive ne va pas tarder. Le 23 novembre, plusieurs personnalité de la communauté juive sont arrêtées et écrouées : Moïse Borgel, David Pariente, Félix Samama, Jacques Gallula et Jacques Cittanuova. Interrogatoires musclés et avilissants. Le président de la communauté, après sa libération, est astreint à se présenter, deux fois par jour à la Kommandantur installée dans un grand hôtel de Tunis, le Majestic.

Le 7 décembre, contraint et forcé, le Grand rabbin Haïm Bellaïche fait apposer dans toutes les rues des affiches « Avis à la population israélite de Tunisie » avisant les Juifs âgés de 17 à 50 ans d’avoir à se tenir prêts pour le travail obligatoire.

Le colonel Walter Rauff, chef des S.S. exige des listes. Il veut que 3000 hommes, équipés de pelles et de pioches se présentent le 9 décembre 1942 à 7 heures du matin à la caserne Foch. Si la communauté ne remplit pas cet objectif, il menace de faire fusiller des otages et de charger ses troupes de procéder à une rafle. Sur son livre de bord, Paul Ghez, l’un des dirigeants de la communauté, écrit, à la date du 9 décembre : « Journée cruciale. Ça va barder ». Et, de fait, seuls 120 jeunes Juifs se présentent à l’heure dite. Les Allemands sont furieux. C’est la rafle. Des SS font sortir de la Grande Synagogue des fidèles et des rabbins.. Ils raflent au hasard, dans les rues, les passants juifs. Sans ménagement des centaines de Juifs sont dirigés vers des camps de travail. Parmi eux, un jeune handicapé de 18 ans, Gilbert Mazouz, qui porte un appareil orthopédique. Tandis que les 120 volontaires et ceux qui ont été raflés entreprennent, sous une pluie battante, une longue marche vers l’inconnu, recevant régulièrement des coups de cravache de leurs gardes chiourmes, le jeune Mazouz, peine à marcher. Il est abattu par un SS de trois coups de pistolet. Il sera la première victime de la rafle du 9 décembre. D’autres suivront comme Victor Haïm Nataf, accusé d’avoir fait des signaux au cours d’une attaque aérienne et fusillé le 21 décembre 1942, Émile Hababou, assassiné au camp de travail forcé de Bizerte, le 27 janvier 1943 et Élie Saâdoun, abattu également à Bizerte le 9 février 1943.

Tout au long de ces six mois d’enfer, les Juifs de Tunisie subiront les réquisitions, les spoliations, les amendes collectives, les arrestations, les mauvais traitements, le travail obligatoire, les meurtres et, pour certains, la déportation dans les camps de la mort.

Pour ne pas oublier cette bien triste période, la loge George Gershwin du B’naï B’rith organise, le 20 décembre 2017 à 20h, au MJLF, 11, rue Gaston-de-Caillavet, 75015, Paris, une soirée exceptionnelle avec la participation de Jean-Pierre Allali qui brossera un tableau général de cette tragique occupation et le témoignage de Frédéric Gasquet et de Jacques Zérah.

Les trois intervenants dédicaceront leurs ouvrages et la soirée s’achèvera autour d’un buffet de spécialités tunisiennes.

PAF : 5 €. Inscriptions auprès de pwaserman@gmail.com

 

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