Un château ayant recueilli des enfants juifs en Creuse en vente sur Le Bon coin

Ce n’est pas nouveau, on trouve de tout sur le site de vente Le Bon coin. Mais un château, ce n’est pas si courant. Même en ruine. Le château de Chaumont, sur la commune de Mainsat, qui avait recueilli des enfants juifs, parmi lesquels Popeck, trouvera-t-il un acquéreur qui le rénovera à la hauteur de ce que son histoire peut lui permettre de prétendre ?

« Vend château à démonter ou sur place. Nombreuses pierres de taille, balcon de fer forgé, escalier granit. Faire offre. » Oui, on le sait, on trouve de tout sur Le bon coin mais un château, ce n’est pas si courant. En pierres détachées encore moins… Entre une voiture d’occasion et une location immobilière, l’offre ne passe pas inaperçue. Forcément.

Et visiblement, c’était bien l’effet escompté par son actuel propriétaire qui confesse avoir misé un peu sur le buzz de cette annonce pour offrir à ce château un destin un peu plus mirobolant qu’une simple déconstruction.

« Ce château, je l’ai acheté à une vente aux enchères il y a trois ans, confie Patrick Surget. Je l’avais surtout acheté pour ses huit hectares de bois et sa maison de gardien que je souhaite rénover. Le château, je n’avais pas spécialement l’intention d’en faire quelque chose. Aujourd’hui, je le vends pour pouvoir rénover cette petite maison que je veux habiter. Mais aussi parce que, comme il est en ruine, c’est un site assez dangereux et il y a beaucoup de curieux qui viennent. S’il arrive quelque chose, moi, j’en suis responsable. J’ai mis cette annonce comme ça, juste pour voir mais mon but ce n’est pas qu’il soit démonté. Au contraire. J’aimerais vraiment trouver quelqu’un qui l’achète pour le rénover. Quand je l’ai acheté, il était perdu au milieu des broussailles, on ne le voyait même plus. C’est un joli site pourtant et c’est un site qui a une histoire. Simplement, depuis dix ans, il se fait piller régulièrement. Même quand je mets un cadenas au portail, je me fais piquer tout ce que je fais. »

« Le vendre à quelqu’un qui veut le rénover »

Quant à la somme attendue d’une telle vente (avec deux ou trois hectares de terrain), l’actuel propriétaire ne se prononce pas.

« Je ne veux pas le donner bien sûr mais je ne veux pas le vendre une grosse fortune. J’aimerais même autant le vendre un peu moins cher si c’est à quelqu’un qui veut vraiment le rénover. » Visiblement, le buzz escompté avec cette annonce pour le moins originale semble avoir marché puisque, outre quelques appels pour les pierres, Patrick Surget a également été contacté par « un monsieur assez intéressé qui doit venir la semaine prochaine avec un architecte ».
De quoi laisser espérer une véritable renaissance à ce château qui le mériterait bien, ne serait-ce qu’au regard de son histoire qui a côtoyé la grande de près avant de partir en fumée en février 1986…

Une histoire déjà riche en épisodes

Il a connu sa belle époque avant de vivre les heures sombres de la guerre. Il est construit au début du XXe siècle par un industriel russe pour sa protégée Eugénie Bardet, jeune chanteuse originaire de la commune de Mainsat, montée à Paris pour faire carrière. Carrière qu’elle ne fait pas mais elle offre une vraie vie mondaine à ce superbe château doté d’un riche mobilier et entouré de magnifiques jardins. Sauf que ces heures de gloire coûtent cher… En 1939, le château est loué à l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) : il fait partie des trois maisons creusoises où cette organisation d’entraide humanitaire de la communauté juive abritera des centaines d’enfants et familles juifs. À Chaumont, l’établissement est dirigé par Lotte Schwarz qui y met d’ailleurs en place une pédagogie nouvelle et active.

Parmi ces enfants, le jeune Judka Herpstu connu bien plus tard sous le nom de Popeck : en 1995, l’humoriste reviendra d’ailleurs sur les lieux pour l’inauguration du mémorial érigé en l’hommage « à la population creusoise qui a aidé et sauvé des familles juives ». Ou bien encore la petite Fanny Ben-Ami, héroïne du Voyage de Fanny, un film de Lola Doillon, adapté de l’ouvrage autobiographique de la jeune Fanny et sorti en mai 2016. À la mort d‘Eugénie Bardet, ses héritiers décident de vendre le château. En 1967, Jean-François Mironnet, valet de chambre de Coco Chanel, l’achète par adjudication. Il y vivra plus ou moins régulièrement avec son épouse et son fils. Jusqu’à ce qu’un incendie ravage la demeure une nuit de février 1986. Seule présente sur les lieux au moment du drame, son épouse réussira à s’échapper du château en feu en nouant des draps pour sortir par l’un des balcons… Depuis, malgré plusieurs rachats sucessifs, le château n’a jamais retrouvé vie.

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