“En cours, on a l’impression qu’Auschwitz c’est un truc de fou, et on y était”

Avec d’autres adolescents alsaciens, une classe de Terminale du lycée Marcel-Rudloff de Strasbourg a visité le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Pendant une journée, les jeunes ont arpenté les lieux du crime nazi, avec révolte et dégoût parfois, perplexité et intérêt, toujours. Reportage de Marie Marty pour rue89strasbourg.com.Entrance_Auschwitz_I[…….]

Arrivée à Auschwitz II (Birkenau)

Descente des cars devant la Judenrampe, cette gare de triage en pleine campagne où les déportés débarquaient de toute l’Europe, assoiffés et épuisés, avant d’être battus et séparés des leurs, puis emmenés pour les uns vers la « zone de quarantaine », où l’on survivait quelques jours ou quelques semaines, et pour les autres directement vers la mort.

Devant des wagons à bestiaux d’époque, témoins du type de transport dans lequel, par exemple, les juifs de France passaient trois épouvantables journées à traverser l’Europe, les adolescents sont rassemblés en petits groupes, autour d’une guide locale. C’est Dorota Kuczynska qui se présente aux Terminales de Marcel-Rudloff. Guide à Auschwitz depuis 18 ans, elle frappe fort dès le début, refroidissant illico le groupe de garçons, dont l’un est rabroué sans en comprendre la raison. Dorota démarre :

« Ce matin, vous allez visiter le lieu du crime. Sous vos pieds, il y a encore des cendres et des ossements humains. J’attends beaucoup de respect… »

« La majorité des gens déportés ici y sont restés moins de temps que vous »

Avec un accent traînant, mais dans un français maîtrisé, Dorota embraie sur les raisons du choix d’Auschwitz par les nazis, les divers modes opératoires de la « solution finale à la question juive », le silence terrorisé de la population polonaise alentours. Un accompagnateur complète :

« Notre difficulté, c’est de vous faire comprendre que la majorité des gens déportés ici y sont restés moins de temps que vous aujourd’hui. Vous avez cinq, six heures pour découvrir les lieux. Des centaines de milliers de personnes, elles, ne sont restés là que deux ou trois heures. Le temps d’être triées, de se déshabiller pour passer “à la douche”, comme on le leur faisait croire, puis d’être gazées. »

Malaise sur le chemin du camp : des constructions neuves, maisons proprettes avec balançoires et trampoline dans le jardin ont vue sur les wagons de la Judenrampe. « J’pourrais pas », lance un jeune à ses copains, qui opinent du chef.

Et puis vient Birkenau et ses baraquements en bois. « Pourquoi il n’y plus les lits ? », demande un jeune à Dorota. « Parce que des gens sont montés dedans pour voir si c’était confortable, se sont pris en selfie allongés et qu’ils sont très abîmés », répond la guide, sans un sourire.

« Le voyage serait un gadget si ça ne s’inscrivait pas dans un projet au long cours »

Sur le chemin qui mène à l’emplacement des chambres à gaz, détruites par les nazis au moment de leur fuite, les ados sont détendus, on profiterait presque de la promenade. Seul l’inspecteur de l’Education nationale, qui suit le groupe, semble en introspection. Il confie :

« Je viens tous les ans depuis 5 ans. Et là, je ne voulais vraiment pas venir. Chaque année, je rentre plus abîmé que la fois précédente… [Pour les ados] le voyage serait un gadget si ça ne s’inscrivait pas dans un projet au long cours. C’est une étape, pas une balade. Plus tard dans l’année, il y aura une restitution de ce travail, pour toucher un public plus large. »

Devant les ruines des chambres à gaz, certains jeunes sont scotchés, d’autres décrochent, se mettent en retrait. Dorota tente de conserver l’attention de son public, qui, après plus de deux heures de marche et d’attention, commence à en avoir plein les pattes :

« Ici, on faisait se déshabiller les personnes dehors. Il y avait des femmes, des enfants. Pour ces femmes juives, religieuses, être nues dans ces conditions, c’était inimaginable. Une petite mort. À l’intérieur, les gens mourraient en 15-20 minutes, c’était lent. Ils vomissaient, saignaient par tous les orifices. Il faut imaginer ce que racontent les rescapés : le bruit, l’odeur, les cris, les pleurs… »

Plus de témoins…

Muséographie impossible et étape incompréhensible sans la connaissance des témoignages. Le lendemain, auprès de Valentine Michon, les élèves regretteront l’absence de témoins, désormais trop âgés pour expliquer sur place le vécu dans le camp, et lanceront l’idée d’intégrer dans le parcours des témoignages en vidéo.

Vers 14 heures, après une cérémonie minimale et une « minute de silence » un peu artificielle, le groupe remonte dans le car pour avaler un sandwich avant la visite du « camp source » d’Auschwitz. Les premières réactions fusent : « Le gars, il aurait pu inventer un truc pour gagner de l’argent, il a inventé un truc pour tuer tout le monde ; ça sert à rien ! » Un autre : « Tu te rends compte ? Ils ont essayé d’assurer le camp en faisant des travaux : mettre des paratonnerres, des citernes contre les incendies… C’est un truc que je savais pas ! »

[……..]

Pour lire le début et la fin de cet excellent reportage et en voir toutes les photos : rue89strasbourg.com

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