Ido Gal Rozen, un combat contre le stress post-traumatique

«Comment est-ce possible qu’un terroriste reçoive des soins et moi non ? Comment est-ce possible qu’un terroriste reçoive des soins et moi non ?»

Cette phrase déchirante par son absurdité – les terroristes emprisonnés en Israël bénéficient de soins médicaux gratuits – c’est Ido Gal Rozen qui l’a hurlée à la face des personnes présentes lors d’une commission d’enquête à la Knesset en novembre dernier et retransmise sur Channel 10. « J’ai tué pour vous, j’ai tué pour que vous puissiez être là aujourd’hui », a poursuivi l’ancien soldat, exprimant en larmes, sa déception face à la bureaucratie israélienne.

Des milliers d’Israéliens ont montré leur soutien à Ido Gal. Ils sont près de 12 000 à avoir liké sa page Facebook créée pour sensibiliser au TSPT. Capture d’écran.
Des milliers d’Israéliens ont montré leur soutien à Ido Gal. Ils sont près de 12 000 à avoir liké sa page Facebook créée pour sensibiliser au TSPT. Capture d’écran.

Les autorités ne lui ont octroyé aucune aide financière ni psychologique pour soigner les troubles de stress post-traumatique (TSPT, ou PTSD en anglais) dont Ido Gal souffre depuis une intervention militaire à Gaza en 2007, opération durant laquelle il a tué par erreur son compagnon d’armes et ami, Ben Koubani z »l.

Un mois après cette réunion parlementaire, soutenu par des milliers d’Israéliens, Ido Gal intervient sur tous les plateaux-télé pour raconter son histoire et sensibiliser le public aux syndromes de TSPT. Il est ainsi devenu le meneur d’une bataille qui s’annonce longue et fastidieuse pour faciliter le processus de reconnaissance des troubles de stress post-traumatique des soldats revenus du combat.

Entretien avec cet ancien combattant qui puise ses forces dans le soutien inconditionnel du peuple d’Israël envers ses soldats.

IsraPresse : Parle nous de toi, Ido Gal, qui es-tu ?

Je suis né à Jérusalem et ai déménagé à l’âge de trois ans dans un kibboutz du nord d’Israël. J’ai un frère jumeau, deux sœurs plus âgées et des parents incroyables. J’ai été élevé avec les valeurs et l’amour du pays, le frère de mon grand-père et mon grand-père ont combattu au sein du Palmach et j’ai grandi avec les histoires héroïques de ma famille. J’ai toujours su que le jour viendrait où je devrai contribuer, je voulais être un grand combattant, je me suis beaucoup investi et ai donné 150 % de moi-même. Je voulais intégrer la Shayetet 13 (prestigieux commando de la marine NDLR). Mes données étant les plus élevées, j’ai été convoqué pour être pilote mais j’ai échoué les tests délibérément pour obtenir la Shayetet 13, mais finalement j’ai été envoyé dans l’unité Golani (prestigieuse unité de l’armée NDLR).

Avec mon ami Dor Even, nous avons poursuivi une formation avancée et j’ai donné 200 % de moi-même. Il y avait une relation très forte entre les soldats, nous faisions tout ensemble comme des frères. Juste après  l’enlèvement de Guilad Shalit, notre unité est entrée dans la bande de Gaza, puis après quelques semaines de combats il y a eu l’enlèvement au Liban en 2006 (des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Reguev dont les corps seront échangés en 2008 avec la libération du terroriste Samir Kountar NDLR). Le régiment a été appelé à la guerre cette fois à Gaza et à la guerre du Liban. Mon bataillon a perdu beaucoup de bons soldats, nos frères, de vrais héros, tombés durant cette guerre du Liban. Puis le nouveau commandant a décidé d’ouvrir un nouveau bataillon, un commando qui a remplacé le plus ancien et nous avons été appelés le long de la ligne de Gaza pour être un bataillon offensif.

IsraPresse : Quand as-tu senti que quelque chose n’allait pas ?

Après des mois dans le centre de la bande de Gaza pour une opération spéciale, des terroristes nous ont surpris, ils nous ont attaqués de tous les côtés, ils ont essayé de nous enlever, un kamikaze a couru vers la maison où  nous étions, d’autres terroristes ont jeté des grenades et ouvert le feu depuis des fenêtres. Nous avons riposté en lançant des grenades et par tirs mais nous étions cinq soldats blessés, l’un dans un état désespéré – mon ami (Ben Koubani z »l tué par erreur par Ido Gal NDLR) – et j’ai été blessé aussi. Mon épaule gauche était brisée, mon genou, mes côtes et toute la moitié gauche du corps était gonflée à la suite de l’explosion, mais je continuais à lutter et tirer tout en évacuant mon ami blessé sous le feu.

Nous avons été évacués vers l’hôpital Soroka de Beer Sheva et c’est là que j’ai eu ma première crise post-traumatique quand […] mon sergent saignait sur le lit, tous ses doigts avaient été coupés par des éclats d’obus dans la jambe et il était plein de sang, je n’ai pas accepté que nous devions attendre notre tour. J’ai pris son lit et poussé vers un médecin pendant que je criais à l’aide alors que nous revenions de mission. […] Le médecin a paniqué et a appelé la sécurité. Avec cet évènement, je n’ai pas reçu de traitement adéquat, pas de formulaire stipulant mes blessures, pas reçu d’officier responsable des blessés. On m’a renvoyé à la maison. Après quelques tests et parce qu’ils ne veulent pas entendre les personnes revenant du combat qui hurlent, ma mère a pris soin de moi et acheté de son propre argent tout ce qu’il fallait pour tenter de me soigner. Depuis que j’ai su que mon ami a été tué, j’ai demandé de l’aide professionnelle et l’officier chargée des maladies mentales m’a dit que je devais revenir au combat pour surmonter mon traumatisme. Le bataillon a perdu beaucoup de soldats et il y avait beaucoup de blessés, alors ils m’ont renvoyé parce qu’ils ne disposaient pas de suffisamment de soldats pour entrer dans la bande de Gaza. A ce moment, j’ai eu très peur de la mort qui est passée près de moi tant de fois. J’ai eu le sentiment que j’allais mourir, j’ai écrit des lettres à tout le monde.

Je suis allé à Gaza, et cette opération était folle (je ne détaillerai pas). Après l’opération, j’ai craqué, je ne pouvais pas dormir et tout le bataillon a commencé à parler derrière mon dos sur le fait que j’avais tué par erreur mon ami [Ben]. Depuis et jusqu’à aujourd’hui, je le vois dans mes rêves venir me demander « Pourquoi m’as-tu tué ? » et je me vois retourner au combat sous le même olivier des terribles rues de Gaza.

IsraPresse : Malheureusement ton mariage n’a pas tenu, tes parents étaient au bord du divorce et la mort de Ben zal te hante depuis que tu l’as atteint par erreur alors que ses parents ne t’en veulent pas et t’ont même adopté en quelque sorte…

J’ai été retiré des Golani parce que je ne pouvais pas fonctionner, je ne pouvais même pas rassembler mon matériel. Je criais sur tout le monde et ne savais pas quoi faire. Je pensais que je serais mort au combat et toute ma joie de garçon souriant a disparu quand la commission a réduit mon profil à 45 (malade mental NDLR) et renvoyé pour une nouvelle attribution quatre mois avant que l’armée ne me libère. Je priais, pleurais et demandais de l’aide, la possibilité de raconter  mon histoire de terroristes tirant des mortiers et des bombes, Gaza, le Liban… mais personne ne savait que faire avec moi, personne ne m’écoutait et je portais en moi la culpabilité d’avoir tué mon ami. Quand ils ont décidé de me libérer, bien sûr, je craignais de revenir à la vie civile parce que je savais que quelque chose n’allait pas. […] Je suis rentré chez moi et je me suis enfermé 8 mois dans une crise extrême, au bord du suicide, à tenter de demander pardon à mon ami.

Mes parents m’ont trouvé un emploi sans beaucoup de responsabilités où j’ai rencontré mon ex-femme. L’amour m’a donné une certaine force et je pensais avoir une chance de réussir et surmonter tout cela. Mais il ne fallut pas longtemps avant que les crises post-traumatiques ne me submergent, je revivais les combats, je me frappais la tête contre le mur, je m’arrachais les cheveux. Cette situation très difficile a été traitée avec médicaments donnés en psychiatrie, payés de ma poche et celle de mes parents. Ma femme était seule et elle était impuissante, dans ma famille, on ne savait pas quoi faire avec moi, comment faire face et comment aider. Personne ne me comprenait, ma femme […] a ouvert une procédure de divorce après deux ans. Je ne parvenais pas à fonctionner dans la vie, le stress post-traumatique a pris le dessus. J’ai divorcé et suis retourné chez mes parents, la situation a empiré, je suis entré dans un trou pendant deux ans. J’étais persuadé que toute ma famille et mes amis étaient contre moi et que personne ne me comprenait. J’ai déposé une plainte au ministère de la Défense, mais pour eux l’évènement n’a jamais eu lieu, aucun rapport n’a été fait ou signé à l’hôpital mais heureusement, j’ai des témoignages et je vais gagner le processus légal à la fin. Aujourd’hui, j’ai une très bonne relation avec les parents de Ben Koubani z »l et le commando. Nous sommes devenus une famille, nous nous rencontrons plus de six fois par an pour des évènements. L’amour et le soutien [de la famille Koubani] me donnent des forces, ce sont des saints qui m’ont accueilli avec un sourire comme un nouveau fils.

IsraPresse : Quel est ton but aujourd’hui ?

Mon but aujourd’hui est de créer un village de réhabilitation des combattants et des soldats qui ont été blessés pendant leur service militaire et leur donner un lieu qui respecte et admire ce qu’ils ont fait pour leur pays. Un traitement nécessite la prise en charge et la réintégration des blessés. Le traitement des blessés est la chose la plus importante à faire après être rentrés de la guerre blessés physiquement et émotionnellement.

J’ai créé une page Facebook qui recueille les témoignages de blessés ayant besoin de soins. Des familles entières ont été brisées en raison du manque de sensibilisation et d’assistance aux blessés, surtout que cette blessure psychique est une blessure que vous ne pouvez pas voir à l’œil nu. Il ne nous manque ni une main ni un pied, mais les blessures psychologiques que nous portons en nous altèrent toutes nos fonctions au quotidien et nous finissons dans des services psychiatriques sous médication lourde qui  empire en fait la situation et fait de nous un fardeau pour la société. Aujourd’hui, je me bats pour changer la prise en charge et ouvrir un lieu adapté.

IsraPresse : Les soldats français sont profondément sionistes et s’engagent généralement dans des unités combattantes. Qu’as-tu à leur dire ?

Je dois vous dire, amis français, que quand j’étais a l’armée, il y avait avec moi pas mal de gens qui sont venus de France et d’autres pays. J’ai toujours admiré les soldats venus seuls, car vous nous montrez ici, en Israël, et au monde entier, combien ce peuple est fort et uni. Pour moi, vous êtes les héros qui montrent votre amour pour Israël et votre engagement même à distance. Aujourd’hui, je vous souhaite que le gouvernement français protège les Juifs où qu’ils soient et si Dieu le veut, vous serez gardés et protégés. Vous pouvez me soutenir et me souhaiter bonne chance dans la lutte pour tous les soldats blessés, je serai heureux que les Français soient aussi à nos côtés à distance dans ce combat.

Pour soutenir Ido Gal dans son combat ou lui faire part de vos témoignages afin de mener ce combat ensemble, vous pouvez le contacter via sa page Facebook.

Vidéo sous-titrée en anglais du témoignage d’Ido Gal face à la commission parlementaire en novembre dernier :

http://www.israpresse.net/ido-gal-rozen-combat-contre-stress-post-traumatique/

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