L’école, lieu de savoir et de civilisation

À l’heure de l’intelligence artificielle, des fractures sociales et de la défiance démocratique, l’école doit rester ce qu’elle est d’abord : le lieu où une génération apprend à savoir, à penser et à vivre avec les autres.

Elle ne peut être réduite à une fabrique de compétences immédiatement utiles, ni devenir le réceptacle de toutes les crises de la société. Sa mission est plus haute : transmettre des connaissances solides, former le jugement, donner des repères historiques et civiques, et rappeler que la liberté s’exerce parmi des égaux.

Être libre, ce n’est pas répéter une opinion vue sur un écran ou suivre la réponse la plus rapide fournie par une machine. C’est lire, comprendre, vérifier, argumenter, écouter une objection et changer d’avis devant les faits.

Soutenir les enseignants

Cette ambition repose d’abord sur les enseignants. On ne peut leur demander de transmettre les savoirs, de maintenir le cadre de la classe, de prévenir les replis identitaires et de préparer les élèves au monde qui vient sans leur donner reconnaissance, autorité et moyens.

Les données récentes de l’OCDE confirment le malaise : en France, la satisfaction des enseignants à l’égard de leur rémunération reste faible et, dans l’ensemble de l’Organisation, seule une minorité estime que le métier est véritablement valorisé par la société.

Revaloriser le métier ne signifie pas seulement augmenter les salaires. Il faut aussi mieux former, garantir les remplacements, alléger les tâches inutiles et soutenir les équipes face aux difficultés.

L’autorité n’est pas l’autoritarisme. Elle rend possibles l’attention, le travail et l’égalité réelle : dans une classe livrée au désordre, les élèves les plus fragiles sont toujours les premiers pénalisés.

Apprendre avec l’IA

L’intelligence artificielle est déjà dans la vie des élèves ; l’école ne peut ni l’ignorer ni lui abandonner son rôle.

Elle doit apprendre à s’en servir avec méthode : comprendre ce qu’est une IA générative, repérer ses biais et ses erreurs, vérifier une information, citer ses sources, protéger ses données et distinguer une aide légitime d’une délégation complète du travail intellectuel.

Mais l’essentiel doit demeurer : lire attentivement, écrire, raisonner, débattre et défendre une idée par soi-même.

L’UNESCO défend une approche de l’IA éducative centrée sur l’humain, l’éthique et les compétences des enseignants. La technologie peut assister l’apprentissage ; elle ne doit pas se substituer à l’autonomie du jugement.

Transmettre l’histoire entière

Dans une époque marquée par le retour de l’antisémitisme, du racisme, des théories complotistes et des discours de haine, retirer les enseignements difficiles serait une faute.

L’enseignement de la Shoah doit demeurer central. Non comme une commémoration abstraite, mais comme une exigence historique et civique : comprendre le projet exterminateur nazi, les mécanismes de propagande, la bureaucratie du crime, la déshumanisation et les responsabilités humaines.

Il permet aussi de reconnaître les processus qui rendent la haine possible : le mensonge, la désignation de boucs émissaires, le racisme institutionnel, l’indifférence et l’effacement progressif du droit.

Les recommandations internationales soulignent que cet enseignement doit reposer sur des connaissances rigoureuses, combattre le négationnisme et contribuer à l’éducation aux droits humains.  L’école doit également transmettre les grandes tragédies de l’histoire — esclavage, génocides, totalitarismes, colonisation, violences racistes — non pour mettre les mémoires en concurrence, mais pour affirmer l’égale dignité de toutes les vies humaines.

Laïcité et respect

La laïcité rend possible l’école commune, sans effacer, ni les croyances, ni les identités ; elle garantit que personne ne puisse imposer sa conviction à autrui et que chacun apprenne à égalité de droits.

Elle protège l’élève croyant comme l’élève athée, l’élève majoritaire comme l’élève minoritaire. Dans la classe, le savoir se discute avec des arguments ; les personnes se respectent dans leur différence.

La jeunesse a besoin de savoirs, de repères et de confiance. Elle doit maîtriser les outils technologiques sans leur abandonner son jugement, connaître l’histoire sans être enfermée dans les conflits de mémoire, et comprendre la laïcité comme une liberté partagée.

Protéger l’école, c’est donner à chaque jeune les moyens de penser par lui-même, d’agir avec les autres et de défendre la dignité humaine.

Jean-Luc SCEMAMA

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