Chronique de deux morts annoncées : la France et la Tunisie

Le 14 avril 1912, le Titanic reçoit plusieurs messages signalant des glaces sur sa route. Le commandant ne réduit pas la vitesse. Les canots offrent un peu moins de 1 200 places pour quelque 2 200 personnes à bord : le règlement, écrit pour des navires plus petits, n’en exigeait pas davantage. L’orchestre jouera jusqu’au bout.

Deux pays rejouent la scène. La France, et la Tunisie, où l’auteur de ces lignes est né.

La France emprunte pour payer ce qu’elle doit. Sa dette atteint 119 % du PIB. Elle versera cette année près de 78 milliards d’euros d’intérêts, 91 l’an prochain, selon Roland Lescure, qui reconnaît que la dette coûte désormais plus que l’éducation ou la défense. Les marchés prêtent aujourd’hui à Athènes à meilleur compte qu’à Paris. Chaque gouvernement promet l’effort pour l’exercice suivant, que son successeur s’empressera d’oublier. Le budget 2026 n’a été voté que le 2 février, après quatre mois de blocage et deux Premiers ministres.

Le naufrage tunisien fait plus de bruit. Il commence le 25 juillet 2021, quand Kaïs Saïed suspend le Parlement. En février 2022, il dissout le Conseil supérieur de la magistrature ; quatre mois plus tard, un décret révoque 57 juges sans procédure. La Cour de cassation, désormais aux ordres, a rejeté le 3 septembre les pourvois du procès dit du « complot » : des opposants purgeront jusqu’à 45 ans de prison. La presse vit sous le décret 54. Quand l’eau ou le courant manquent, le régime ne met en cause ni la STEG ni la SONEDE, mais le « sionisme ». Le 15 septembre, Carthage a fixé la ligne du budget 2027 : aucun impôt nouveau, et des banques priées de prêter « à des conditions aisées ». Le FMI, éconduit en 2023 au nom de la souveraineté, ne sera pas rappelé. Tunis se tourne vers Alger, dont elle devient chaque année un peu plus la vassale. Pour le cinquième anniversaire du coup de force, 2 500 manifestants ont défilé dans la capitale.

En France, le ministère de l’Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites en 2025, plus de la moitié des actes antireligieux, pour moins de 1 % de la population. Des rabbins ont été frappés en pleine rue à Orléans, Deauville et Neuilly. À Lyon, Ashur Sarnaya, chrétien assyro-chaldéen, a été assassiné. Le narcotrafic compte quelque 3 000 points de vente sur le territoire, et la DZ Mafia, née à Marseille, opère désormais à Lyon, Dijon et Nantes. Mehdi Kessaci a été tué à Marseille le 13 novembre 2025. Son frère Amine combat la drogue.

La France insoumise tient ici le rôle de Kaïs Saïed. Le président tunisien impute les coupures d’eau au « sionisme » ; en juin dernier, Jean-Luc Mélenchon accusait des ministres d’obéir au CRIF. Le procédé a fait ses preuves. En 1349, pendant la Peste noire, les Juifs furent accusés d’avoir empoisonné les puits, et Strasbourg en brûla des centaines. Mélenchon qui jugeait l’antisémitisme « résiduel » en 2024, a vu le Parti socialiste qualifier officiellement ses propos d’antisémites le 3 mars dernier.

Les institutions tiennent encore. Reste le verdict des urnes, que LFI se prépare à contester.

Mélenchon est le Catilina des temps modernes.

Battu aux élections consulaires, le Romain avait répondu à l’échec par la conjuration. Bally Bagayoko, élu maire de Saint-Denis en mars, a évoqué une « insurrection populaire » si le RN gagnait en 2027. Mathilde Panot promet de résister « de toutes les manières qu’il faut », avant de préciser que les Insoumis sont des démocrates qui veulent « faire une révolution ». Marine Tondelier parle de « désobéissance civile ». Quentin Deranque, 23 ans, a été battu à mort à Lyon le 12 février. Cinq jours plus tard, Mélenchon redisait sa « grande affection » pour la Jeune Garde.

La Tunisie, elle, se vide. 84 % des médecins diplômés en 2025 sont partis. L’Ordre des ingénieurs attend 8 000 départs cette année. L’argent des expatriés rapporte plus que le tourisme. Le régime a trouvé une autre cible : les migrants subsahariens, « hordes de clandestins » selon Kaïs Saïed. Leurs campements d’El Amra ont été rasés en avril 2025. De jeunes Tunisiens sans diplôme prennent la mer depuis les mêmes plages.

En Tunisie, les canots existent. Les ingénieurs y montent les premiers.

Paul Germon

Suivez-nous et partagez

Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*