
Formation d’élite obligatoire. Sciences Po, ENA. Sorti 16e en 1994. L’itinéraire prévu pour les hauts fonctionnaires français qui rêvent de changer le système.
Pas de changement. Direction générale du Trésor d’abord. Administrateur civil à gérer les dettes de l’État. Puis, en 1997, le jackpot politique : Jospin arrive. Les cabinets ministériels s’ouvrent. Strauss-Kahn puis Fabius. Les privatisations massives attendaient les jeunes énarques de gauche. Air France, Crédit Lyonnais, Autoroutes du Sud : démanteler l’héritage gaullien en costume socialiste, c’était l’époque.
Cinq ans de ce régime. L’air frais : Jospin éliminé dès le premier tour en 2002. La gauche dehors, Pigasse a le choix de pleurer ou d’encaisser. Il encaisse. Lazard le recrute pour diriger le « conseil aux gouvernements ». Traduction : aider les États surendettés à négocier leur austérité.
Son chef-d’œuvre : la Grèce. Restructuration de dettes, assistance à Tsipras. Le jeune banquier devenu celui qui explique aux peuples pourquoi il faut tirer la ceinture.
Vingt ans de Lazard. Puis Centerview. Des centaines de millions accumulés en conseillant les États ruinés. Le paradoxe n’effleura pas notre homme : il fallait investir dans les médias. Le Monde, Nova, Inrockuptibles, le Nouvel Obs, Rock en Seine. L’empire culturel de gauche.
Sauf que l’empire s’achète à crédit. 25 millions d’euros empruntés pour le Nouvel Obs. La cession forcée du Monde en 2018 à un Tchèque : difficultés financières de Pigasse. Mediapart en 2019 : dettes considérables accumulées.
Le conseiller en dettes souveraines gère ses propres dettes comme la Grèce gère les siennes. Mal. C’est du théâtre.
L’habile partie : quand la presse pose des questions sur ses choix éditoriaux — Freeze Corleone avec ses « Rien à foutre de la Shoah », Guillaume Meurice se demandant si Netanyahu est « un nazi sans prépuce », Akim Omri et ses insinuations — il brandit le même bouclier : liberté d’expression. Rien ne lui est plus étranger que l’antisémitisme, jure-t-il. Sur France Culture, bien sûr.
La liberté d’expression est élective. Pour les artistes antisémites de son giron, c’est un droit sacré. Pour la droite radicale, c’est un danger sans astérisque.
Pigasse exerce un pouvoir oligarchique avec un discours progressiste. On l’accuse de dominer les médias, il répond liberté d’expression. On lui reproche la complaisance avec l’antisémitisme, il crie au mépris de classe. Il n’y a pas de réponse au fond — juste l’inversion du reproche. Il gouverne les médias comme un oligarque ordinaire. Mais il le fait avec les mots de la gauche.
Le Canard enchainé n’a pas oublié de chiffrer le coût de la location de vacances d’homme de gauche de notre maitre à penser à gauche : 434000 euros pour à peu prés trois semaines, c’est son droit, pourquoi pas mais un peu moins de leçons ne serait pas superflu et c’est notre liberté d’expression de relayer cela, non ?
Paul Germon

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