Neuf millions d’habitants. Un désert aux deux tiers. Aucune ressource naturelle digne de ce nom. Un embargo pétrolier permanent, de fait sinon de droit. Et pourtant.
Quatre prix Nobel scientifiques depuis 2004. Ciechanover et Hershko, chimie, pour avoir compris comment la cellule détruit ses propres protéines défectueuses — la porte ouverte à des traitements contre le cancer. Ada Yonath, chimie, pour avoir percé la structure du ribosome. Daniel Shechtman, chimie encore, pour des quasi-cristaux que la science jugeait impossibles. On ne discute pas avec un prix Nobel. On s’incline, ou on change de sujet.
L’eau ? Le pays est aux deux tiers aride. IDE Technologies dessale aujourd’hui l’eau de mer dans quarante pays. Israël a atteint l’indépendance hydraulique là où d’autres, avec deux fleuves et une mousson, la ratent encore. L’irrigation goutte-à-goutte, inventée ici, nourrit des continents entiers. On a même ressuscité un palmier-dattier disparu depuis deux mille ans, à partir de graines retrouvées à Massada. Cherchez l’équivalent ailleurs.
Le numérique ? La clé USB porte la signature d’un ingénieur du Technion, Dov Moran, qui en a eu l’idée après une panne d’ordinateur humiliante à New York. Le pare-feu moderne, celui qui protège aujourd’hui la moitié des ordinateurs de la planète, est né dans un appartement de Ramat Gan en 1993. Waze recalcule nos itinéraires. Mobileye apprend aux voitures à voir. ICQ a inventé la messagerie instantanée avant que quiconque en ait besoin.
La médecine ? La PillCam, gélule-caméra avalée plutôt qu’endoscopie subie, vendue dans soixante pays. Le ReWalk, exosquelette qui relève les paraplégiques. Des recherches sur le cœur bio-imprimé à Tel-Aviv. Un pays de neuf millions d’habitants qui dépose plus de brevets médicaux par habitant que n’importe quel autre au monde.
La défense, enfin, puisqu’il faut bien vivre entouré d’ennemis déclarés. Le Dôme de fer intercepte des roquettes en plein ciel, exploit que la physique jugeait à peine crédible voici vingt ans. Chaque guerre imposée au pays finit par irriguer, presque malgré lui, son économie civile. La nécessité, ici, n’est pas la mère de l’invention. Elle en est la donneuse d’ordres.
Neuf millions d’habitants. Deux millions d’Arabes parmi eux. Citoyens. Électeurs. Députés. Juges à la Cour suprême.
Qui dit mieux ? Notamment dans le monde arabe ?
Hossam Haick est chrétien arabe, natif de Nazareth. Diplômé du Technion. Il invente un nez électronique qui détecte le cancer à l’haleine. Vingt-huit brevets. Le MIT le classe parmi les meilleurs jeunes scientifiques du monde. La France le décore. Où l’aurait-on laissé faire ailleurs ?
Reem et Imad Younis, couple arabe-chrétien, fondent Alpha Omega à Nazareth. Équipement de neurochirurgie de pointe, utilisé dans le monde entier. Un garage transformé en laboratoire. La routine israélienne, en somme.
Abd Al-Roof Higazi et Nuha Hijazi, professeur de médecine et docteure en neurosciences, développent à Nazareth un traitement contre les hémorragies cérébrales. Publiés dans les meilleures revues. Une start-up biotech arabe, en plein cœur de la Galilée.
On dira : la participation arabe dans la tech israélienne reste faible. C’est vrai. Deux pour cent des hommes arabes y travaillent, contre douze pour cent chez les Juifs laïcs. L’État lui-même finance des programmes pour corriger l’écart. Personne ne prétend l’inverse.
Mais posons la question autrement. Faible participation, oui. Mais participation à quoi ? À l’écosystème scientifique et technologique le plus dense de la planète. Un Arabe israélien sous-représenté dans la start-up nation publie encore davantage que la moyenne du monde arabe tout entier.
Vingt-deux pays arabes. Quatre cents millions d’habitants. Combien de brevets déposés par habitant ? Combien de prix Nobel scientifiques depuis un siècle ? Un seul, Ahmed Zewail, chimiste égyptien naturalisé américain, formé et récompensé aux États-Unis.
Le Technion, à lui seul, en compte trois. Fondé en 1912. Ouvert à tous les citoyens du pays, sans distinction de religion.
Où étudie-t-on la médecine en arabe, en hébreu, dans un hôpital mixte, sous la direction d’un chirurgien qui peut être druze, chrétien ou musulman ? À Hadassah. À Rambam. À Tel-Aviv.
L’ennemi déclaré d’Israël aime décrire un apartheid scientifique. La réalité est moins romanesque et plus embarrassante pour lui : des chercheurs arabes israéliens, minoritaires par le nombre, publient, brevettent et soignent, dans un pays en guerre, avec un budget défense qui dévore un tiers du budget national.
Combien de laboratoires arabes de rang mondial à Damas ? À Beyrouth, exsangue ? À Gaza, sous le Hamas, où l’on creuse des tunnels plutôt que des amphithéâtres ?
L’histoire retiendra une ironie tenace: le seul pays du Moyen-Orient où un scientifique arabe peut déposer un brevet, publier dans Nature et toucher une bourse européenne sans quitter son pays natal, est précisément celui qu’on accuse de l’opprimer. Qui dit mieux ? Le silence, jusqu’ici, tient lieu de réponse.
© Paul Germon
# ANNEXE — Panorama documentaire complet
### Israël, 25 ans d’innovation (2000-2026)
—
## 1. Les Nobel scientifiques
– **2004** — Aaron Ciechanover et Avram Hershko (Technion), chimie : découverte de la dégradation des protéines médiée par l’ubiquitine. Implications majeures en cancérologie.
– **2009** — Ada Yonath (Institut Weizmann), chimie : structure du ribosome. Quatrième femme lauréate en chimie dans l’histoire du prix.
– **2011** — Daniel Shechtman (Technion), chimie : découverte des quasi-cristaux, qui a bouleversé la conception de la matière solide.
– **2013** — Arieh Warshel (USC/Israël), chimie : modèles multi-échelles des systèmes chimiques complexes, utiles pour la conception de médicaments.
Quatre Nobel scientifiques israéliens depuis 2002. Le pays affiche l’un des taux de publications scientifiques par habitant les plus élevés au monde (109 publications/10 000 habitants) et consacre 4,7 % de son PIB à la R&D — le taux le plus élevé au monde, financé majoritairement par le secteur privé, à l’inverse de la plupart des pays développés.
—
## 2. Le stockage numérique — la clé USB
**Dov Moran**, diplômé du Technion, fonde M-Systems en 1989. L’anecdote fondatrice : lors d’une présentation à New York, son ordinateur portable tombe en panne et ses données deviennent inaccessibles. Il décide de créer un support de stockage « de poche ». Brevet déposé en 1999 avec Amir Ban et Oron Ogdan ; la DiskOnKey sort en 2000 (8 Mo). En 2006, M-Systems est racheté par SanDisk pour 1,6 milliard de dollars.
*Note d’exactitude : la paternité est disputée — un ingénieur IBM (Shimon Shmueli) revendique la même année une version sans câble, et un ingénieur malaisien la mémoire flash associée. Moran reste généralement crédité comme l’inventeur du concept.*
—
## 3. Médecine et biotechnologie
– **PillCam** (Given Imaging) — la gélule-caméra avalable explorant le tube digestif sans endoscopie invasive. Vendue dans plus de 60 pays, devenue la référence en visualisation intestinale.
– **ReWalk** — exosquelette robotisé permettant à des paraplégiques de remarcher.
– **DayTwo** (2015, fondé par Marius Nacht, cofondateur de Check Point) — technologie issue de l’Institut Weizmann : séquençage du microbiome intestinal pour prédire la réponse glycémique individuelle à l’alimentation.
– **Immunai** — biotech israélienne utilisant l’IA pour cartographier le système immunitaire humain ; accord récent avec AstraZeneca sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
– **Recherche cardiaque régénérative** — travaux à l’Université de Tel-Aviv sur les tissus cardiaques bio-imprimés.
– **Échographie focalisée à haute intensité** — technologie médicale israélienne saluée par le magazine *Time* parmi les avancées majeures en santé.
– **Alpha Omega** (Nazareth, Reem et Imad Younis) — équipement de neurochirurgie de pointe.
– **PamBio** (Nazareth, Abd Al-Roof Higazi et Nuha Hijazi) — thérapie contre les hémorragies cérébrales aiguës.
– **Nez électronique** (Hossam Haick, Technion) — détection du cancer et de maladies rénales par capteurs à nanomatériaux ; 28 brevets.
—
## 4. Eau et agritech — l’innovation par la contrainte
– **Dessalement à grande échelle** — IDE Technologies, leader mondial, exploite 400 usines dans 40 pays. Un pays désertique à 60 % a ainsi atteint l’indépendance hydraulique.
– **Irrigation goutte-à-goutte** (Netafim) — plus ancienne (1965) mais toujours au cœur de l’agritech mondiale.
– **Renaissance du palmier-dattier de Judée** — germination réussie de graines antiques (2000 ans) retrouvées à Massada, par les Dr Sarah Sallon et Elaine Solowey.
– **Élevage de poissons à terre** (Grow Fish Anywhere) — aquaculture en circuit fermé, sans pollution, exploitable même en plein désert.
– **Tomate cerise** — mise au point par le professeur Nachum Kedar (Université hébraïque de Jérusalem), aujourd’hui cultivée et exportée mondialement.
—
## 5. Tech grand public et logicielle
– **ICQ** (1996, Mirabilis) — première messagerie instantanée grand public, ancêtre de tous les chats modernes.
– **Check Point** (1993, Gil Shwed) — invention du pare-feu moderne, fondateur de l’industrie de la cybersécurité commerciale.
– **Waze** — navigation GPS collaborative en temps réel, aujourd’hui standard mondial.
– **Mobileye** — vision par ordinateur pour véhicules autonomes, racheté par Intel.
– **Viber** (2010, Talmon Marco) — appels et messagerie VoIP gratuits.
– **Wix** (2006) — plateforme de création de sites web sans code.
– **Centre R&D Intel Haïfa** — conception du Pentium MMX et de l’architecture Centrino, moteur de la révolution des portables basse consommation.
—
## 6. Espace et défense (spillover civil-militaire)
– **Bereshit** (2019) — premier vaisseau spatial israélien à tenter un alunissage privé ; crash à l’arrivée, mais projet fondateur pour le secteur spatial national.
– **Dôme de fer / système Arrow** (Rafael Advanced Defense Systems) — défense antimissile, dont certaines briques technologiques (détection, traitement de signal) essaiment vers le civil.
– Depuis 2023, la **tech de défense a supplanté la cybersécurité** comme secteur le plus demandé du high-tech israélien, sous l’effet direct de la guerre — un basculement structurel de l’écosystème.
– Une grande partie des fondateurs de start-up en cybersécurité sont issus des unités d’élite du renseignement militaire (dont la célèbre **unité 8200**), illustrant le rôle de pépinière de l’armée dans l’innovation civile.
—
## 7. Ordres de grandeur (2024-2026)
– Exportations high-tech : 85 Mds $ en 2025 (58 % du total des exportations israéliennes).
– Secteur tech : 18,3 % du PIB (record), environ la moitié de la croissance économique du pays en 2025.
– ~1 500 entreprises « deep tech » (IA, biotech, quantique), ayant levé 28,6 Mds $ depuis 2019 — environ un tiers des investissements tech totaux.
– 15,6 Mds $ levés par la high-tech israélienne en 2025 (contre 12,2 Mds $ en 2024) — reprise après le choc du 7 octobre 2023, qui avait provoqué la mobilisation de 15 à 20 % des effectifs du secteur et le départ de 8 300 employés tech du pays entre octobre 2023 et juillet 2024.
– Année 2025 record en cessions : Wiz (Google, ~32 Mds $), CyberArk, Armis — 84 Mds $ de transactions cumulées.
– Nvidia a annoncé un centre R&D pouvant accueillir jusqu’à 10 000 employés dans le nord d’Israël (fin 2025).
—
## 8. La participation arabe israélienne — les chiffres exacts
– La population arabe représente environ 20 % de la population totale d’Israël (soit ~2 millions sur 9 millions d’habitants).
– Participation au secteur high-tech : environ 2 % des hommes arabes et 1 % des femmes arabes, contre 12 % des hommes et 8 % des femmes juifs laïcs.
– Plus de 10 000 travailleurs issus de la communauté arabe étaient employés dans la high-tech en 2024, dont la moitié à des postes non technologiques.
– L’État finance des programmes dédiés (ex. 21,6 millions de shekels pour former plus de 2 000 personnes issues de la communauté arabe sur deux ans) pour combler cet écart, identifié comme un axe stratégique de croissance face à la pénurie d’ingénieurs (besoin estimé à 13 000-18 500 postes).
– Le revenu du travail dans la société arabe israélienne progresse plus vite que dans les autres secteurs de la population depuis dix ans, selon une étude de l’Institut Aaron (Université Reichman).
– Comparaison régionale : un seul prix Nobel scientifique dans le monde arabe au XXe-XXIe siècle (Ahmed Zewail, chimie 1999, égyptien naturalisé américain, formé et récompensé aux États-Unis) — contre quatre Nobel scientifiques israéliens depuis 2004, obtenus par des chercheurs formés et travaillant en Israël.
Note de méthode : la participation arabe reste statistiquement faible en proportion de la population — ce fait est établi et non contesté par les autorités israéliennes elles-mêmes. L’argument de la chronique porte sur la comparaison régionale (contribution scientifique arabe israélienne rapportée à celle du reste du monde arabe), non sur une parité déjà atteinte au sein d’Israël.
—
© Paul Germon

Qui dit mieux ,qui fait mieux pour toute l’humanité qu’Israel et ses scientifiques, alors le monde qui dénigre notre Israel devrait se lever , le remercier, le congratuler.
Merci Paul pour cette piqûre de rappel tellement nécessaire, qui devrait être quotidienne tant les ignares brevetés de sottise et autorisés comme tels à s’exprimer dévalorisent en permanence Israël.