Le « Droit international », cette religion mondaine. Par Paul Germon


Il est aujourd’hui de bon ton, dans les dîners en ville, sur les plateaux de télévision ou dans certaines rédactions parisiennes, d’invoquer gravement « le Droit international » comme autrefois on citait les Évangiles ou le catéchisme républicain.
Le Droit international a parlé.
Circulez.
La phrase suffit désormais à clore un débat, à distribuer les bons et les mauvais points, à désigner les vertueux et les infréquentables.

Peu importe d’ailleurs que ceux qui prononcent ces mots soient souvent incapables d’expliquer précisément :
● qui écrit ce droit,
● qui le vote,
● qui l’interprète,
● ou pourquoi il varie autant selon les pays concernés.

Car le « Droit international » contemporain n’est pas seulement du droit.
C’est devenu un instrument de pouvoir, un rapport de force habillé de morale universelle, une langue sacrée destinée à donner aux choix politiques l’apparence de l’évidence juridique.
Dans le monde réel, les grandes puissances continuent évidemment à agir selon leurs intérêts stratégiques. La Chine enferme des populations ouïghoures. La Russie rase des villes. L’Iran pend ses opposants. La Turquie occupe militairement une partie de Chypre depuis un demi-siècle. Des dizaines de dictatures écrasent leurs minorités dans un silence relatif.

Mais l’obsession centrale d’une partie des institutions internationales, des ONG militantes et des nouveaux clercs médiatiques semble souvent se concentrer ailleurs.
Sur Israël.

Résolutions après résolutions, condamnations après condamnations, commissions après commissions, le petit État juif semble parfois occuper à lui seul une place mentale supérieure à celle de la plupart des régimes sanguinaires de la planète réunis.
On objectera naturellement qu’Israël est une démocratie et qu’une démocratie doit accepter la critique.
Évidemment.
Mais précisément : pourquoi cette hypertrophie obsessionnelle ?
Pourquoi cette mobilisation juridique permanente ?
Pourquoi cette inflation lexicale où les mots les plus lourds de l’histoire contemporaine sont employés avec une facilité stupéfiante ?
« Génocide ».
« Apartheid ».
« Crimes contre l’humanité ».

Comme si les tragédies du XXe siècle étaient devenues des accessoires rhétoriques disponibles en libre-service.

Le plus fascinant est que cette mécanique s’exerce souvent au nom d’une prétendue neutralité morale.
Or le droit international n’est jamais neutre.
Il reflète les équilibres du moment, les idéologies dominantes, les coalitions diplomatiques, les peurs occidentales, les stratégies énergétiques, les intérêts économiques et parfois les lâchetés collectives.
Autrement dit : il reflète le pouvoir.
Comme toujours dans l’Histoire.

Simplement, autrefois, les puissants assumaient davantage leur puissance. Aujourd’hui, ils préfèrent souvent parler le langage abstrait de “la communauté internationale”, expression commode qui permet à chacun de cacher ses intérêts derrière un rideau de vertu.
La vérité est que le droit international contemporain ressemble parfois étrangement à la fable de Jean de La Fontaine, « Les animaux malades de la peste » :
« Selon que vous serez puissant ou misérable… »
Certains États bénéficient d’une indulgence géopolitique presque illimitée.
D’autres deviennent des accusés permanents.
Et au milieu de cette immense comédie morale, beaucoup continuent à réciter pieusement « le Droit international » comme on récitait autrefois le latin à l’église : avec gravité, sans toujours comprendre les textes, mais avec la certitude rassurante d’appartenir au camp du Bien.
© Paul Germon

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