« Le plus dangereux n’est pas l’ennemi qui attaque, mais l’aveugle qui refuse de voir
Il faut désormais avoir le courage de dire ce qu’une immense partie des Juifs français pense tout bas : le CRIF, le Consistoire et une partie des institutions communautaires ne représentent plus réellement la base juive française.
Ils représentent un appareil. Un entre-soi.
Une sociologie vieillissante. Un logiciel politique périmé.
Une respectabilité médiatique devenue leur obsession principale.
Mais ils ne représentent plus la peur, la colère, le sentiment d’abandon et la lucidité tragique qui traversent aujourd’hui une grande partie des Juifs de France.
Et c’est précisément cela que les médias refusent de voir.
À lire certains articles — et plus encore à voir des responsables d’institutions juives aller se justifier dans un média comme Mediapart — on finit par se demander jusqu’où ira cette perte totale de repères. Bientôt quoi ? Une interview dans Rivarol pour expliquer aux Juifs ce qu’ils devraient penser et pour qui ils devraient voter ?
Le plus sidérant n’est même plus le discours de certains médias, dont l’hostilité obsessionnelle envers Israël et la complaisance envers certaines formes d’antisionisme sont connues. Non. Le plus sidérant est de voir des institutions censées défendre les Juifs de France venir chercher auprès de tels médias une forme de validation morale et politique contre leur propre base.
Et toujours avec la même grille caricaturale : les Juifs français seraient soudain devenus irrationnels, manipulés par la peur, séduits par l’extrême droite au point d’oublier leur propre histoire. Comme si le problème venait de la lucidité croissante de la base… et non de l’aveuglement persistant de ceux qui prétendent encore parler en son nom.
Et heureusement, le CRIF serait là pour les ramener à la raison. Quelle arrogance ! Quelle déconnexion surtout !
Car la réalité est exactement inverse : ce ne sont pas les Juifs français qui ont changé de réalité. Ce sont leurs représentants institutionnels qui refusent obstinément de voir celle du pays dans lequel nous vivons désormais.
Une représentativité devenue fictive
Le problème fondamental est celui de la légitimité.
Le CRIF n’est pas élu par les Juifs de France. Il fonctionne comme une fédération opaque d’associations et d’appareils internes dont l’immense majorité des Juifs ignore même les mécanismes de désignation.
Quant au Consistoire, chacun sait que les taux de participation aux élections consistoriales sont dérisoires. À peine quelques pourcents des membres se déplacent parfois. Quelques centaines de votants prétendent ainsi parler au nom de centaines de milliers de Juifs français.
Et ces institutions osent encore donner des leçons politiques à leur propre base. Le malaise est devenu immense.
L’affaire du rabbin Lewin l’a encore illustré brutalement : une fracture profonde existe désormais entre l’appareil institutionnel et une partie croissante des fidèles et des familles juives qui ne se sentent plus représentés, ni entendus, ni même compris.
La vérité est devenue insupportable : les institutions communautaires parlent encore comme si nous étions dans la France des années 1980. Mais les Juifs français vivent dans celle de 2026. Et ce n’est plus le même pays.
Les Juifs français ont compris avant les institutions
Pendant des décennies, les Juifs de France ont largement voté pour la gauche républicaine, le centre ou la droite modérée.
Pourquoi ? Parce qu’il existait un contrat implicite : la République protégeait les Juifs, l’antisémitisme était moralement disqualifié, Israël restait légitime, et l’État garantissait la sécurité physique des citoyens juifs. Ce contrat a explosé.
Depuis le 7 octobre, beaucoup ont vu avec stupeur :
- Des manifestations où l’on hurlait des slogans éliminationnistes ;
- Des élus incapables de qualifier le Hamas de mouvement terroriste ;
- Des médias transformant systématiquement Israël en coupable ;
- Des intellectuels relativisant les massacres ;
- Des universités devenues des laboratoires de haine anti-israélienne ;
- Des magistrats terrorisés à l’idée de nommer l’antisémitisme lorsqu’il vient de certains milieux ;
- Et une macronie oscillant sans cesse entre lâcheté diplomatique, calcul électoral et paralysie morale.
Les Juifs français regardent alors autour d’eux. Et que voient-ils ?
Des écoles sous protection militaire. Des synagogues barricadées.
Des quartiers perdus.
Des agressions permanentes. Une haine décomplexée.
Et des institutions communautaires davantage préoccupées par leur image médiatique que par la hiérarchie réelle des dangers.
L’immense hypocrisie française
Le plus insupportable est peut-être ailleurs. Il réside dans l’hypocrisie devenue totale du système politico-médiatique français.
Oui, le Front national des origines comptait des figures sulfureuses. Oui, certains anciens collaborationnistes ou Waffen-SS y furent présents. Mais alors allons jusqu’au bout.
Pourquoi cette mémoire serait-elle éternellement éliminatoire pour les uns… mais jamais pour les autres ?
Pourquoi oublie-t-on systématiquement que la Collaboration traversa toute la société française ?
Pourquoi oublie-t-on que Marcel Déat venait de la SFIO ? Que Pierre Laval fut socialiste ?
Que quantité de hauts fonctionnaires de Vichy furent recyclés après-guerre ?
Que les pères de Lionel Jospin ou de Laurent Joffrin furent eux aussi liés à des épisodes troubles sans que cela ne disqualifie moralement leurs fils ?
Pourquoi Jacques Soustelle et Georges Bidault — immenses résistants mais engagés ensuite dans la mouvance Algérie française — sont-ils absous de toute damnation historique ?
Pourquoi Alain Robert peut-il être recyclé dans la droite classique ?
Pourquoi Gérard Longuet peut-il devenir ministre après avoir rédigé le programme économique du FN des années 1970 ?
Parce qu’en France, la mémoire n’est pas un principe moral. C’est une arme politique.
Le vrai scandale : l’antisémitisme n’est plus éliminatoire
Et c’est là que l’hypocrisie devient obscène.
Car pendant qu’on exige du RN qu’il expie éternellement les fautes réelles ou supposées de certains de ses fondateurs, l’antisémitisme contemporain, lui, n’est plus disqualifiant.
Voilà le vrai basculement historique.
LFI multiplie les ambiguïtés, les obsessions anti-israéliennes et les complaisances envers les discours islamistes ? Ce n’est pas éliminatoire.
Une partie de la gauche reprend tous les vieux ressorts de l’antisémitisme sous le vocabulaire du colonialisme et du privilège blanc ? Ce n’est pas éliminatoire.
La macronie pratique un anti-israélisme diplomatique permanent tout en laissant prospérer un climat d’insécurité pour les Juifs ? Ce n’est pas éliminatoire.
L’antisémitisme est désormais contextualisé. Relativisé.
Excusé.
Sociologisé.
Déconstruit.
Mais plus combattu avec clarté.
Et c’est précisément cela que beaucoup de Juifs français ne pardonnent plus.
Le basculement politique juif
Alors oui : une partie croissante des Juifs regarde désormais vers le RN, l’UDR ou une partie des LR. Non par amour idéologique. Non par nostalgie. Non par fascination. Mais parce qu’ils ont le sentiment que ce sont désormais les seuls à nommer clairement les dangers qu’ils vivent quotidiennement.
Roger Cukierman lui-même avait reconnu que Marine Le Pen était « irréprochable personnellement » sur la question de l’antisémitisme. Et depuis des années, beaucoup constatent une réalité simple : on peine à trouver chez elle des propos explicitement antisémites, alors que d’autres responsables politiques multiplient insinuations, relativisations ou obsessions anti-israéliennes sans jamais subir la même exclusion morale.
Voilà le vrai sujet
Les Juifs français ne votent plus selon les catégories idéologiques du XXe siècle. Ils votent selon une angoisse existentielle du présent. Et tant que les institutions communautaires refuseront de comprendre cela, le fossé continuera de devenir abyssal. Car une institution qui ne veut plus entendre sa base finit toujours par ne plus représenter qu’elle-même.
© Richard Abitbol

Président d’honneur de la Confédération Juifs de France et Amis d’Israël CJFAI, Conseil en relations internationales Conseils en stratégie de développements et d’investissements pour les Etats , et notamment pays émergents, et les grandes entreprises.

La France a perdu pieds , macron n est qu un pantin desarticulé incapable d apprehender le desastre qui se profile , les institutions nationales tombent comme des chateaux de cartes devant l invasion islamiste, l influence gauchiste et l effondrement moral et economique , il est donc difficile dans un tel contexte a un quarteron de bourgeois juifs apeurés ( le CRIF ) ou a un GRDF completement largué d affronter un tel tsunami , losqu on connait l inneficacité des leaders juifs durant les periodes passées qui furent fastes et plus façiles a gerer.
Merci de rappeler ce que la déchéance du judaïsme français doit à ces courtisans qui n’agissent que pour leurs intérêts privés ou partisans de juifs de cour, au détriment de l’intérêt collectif des Juifs de France. Le judaïsme français est fracturé depuis deux décennies au moins entre libéralisme et ultraorthodoxie (historiquement dans la même situation à la fin du XIXè siècle, c’est le sionisme qui avait donné une réponse nationale : Israël, à la division du judaïsme de l’époque), menacé dans son existence par un antisémitisme qui n’est pas combattu (pouvoir politique et juges « rouges ») et qui a rang d’opinion (médias), alors que la qualité des dirigeants spirituels et communautaires du judaïsme baisse drastiquement, les grands maîtres du judaïsme français étant partis vivre en Israël depuis longtemps. Derrière le premier plan en technicolor d’une vie juive réelle, riche et diverse, se cache une réalité plus sombre : celle de dirigeants, ayant le sens politique d’une palourde, mais s’obstinant à faire de la politique pour exister et inciter les juifs de France à voter pour la Gauche, c’est-à-dire pour des courants de pensées ayant revivifié par la politique un antisémitisme quasi-résiduel à la fin des années 1990, jusqu’à devenir des compagnons de route puisqu’objectivement certains juifs ont réhabilité d’authentiques antisémites. On mentionnera notamment tous les notables juifs (CRIF,…) allés s’incliner sur le tombeau d’un tueur de Juifs à Ramallah, sans oublier Haïm Korsia, nullissime rabbin de France, qui a fait décerner en décembre 2023 un prix de « lutte contre l’antisémitisme » à Emmanuel Macron, président révisionniste, négationniste, antisémite et néo-pétainiste, disciple du philosophe pétainiste Paul Ricoeur, les références philosophiques d’Emmanuel Macron se trouvant aussi chez Jürgen Habermas passé par les jeunesses hitlériennes avant de devenir marxiste, et chez Carl Schmitt, juriste nazi et philosophe de l’état d’urgence. On rappellera également cette apostasie du GRDF Korsia au moment de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, écrivant alors à l’archevêque de Paris que la cathédrale est « une maison de prières pour toutes les Nations », utilisant pour un symbole chrétien le texte prophétique d’Isaïe sur le troisième Temple de Jérusalem. Si ce n’est pas une apostasie, j’ai un problème de vocabulaire.
Le proverbe yiddish « Le poisson pourrit toujours par la tête » s’applique parfaitement à toute cette « représentation » qui a prospéré sur la Galout, qui aime faire des Juifs de France des dhimmis heureux en Galout devenus sa parnassa, qui refuse d’enseigner l’ivrit, la langue du peuple juif, à ses enfants et qui n’a jamais obtenu le moindre progrès dans la lutte contre l’antisémitisme, et qui essaie finalement de promouvoir un judaïsme sans Israël.
Je termine mon propos par deux citations de Jabotinsky :
1) « Nous n’avons pas été créés pour enseigner la morale et les bonnes manières à nos ennemis. Qu’ils apprennent ces choses par eux-mêmes avant d’établir des relations avec nous. Nous voulons riposter à tous ceux qui nous font du mal. Quiconque ne rend pas coup pour coup est également incapable de rendre une bonne action de la même manière. Seul celui qui peut haïr ses ennemis peut être un ami fidèle pour ceux qui l’aiment. »
2°) « Quel intérêt la nation juive peut-elle avoir pour des individus dont la fierté suprême consiste dans le fait qu’ils ont renoncé à leur propre peuple ? »
On lira avec profit :
– Tous les arbres plantés par Emmanuel Macron à la mémoire des victimes juives de la haine antisémite ne pourront faire oublier tout ce que l’antisémitisme actuel doit à Emmanuel Macron (https://www.tribunejuive.info/2026/02/15/tous-les-arbres-plantes-par-emmanuel-macron-a-la-memoire-des-victimes-juives-de-la-haine-antisemite-ne-pourront-faire-oublier-tout-ce-que-lantisemitisme-actuel-doit-a-emmanuel-macron/)
– Les Juifs doivent-ils à tout prix réhabiliter des antisémites ? (https://israel247.org/les-juifs-doivent-ils-a-tout-prix-rehabiliter-des-antisemites-270188.html)
– Tout ce que l’antisémitisme de 2025 doit à Emmanuel Macron (https://www.tribunejuive.info/2025/07/18/tout-ce-que-lantisemitisme-de-2025-doit-a-emmanuel-macron-par-jean-marc-levy/)
– Que valent encore les postures faussement morales des « représentants » de la communauté juive ? (https://www.tribunejuive.info/2025/04/07/que-valent-encore-les-postures-faussement-morales-des-representants-de-la-communaute-juive/)
– Ce n’est pas ce que tu crois ! » : Le CRIF, Macron et l’art d’être cocu avec gratitude (https://israel247.org/ce-nest-pas-ce-que-tu-crois-le-crif-macron-et-lart-detre-cocu-avec-gratitude-201012.html)
– Le CRIF : subventions et décorations en échange du silence sur l’antisémitisme (https://israel247.org/le-crif-subventions-et-decorations-en-echange-du-silence-sur-lantisemitisme-129809.html)
– Pourim à l’Elysée ou la grande fête des Juifs de cour (https://www.tribunejuive.info/2024/03/24/pourim-a-lelysee-ou-la-grande-fete-des-juifs-de-cour-par-jean-marc-levy/)
– Haïm Korsia, rabbin de cour par Daniel Horowitz (https://www.ashdodcafe.com/2025/09/01/haim-korsia-rabbin-de-cour-par-daniel-horowitz/)
– L’idiot et l’imposteur (https://www.tribunejuive.info/2023/12/14/lidiot-et-limposteur-par-jean-marc-levy/)
remarquable!👏
J’irai même jusqu’à dire que certains notables, par goût du ‘Veau d’or’, ont récité le Kaddish sur la communauté juive. Ils ont privilégié leurs intérêts personnels au détriment des nôtres. Mais les temps ont changé : nous avons ouvert les yeux. Malheureusement, certains d’entre eux restent toujours plus attirés par l’appât du gain ou les honneurs que par le bien commun.
Tristement lucide.
Au début d’un paragraphe il est dit : » depuis le 7 octobre…etc » Mais moi qui ne suis ni universitaire, ni essayiste, je peux vous assurer qu’il y avait un antisémitisme qui pointait après le 2eme tour des élections 2017; il y a 9 ans déjà. J’avais remarqué des propos de Clémentine Autain, Eric Coquerel, Jean Luc Melenchon bien sûr..qui ne laissaient aucun doute sur leurs idées négatives. Par la suite une horde de députés ont pris le relais. Un phénomène nouveau : les femmes sont encore plus acharnés. Gabrielle Cathala, Alma Dufour, Clémence Guetté ,Danielle Obono etc..
D’accord avec tout ce qui est dit, mais on fait quoi ? Est-il encore temps de créer une structure réellement représentative ?
merci messieurs Abitbol et les autres intervenants de dire tout haut ce que les juifs BASIQUES religieux ou pas, soucieux de leur judéité et de la permanence du Pays Israél pensent en leur for intérieur Ni Haim Korsia ni Mr Arfi ne nous représentent
qu’ils en soient conscients même si désespérement nous restons pour certains plutôt à gauche et nous refugions dans le silence… quand on voit un livre où interviennent des personnages comme Denis Charbit, habitué de france info et france inter et d’autres sur « L’orient compliqué », il ya de quoi désespérer…de nos intellectuels.
Les Juifs de France doivent arrêter de se bercer d’illusions! Regardez New York et le soutien à Mamdani, tous ou presque le regrettent aujourd’hui mais c’est trop tard…