La France à crédit perpétuel. Par Paul Germon

Depuis 1974, la France ne gouverne plus : elle distribue.

Avec Giscard, le mouvement commence.
Avec 1981, il devient doctrine.
Depuis, il s’est perfectionné.

On ne dirige plus un pays.
On administre une clientèle.

Les chiffres ont la pudeur des vérités gênantes.

Autour de 45 % du PIB en 1974, la dépense publique dépasse 50 % dès le début des années 80, franchit 56 % en 1995, et s’installe au-dessus de 57 % aujourd’hui.

Les dépenses sociales passent de 20 % du PIB à plus de 30 %.
Les agents publics de 4 à près de 6 millions.

Une progression calme.
Irréversible.
Comme une marée.

Car il ne s’agit pas d’une dérive.

Il s’agit d’un régime.

Clientélisme.
Électoralisme.
Redistribution.

On promet pour accéder.
On distribue pour durer.
On emprunte pour ne jamais choisir.

Chaque alternance ajoute sa couche.
Aucune ne retire la précédente.

Retraite à 60 ans.
Cinquième semaine de congés payés.
35 heures.
Aides, primes, statuts.
Minima sociaux étendus.

Le pays devient un mille-feuille de droits.
Un empilement de promesses irréversibles.

Et puis, scène symbolique et parfaite.

Crise sanitaire :

Pays à l’arrêt.
Économie sous perfusion.
Dette qui s’envole.
Incertitude totale.

Et que fait le pouvoir ?

Il engage et fait voter l’allongement du congé paternité, mesure emblématique qui entrera en vigueur en 2021.

Tout est là.

Quand le réel vacille, le symbolique prospère.
Quand l’économie s’effondre, la redistribution continue.
Quand il n’y a plus de cap, il reste le signal.

Toujours le signal.

Mais l’électoralisme ne s’arrête pas là.

Il peut aller plus loin.
Jusqu’à toucher aux fondements productifs du pays.

Pour gagner une élection, pour agréger une coalition, pour satisfaire des partenaires, on prend des décisions lourdes — non pas économiques, mais politiques.

Ainsi du nucléaire.

Sous François Hollande, dans le cadre d’accords politiques conclus en vue de l’élection de 2012 — notamment avec les écologistes — a été engagée une politique visant à réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité, objectif inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015.

Cette orientation s’est traduite, de manière concrète, par la décision de fermer la centrale de Fessenheim, effective en 2020, et par un signal politique durable de contraction de la filière.

Autrement dit, un choix public, assumé, documenté.

Un choix qui a consisté à organiser le sacrifice partiel d’un outil de production électrique pilotable et décarboné, au profit d’un équilibre politique.

Les conséquences sont connues :

moins de production nationale,
plus de dépendance extérieure,
une énergie plus chère,
une souveraineté entamée.

Mais peu importe.

L’essentiel est ailleurs.

Dans l’équilibre électoral.
Dans la promesse.
Dans le signal.

Toujours le signal.

Car le système obéit à une logique simple :

ce qui rapporte des voix à court terme l’emporte sur ce qui protège le pays à long terme.

Mais le cœur du système est ailleurs.

Il est dans ceux qui gouvernent.

Les élites françaises ne viennent pas du monde productif.
Elles ne viennent pas du risque.
Elles viennent de l’État.

Formées dans les mêmes écoles.
Passées par les mêmes corps.
Nourries des mêmes réflexes.

Elles ont appris à dépenser avant d’avoir produit.
À répartir avant d’avoir créé.
À administrer avant de comprendre.

La dépense n’est pas leur problème.

C’est leur langage.

On ne demande pas à un poisson de critiquer l’eau.

Dès lors, tout devient mécanique :

plus de dépenses → plus d’administration → plus de pouvoir → plus de dépenses.

Un système parfait.

Fermé.
Autonome.
Autojustifié.

Et pendant ce temps, quelque part hors de ce cercle,
il reste encore des gens qui produisent.

Ce sont eux qui financent.

Eux qui travaillent.
Eux qui investissent.
Eux qui prennent des risques.

Eux qui paient.

Pour que d’autres promettent.

La France a ainsi inventé une forme singulière de civilisation :

un pays où l’on protège de plus en plus,
où l’on produit de moins en moins,
et où l’on s’étonne que cela ne tienne pas.

On appelle cela un modèle.

C’est en réalité une habitude.

Une habitude de cour.

Une monarchie administrative où l’on distribue des faveurs avec l’argent des autres,
tout en expliquant que c’est de la justice.

Ainsi.

La France ne vit plus au-dessus de ses moyens.

Elle vit au-dessus de son réel.

Et comme toujours, dans ce genre de système,
ce ne sont pas ceux qui décident qui tomberont.

Ce sont ceux qui paient.

Car au fond, tout est là.

En 1974, la dette publique française était marginale, autour de 20 % du PIB.
Aujourd’hui, elle dépasse 110 % du PIB.

Entre les deux, cinquante ans d’une même politique :

dépenser d’abord,
promettre toujours,
payer plus tard.

Et comme toujours, ce ne sont pas ceux qui décident qui paieront.

Désormais la France ne distribue plus seulement ce qu’elle produit — elle distribue ce qu’elle n’a pas, en faisant payer ceux qui ne sont pas encore là.

© Paul Germon

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1 Comment

  1. Les aides sociales vont de moins en moins aux Français et de plus en plus à l’immigration. Et pas n’importe quelle immigration : principalement issue des pays les moins instruits, les moins civilisés et les plus islamisés.
    De plus en plus de Français n’ont plus de médecins : à quoi sert un système de remboursement de soins si les soins en question sont de mauvaise qualité ou inexistants ? La France islamonazie est en train de devenir un pays sans industrie, sans agriculture, et un désert médical. Avec un niveau éducatif et culturel digne des pays les plus sous-développés.

    Concernant la situation économique du pays, cela fait longtemps que les dés sont jetés : de nombreux entrepreneurs ont fui ce pays et de plus en plus vont suivre le mouvement. Ce qui crève le cœur, c’est que beaucoup de Français méritant une vie meilleure et ayant compris la nécessité de s’expatrier sont coincés ici pour diverses raisons (manque d’argent, difficulté à quitter son emploi,etc). La France finira comme la Russie des années 90, avec l’islamisme et le racisme inversé en plus, et sans grand homme pour venir la sortir de cette horreur. Ou comme le Liban des années 80.

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