
Il y a aujourd’hui, dans le débat public, une malhonnêteté devenue presque mécanique, presque automatique, presque pavlovienne, qui consiste à prendre des positions parfaitement classiques dans l’histoire politique des peuples — défendre sa nation, ses lois, sa civilisation, ses habitants, ses frontières, sa continuité historique — et à les faire glisser, par paresse ou par malveillance, du côté de l’extrême droite, comme si le simple fait de vouloir durer était déjà une faute morale, comme si le simple fait de vouloir rester soi-même était déjà une violence, comme si le simple fait de refuser la dissolution était déjà un crime contre la modernité.
Or il faut repartir du commencement, c’est-à-dire de l’évidence. Défendre son pays n’est pas de l’extrême droite. Défendre ses lois n’est pas d’extrême droite. Défendre sa civilisation n’est pas d’extrême droite. Défendre ses habitants n’est pas d’extrême droite. Et il faut parfois répéter les choses les plus simples, non parce qu’elles sont difficiles à comprendre, mais précisément parce qu’elles sont rendues inaudibles par le bruit idéologique permanent.
Un pays qui ne défend plus ses lois cesse d’être un État sérieux. Une civilisation qui ne veut plus se transmettre cesse d’être une civilisation. Un peuple qui ne protège plus les siens cesse d’être un peuple pour devenir une simple juxtaposition d’individus reliés par des formulaires administratifs et des slogans publicitaires.
Toute la ruse du moment consiste à faire passer l’instinct de conservation pour une pathologie. Voilà le fond de l’affaire. Voilà le poison.
On voudrait nous faire croire que l’enracinement est suspect, que la continuité est suspecte, que la transmission est suspecte, que le fait même de vouloir préserver un héritage serait déjà une manière honteuse d’exclure autrui.
Mais enfin, qu’est-ce qu’une civilisation qui ne dit plus « nous » ? Qu’est-ce qu’une nation qui ne sait plus qui elle est ? Qu’est-ce qu’un peuple qui renonce à distinguer ce qu’il veut transmettre de ce qu’il ne veut pas laisser entrer chez lui ? Une maison sans porte, sans murs, sans mémoire, n’est plus une maison : c’est un couloir. Et beaucoup voudraient que les nations deviennent des couloirs.
Oui, toute civilisation construit un « nous ». Oui, c’est même sa base. Oui, c’est même son axiome le plus élémentaire. Il n’y a pas d’histoire humaine sans appartenance, pas de continuité sans distinction, pas de transmission sans frontière symbolique. Une civilisation, ce n’est pas une flaque de sentiments humanitaires. Une civilisation, c’est une langue, une mémoire, une manière d’habiter le monde, un rapport au temps, à la filiation, à la loi, au sacré, au tragique, à l’honneur, à la politesse, à la beauté, à la différence entre ce qui mérite d’être conservé et ce qui doit être rejeté.
Donc, quand on m’explique que le simple fait de parler de civilisation serait déjà un indice d’appartenance à l’extrême droite, je réponds que non seulement c’est faux, mais que c’est intellectuellement dérisoire. C’est confondre la défense d’une forme avec la haine du reste du monde. C’est comme accuser un arbre d’intolérance parce qu’il a des racines.
Le cœur du problème, en réalité, c’est l’usage totalement inflationniste, totalement dévoyé, totalement dégradé du mot « extrême droite » ou des mots « Racistes », « Colons », « Identitaires ». Aujourd’hui, ces mots ne sont plus utilisés comme des catégories précises. Ils sont utilisés comme une arme morale. Ce ne sont plus des concepts clairs, ce sont des projectiles. Ce ne sont plus des outils de compréhension, ce sont des tampons d’excommunication. On les jette sur tout ce qui résiste. On les plaque sur tout ce qui refuse. On les brandit contre quiconque rappelle qu’une frontière doit être une frontière, qu’une loi doit être une loi, qu’une civilisation n’a pas vocation à s’excuser d’exister.
Et à force de tout mettre dans le même sac, on ne comprend plus rien.
On mélange le patriote avec le fasciste, le conservateur avec le néonazi, le souverainiste avec le totalitaire, le simple citoyen attaché à son pays avec le militant révolutionnaire violent.
C’est un ruse intellectuelle, et c’est une ruse dangereuse.
Car à force de vider les mots de leur sens, on prépare quelque chose de plus grave encore : on prépare l’indifférence à la violence.
C’est toujours la même mécanique. D’abord on caricature. Ensuite on salit. Puis on déshumanise. Et quand la personne ainsi caricaturée, salie, déshumanisée est frappée, harcelée, intimidée, agressée, parfois même tuée – on pense à Quentin, à Charlie, à Paty, aux victimes du 7 octobre, à Rushdie, à tous ceux en France sous protection policière ou sous le feu des menaces pour leurs idées -, on voit apparaître l’infâme petit “oui mais”.
Oui mais il était de droite. Oui mais il était réactionnaire. Oui mais il était supposément proche de l’extrême droite. Oui mais il n’était pas innocent politiquement. Oui mais il défendait la France et sa civilisation. Oui mais il était contre l’immigration de masse. Oui mais il voulait que don mais reste son pays. Oui mais il voulait que sa civilisation perdure, etc..
Et c’est ainsi qu’une partie du paysage militant ou médiatique fabrique, mot après mot, un climat où certaines violences deviennent moins graves que d’autres, où certaines vies deviennent moins pleurables que d’autres, où certaines victimes sont déjà à moitié coupables de ce qu’on leur a fait subir.
Il faut le dire sans détour : se prétendre progressiste, antifasciste, humaniste, pacifiste ou du “bon camp” ne donne aucun brevet moral.
Aucun. Absolument aucun.
On peut se draper dans toutes les vertus du monde et se conduire comme une brute. On peut se présenter comme défenseur du Bien et servir objectivement la haine, l’intimidation et la terreur symbolique. On peut invoquer l’antifascisme et produire une atmosphère de chasse à l’homme.
Il n’y a pas de passe-droit moral accordé aux gens qui se racontent à eux-mêmes qu’ils combattent le mal.
L’Histoire, justement, devrait nous avoir appris cela : les gens les plus dangereux ne sont pas toujours ceux qui s’assument comme méchants ; ce sont souvent ceux qui se pensent investis d’une mission rédemptrice.
Le simple fait de vouloir défendre sa civilisation ne fait pas de vous un extrémiste. Le simple fait de dire qu’il y a trop d’immigration ne fait pas de vous un extrémiste. Le simple fait de vouloir faire respecter le droit face à l’immigration illégale ne fait pas de vous un extrémiste. Le simple fait de dire qu’un système social, une paix civile, une cohésion nationale ou un minimum de continuité historique, culturelle et démographique ne fait pas de vous un extrémiste.
Là encore, il faut sortir des caricatures infantiles.
Un peuple a le droit de vouloir rester un peuple. Une nation a le droit de vouloir rester une nation. Une civilisation a le droit de vouloir rester une civilisation. Sinon les mots ne veulent plus rien dire et les réalités qu’ils désignent sont condamnées à la disparition douce, polie, légaliste, mais disparition tout de même.
Ce qui est frappant, c’est qu’on en arrive à des absurdités complètes. Si un pays veut contrôler qui entre sur son territoire, on parle de fermeture.
Si un peuple veut transmettre sa culture, on parle d’obsession identitaire.
Si des citoyens veulent que leurs lois soient appliquées, on les soupçonne immédiatement de dérive autoritaire.
Mais enfin, qu’est-ce qu’un État qui n’applique plus ses lois ? Qu’est-ce qu’une frontière qui n’arrête plus rien ? Qu’est-ce qu’une nationalité qui ne distingue plus l’appartenance du simple passage ?
C’est un peu comme si l’on accusait un organisme vivant d’être discriminant parce qu’il possède une peau. La peau n’est pas un acte de haine contre le monde extérieur ; elle est simplement la condition de l’existence de l’organisme. Sans peau, tout se mélange, tout fuit, tout se dissout. Sans limites, il n’y a plus de forme. Et sans forme, il n’y a plus de liberté possible, car la liberté elle-même suppose un cadre, une maison, un ordre, une continuité.
Il faut donc retrouver le sens des proportions.
Dire qu’un mouvement parle de civilisation, d’insécurité, d’immigration, de défense des femmes ou de continuité historique n’autorise pas à le traiter automatiquement comme l’héritier direct des totalitarismes du XXe siècle.
Cette facilité est obscène.
Elle est obscène intellectuellement parce qu’elle écrase toutes les nuances. Elle est obscène moralement parce qu’elle prépare les esprits à considérer que certains peuvent être diffamés, exclus, frappés ou réduits au silence au nom d’une prétendue hygiène démocratique. Là se trouve le danger. Le danger n’est pas seulement dans les coups portés. Il est aussi dans les mots utilisés pour rendre ces coups acceptables. Et sur ce point le parti LFI de Mélenchon est responsable de beaucoup de violence dans ce pays.
C’est pourquoi il faut réapprendre à décrire avant de condamner. Décrire exactement. Décrire sobrement. Décrire sans amplifier. Si un mouvement défend une ligne civilisationnelle, il faut dire qu’il défend une ligne civilisationnelle. S’il critique l’immigration, il faut dire qu’il critique l’immigration. S’il met en avant la sécurité, il faut dire qu’il met en avant la sécurité.
Mais si l’on n’a pas établi un rejet clair de la démocratie, un goût pour la violence politique, une doctrine autoritaire explicite, alors il faut s’interdire de plaquer sur lui les étiquettes les plus lourdes comme on tamponne un dossier avant même de l’avoir lu. Le diagnostic n’est pas un réflexe, c’est un travail. Et ce travail exige de la précision, pas de la surenchère.
En vérité, ce que révèle ce débat, c’est quelque chose de plus profond que la simple question d’un mouvement ou d’un mot. Il révèle notre époque toute entière. Une époque qui supporte de moins en moins que des peuples veuillent durer. Une époque qui confond la bonté avec l’effacement de soi. Une époque qui a parfois davantage de tendresse pour les principes abstraits que pour les corps réels, davantage de compassion pour les flux que pour les peuples, davantage d’indulgence pour les transgressions venues du dehors que pour les attachements venus du dedans.
Et quand quelqu’un ose rappeler qu’il existe un héritage, une limite, une continuité, une fidélité, aussitôt les gardiens du temple moral sortent le mot magique, l’anathème suprême, le sceau d’infamie : extrême droite. Comme si l’accusation suffisait à clore le débat. Comme si nommer remplaçait démontrer. Comme si salir dispensait de penser.
Il faut au contraire tenir ferme une ligne très simple, très saine, très humaine : défendre n’est pas haïr. Protéger n’est pas opprimer. Continuer n’est pas exclure. Vouloir durer n’est pas vouloir dominer. Et inversement, se prétendre progressiste ne blanchit pas la violence ; se prétendre antifasciste ne donne pas le droit de mentir sur ses adversaires ; se prétendre du camp du Bien n’autorise ni la calomnie, ni l’intimidation, ni les coups.
En somme, ce qu’il faut refuser, c’est la double brutalité de notre époque : la brutalité physique, bien sûr, mais aussi la brutalité lexicale. Parce que les mots aussi frappent. Les mots aussi préparent. Les mots aussi fabriquent un climat.
Et lorsqu’un mot comme “extrême droite” cesse d’être une catégorie rigoureuse pour devenir une insulte automatique, il ne sert plus à comprendre le réel. Il sert à le tordre. Il sert à fabriquer des monstres commodes. Il sert à justifier après coup ce qu’on n’oserait peut-être pas encore assumer avant.
Voilà pourquoi il faut revenir à une exigence élémentaire, presque morale, presque hygiénique : rendre aux mots leur poids exact. Ne pas exagérer. Ne pas minimiser. Ne pas tricher. Et rappeler, encore et encore, parce qu’il faut aujourd’hui rappeler les choses les plus simples comme si elles étaient révolutionnaires, que l’amour de son pays n’est pas une honte, que la défense de sa civilisation n’est pas un crime, que le respect de la loi n’est pas du fascisme, et que la volonté de survivre n’est pas une pathologie politique.
Car au fond, tout est là. Un peuple qui ne veut plus survivre finit toujours par appeler tolérance ce qui le dissout, ouverture ce qui le remplace, humanisme ce qui l’efface. Et il finit aussi, plus gravement encore, par traiter d’extrémistes ceux qui lui rappellent simplement qu’un monde sans murs, sans mémoire, sans transmission, sans fidélité et sans frontières n’est pas un monde plus humain : c’est un monde plus faible, plus flou, plus manipulable, plus liquide, c’est-à-dire un monde où plus rien ne tient, où plus rien ne protège, où plus rien ne dure.
© Cyril Chevrot
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