Les bras m’en tombent. Jeudi 7 Mai.
Je vais peut-être fonder le parti de l’Exgauche ou archéogauche. Cela rassemblerait tous ceux qui ont des tendresses sociales par héritage littéraire (Hugo, Zola, Malraux) ou familiales (beaucoup d’entre nous ont des grands-parents qui étaient des petites gens, je le dis avec dévotion, j’aime ce terme de “petites gens”). Cela fédèrerait les épuisés du socialisme, les éreintés du radicalisme (on croyait l’espèce disparue mais on en trouve encore dans le marais poitevin), les comateux de la sociale-démocratie, je ne parle pas des séniles du communisme. Tous ces gens qui, au rythme des scrutins, ont déchu à leurs propres yeux, à force d’élire de manières répétitives les mêmes perroquets, maires, députés, présidents, plaquant éternellement les mêmes analyses sur une société qui ne les attendait pas pour changer, elle.
Bon il y a la droite comme alternative, c’est le principe de la démocratie bipolaire. Mais il me suffit de regarder CNews pour être anéanti par les rengaines issues des nationalismes à drapeau, de l’identité nationale gloriolée, une forme foireuse de xénophobie. Entendons-nous, je méprise tous ceux -stalinoïdes, gauchics, insoumités, écolocataires, hezbolites- qui veulent censurer la chaîne. On a une presse de gauche, une presse de droite, une presse confessionnelle, je ne vois pas pourquoi la télé échapperait à ces disparités d’opinion. D’autant que, d’une manière générale, les chaînes d’infos continues ont tendance à se dévaluer toutes seules, à force de répéter les mêmes antiennes, produire des chroniqueurs caricaturaux ou des experts en bas de contention venus parler géopolitique.
En tant qu’archéogauchi je suis pour la défense d’Eugénie Bastié, péronnelle de CNews dont les syndicats du service public (du camp de la générosité universelle) ne veulent pas alors qu’elle a été recrutée par France 2 pour une émission politique. La donzelle est sèche comme un coup de trique, rongée par les mânes de Maurras, mais elle est bonne journaliste. Et puis, il y a 30% de voteurs dans ce pays qui veulent entendre cette voix-là qu’on le veuille ou non. Il faut s’appuyer une larve sénescente comme Jean-Michel Sanpathie, alors pourquoi pas une femme autoritaire pour garder le donjon ? La république, les copains, c’est à la fois les gros réacs et les bolchos rances. Et partout autour, des millions de blaireaux, comme moi, qui veulent de la tolérance et pas de paranoïa.
En tant qu’archéogauchi, je suis pour la promotion du plateau de charcuterie. J’adore les rillettes, le saucisson, le pâté, n’en déplaise à Sa Rectitude de la Grande Mosquée de Paris (je mets des initiales partout sinon je me fais traiter de Mophobe). Jadis on allait à la mosquée pour boire du thé et se hammamer un peu, avec la sensation de retrouver un Orient souriant, celui qu’on aimait. Maintenant c’est une officine kafirophobe avec à sa tête monsieur Hafiz Chems-Eddine. L’homme, en pleine complainte de persécuté, déplore les banquets avec porc qui excluent ses pareils. Il est devenu consultant pour le Gault et Millau ? Pour les fruits de mer, on peut en manger ? Sinon Hafiz on peut écouter de la musique ? Une dernière chose, le dessin figuratif est-il autorisé au fronton des monuments ? En ce moment ça rame beaucoup entre les croyants et les autres. Il faut craindre qu’à présent les gens qui s’occupent du hammam soient des hamasseurs.
© Denis Parent
La Chronique de Denis Parent « Les bras m’en tombent », que tous ses lecteurs assimilent à ses humeurs, est née il y a trente ans dans « Studio Magazine », où l’auteur nous entretenait de cinéma.

Vient de paraître: « Imago »


Poster un Commentaire