Il existe un vieux conte populaire appelé « Le Crocodile et la Vieille Dame». Une femme vit au bord d’un lac. Un petit crocodile apparaît. Il est faible, alors elle le nourrit. À mesure qu’il grandit, il a de plus gros besoins. Elle continue de le nourrir. Il devient plus fort, plus audacieux, moins craintif. Un jour, il la dévore. La morale est simple. La compassion ne change pas la nature d’un prédateur, elle ne fait que le rendre plus fort.
Je suis né dans une famille « mizrahie » (originaire du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord). Mon père était tunisien et ma mère yéménite. Plus tard dans ma vie, j’ai été placé dans un kibboutz, un monde majoritairement ashkénaze, dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah. Cela m’a donné un point de vue rare en Israël. J’ai grandi entre deux mondes juifs, le moyen-oriental et l’européen. Deux histoires, deux traumatismes, deux façons de comprendre le danger, la confiance et la survie.
Mes parents venaient de pays arabes. Ils ont vécu parmi des musulmans pendant des générations. Ils connaissaient la langue, la psychologie, les codes, les sourires et ce qui se cache derrière. Ils ne haïssaient pas les Arabes, mais ne les idéalisaient pas non plus. Ils comprenaient comment l’honneur, le pouvoir, la religion et la peur fonctionnent dans ce monde-là.
En revanche, les Juifs européens avaient une histoire différente. Ils venaient de « L’Europe des Lumières », du socialisme et de l’universalisme. Ils croyaient en la similitude fondamentale des êtres humains et pensaient que la bonne volonté serait toujours réciproque.
Cette vision a influencé la création des kibboutzim, les mouvements pacifistes et le désir de bâtir des ponts entre communautés.
Cette divergence culturelle persiste en Israël. Il ne s’agit pas de juger laquelle est supérieure, mais de reconnaître des réalités civilisationnelles distinctes.
Les communautés les plus dévastées lors de l’attaque du 7 octobre étaient principalement des kibboutzim frontaliers, de gauche, humanitaires et engagés pour la paix. Ces personnes facilitaient l’accès aux soins pour les Gazaouis en les conduisant vers des hôpitaux israéliens, collectaient des fonds pour eux, offraient du travail et développaient des projets communs, convaincues que la bienveillance serait réciproque.
Ce que beaucoup n’ont pas vu, c’est que pendant qu’ils le nourrissaient, le crocodile grandissait. Ce soutien apporté sans méfiance a permis au danger de croître progressivement, sans que la majorité en ait conscience. La menace s’est développée en silence, alimentée par une confiance qui semblait naturelle et rassurante.
Après le 7 octobre, nous avons trouvé les cartes des Kibboutzim, les listes de noms, les plans des maisons, les notes indiquant où dorment les enfants, où est le chien, qui tuer en premier, etc… Ce n’était pas de la rage, c’était du renseignement patiemment collecté pendant des années. Ces informations provenaient de l’accès, de la confiance et de la proximité. De l’ouverture même censée créer la paix. Cette organisation minutieuse a révélé que la menace n’était pas improvisée, mais mûrie dans l’ombre grâce à une relation de confiance.
C’est la « Taqiyya » (dissimulations et tromperies pour arriver à ses fins) en pratique. Sourires, coopération et dépendance utilisés pour préparer le massacre. Derrière une façade de convivialité et d’entraide, la confiance a été détournée pour servir un projet destructeur, dissimulant les intentions réelles sous une apparence de bienveillance.
Les Juifs mizrahim (Mizrahi aux pluriel) ont averti de cela pendant des décennies, non par haine mais par mémoire. Ils savaient qu’au Moyen-Orient, c’est le pouvoir qui est respecté, pas la bonne volonté. La faiblesse n’est pas accueillie avec compassion, elle est exploitée. Leur expérience a servi de mise en garde contre une naïveté dangereuse, soulignant que la sécurité ne repose pas sur la gentillesse mais sur la force.
Le 7 octobre a forcé même les Israéliens les plus idéalistes à affronter cette réalité. Beaucoup des mêmes personnes qui croyaient autrefois en une coexistence absolue disent aujourd’hui qu’elles ne font plus confiance à ce qui se tient de l’autre côté de la clôture. Le crocodile a montré ses dents. Ce jour-là, la confiance s’est effondrée, laissant place au doute et à la peur face à une menace désormais visible.
Ce qui m’inquiète maintenant, ce n’est pas seulement Israël. C’est la diaspora juive en Occident. New York, Londres, Sydney, Paris. Beaucoup voient encore le monde à travers des lunettes européennes. Ils supposent que tout le monde joue selon les mêmes règles morales. Ils supposent que l’islam radical n’est qu’une autre opinion politique. Ils supposent que la tolérance sera rendue par la tolérance. Cette vision, fondée sur l’universalité des valeurs, expose à des risques similaires à ceux vécus en Israël, par une confiance excessive et une sous-estimation du danger.
Pendant ce temps, le crocodile nage parmi eux. On le voit par l’intimidation dans les rues, les appels ouverts à la violence, les foules hostiles, le ciblage des quartiers et des institutions juives. On le voit chez des politiciens qui l’apaisent pour des voix électorales, que ce soit Mamdani à New York ou le maire de Londres. On le voit même parmi des Juifs qui croient agir vertueusement tout en aidant à donner du pouvoir à des idées qui les méprisent. La menace est présente, souvent ignorée ou minimisée, mais elle s’infiltre dans le tissu social.
La vieille dame pensait être gentille, en vérité, elle nourrissait son propre bourreau. Ce récit illustre la tragédie d’une gentillesse détournée, où l’on croit faire le bien tout en renforçant ce qui causera sa propre perte.
Je ne prétends pas détenir une vérité absolue. Je partage ce qu’un enfant mizrahi élevé parmi des Ashkénazes a appris en se tenant entre deux mondes. Le 7 octobre n’a pas été seulement une attaque. Ce fut une révélation de ce qui se produit lorsque l’on confond un crocodile avec un voisin. L’événement a servi de prise de conscience, invitant à repenser la nature de la confiance et le discernement nécessaire face au danger.
Il est peut-être temps, en Israël comme dans la diaspora, d’arrêter de nourrir le crocodile. Cette réflexion invite à la prudence et à la lucidité, afin de ne plus perpétuer une menace par excès de confiance.
Il est peut-être temps, en Israël comme dans la diaspora, d’arrêter de nourrir le crocodile.
Texte de Yehuda Meitav traduit de l’original.

Une approche juste mais incomplete .
Le 7/10 c est aussi la faillite de la foi absolue en la superioritė donnée par la technologie : des mobylettes et des vieux kalachnikov ont detruit cet univers high tech en quelques minutes .
C est aussi la fin de la morgue israelienne qui , quelque part , regarde les arabes de haut en imaginant qu un certain niveau de bien etre calmera leurs ardeurs nationalistes .
C est enfin la faillite d un mode de pensée calqué uniquement sur la vision occidentale de monde arabe , sans deployer le simple effort qui consisterai a etudier les idees de l autre et ses aspirations !
L occidental se croit tellement superieur qu il n imagine pas que son modele puisse etre remis en cause , c est pathetique ,c est raciste , et c est une realité malheureusement encore actuelle : oui les non occidentaux ont leur propre approche de la vie et ils ne se battent pas pour adopter la notre , il serait temps de le decouvrir .