EXCLUSIF – Les écologistes britanniques ont adopté une motion qui assimile le sionisme à une forme de racisme, au risque de favoriser la montée du nouvel antisémitisme. La lutte contre la judéophobie d’extrême droite ne doit pas masquer la menace que fait peser l’islam radical sur les Juifs en Europe, assurent cinq personnalités.

Les écologistes britanniques ont choisi une bien singulière façon de marquer le troisième anniversaire des massacres du 7 octobre. Le Parti vert de Zack Polanski, dont l’un des adjoints scande volontiers « Allah akbar » au soir de son élection, ne recule devant rien pour séduire une population plus perméable que la moyenne aux préjugés antisémites, comme diffuser sa propagande électorale en ourdou : signe des temps, la langue de Shakespeare a été déchue de son rang dans certaines circonscriptions. Ainsi le parti vient-il d’adopter une motion qui assimile le sionisme, soit le droit des juifs à disposer d’un État, à une forme de racisme. À cela, il préfère un « État palestinien démocratique unique » sur l’ensemble de la Palestine historique, avec Jérusalem pour capitale et un droit au retour pour les Palestiniens et leurs descendants. Au regard de la riche tradition démocratique du monde musulman et de son respect proverbial des minorités, il eût été plus simple d’appeler à jeter les Israéliens à la mer, fussent-ils juifs, arabes ou autres.
En France, la controverse porte sur les propos antisémites accablants que Mediapart attribue à Jordan Bardella. Falsification, ou péché de jeunesse soralienne ? L’avenir dira quelle part de sincérité renferme la défense choisie par le Rassemblement national et si cette séquence enrayera la banalisation d’un parti aux portes du pouvoir. Dans un pays où la mémoire de la Seconde Guerre mondiale hante la vie politique, le soupçon que le RN peine à s’affranchir de ses démons retenait jusqu’ici ses derniers électeurs potentiels. On aurait tort, pourtant, de réduire cette normalisation aux seules purges de Marine Le Pen, que la décence lui intime de poursuivre : elle procède avant tout de la lâcheté des partis rivaux face aux mutations de la haine antijuive en Europe.
Longtemps, cette haine a pris les masques du christianisme, du socialisme ou du nationalisme. Mais tandis que le vieil antisémitisme refluait, sans disparaître tout à fait, l’Hexagone devenait le foyer d’une haine plus virulente, venue d’un monde musulman où la diabolisation des juifs demeure la norme, comme l’ont documenté avec bravoure des auteurs qui en sont issus comme Riad Sattouf, Kamel Daoud et bien d’autres.
Quatorze siècles durant, les sociétés musulmanes ont refusé l’égalité aux dhimmis, juifs comme chrétiens, et a fortiori aux incroyants. L’Orient n’a connu ni son Pierre Bayle ni son Clermont-Tonnerre, et moins encore son Vatican II. De même que l’esclavage en terre d’islam recula sous contrainte extérieure, il fallut la pression des empires français et britannique pour que les juifs d’Orient accèdent à l’émancipation, avant que les indépendances arabes n’en jettent plus de 800 000 sur les routes de l’exil, chassés de terres où leur présence précédait souvent l’expansion musulmane.
Les enquêtes d’opinion suggèrent que les musulmans de France sont deux à trois fois plus enclins que le reste de la population à exprimer leur antipathie envers les juifs, à leur prêter une emprise excessive sur la politique, les médias ou la finance, voire à les rendre responsables des crises économiques.
Et loin du devoir de mémoire engagé par l’Europe au sortir des crimes du XXe siècle, c’est peu dire que le monde musulman n’est pas submergé par l’autocritique et ne célèbre pas les voix qui s’y essaient. Aussi cultive-t-il sa nostalgie coloniale, reprochant aux juifs et à la naissance d’Israël d’avoir rompu la prétendue concorde judéo-musulmane qui aurait fleuri à l’ombre des califes.
Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le sort des juifs d’Europe se dégrade à mesure que le continent s’islamise, sous l’effet de politiques migratoires que les partis traditionnels s’abstiennent d’interroger, par crainte d’avouer leur rôle dans ce déclin. Les enquêtes d’opinion suggèrent que les musulmans de France sont deux à trois fois plus enclins que le reste de la population à exprimer leur antipathie envers les juifs, à leur prêter une emprise excessive sur la politique, les médias ou la finance, voire à les rendre responsables des crises économiques (Fondapol, 2024). Ils sont 45 % à qualifier les massacres du 7 octobre d’« actes de résistance contre la colonisation », contre 10 % de l’ensemble des Français (Ifop, 2023). Près de la moitié des musulmans souhaitent la disparition d’Israël à moyen ou long terme, une proportion qui atteint 62 % chez les plus jeunes d’entre eux (Ifop, 2024).
Un an et demi avant d’asséner à la tribune de l’ONU la contrevérité selon laquelle le Hamas ne sévissait pas en Cisjordanie, le président de la République jugeait « inexplicable » la flambée des violences antisémites en France. Emmanuel Macron feignait d’ignorer vingt ans de documentation, sans parler des notes qui s’amoncellent sur son bureau, sur le profil de ceux qui vandalisent les synagogues, chassent les élèves juifs des écoles publiques et y rendent plus difficile l’enseignement de la Shoah. D’Ilan Halimi à Mireille Knoll, en passant par la famille Sandler et tant d’autres, tous les Français juifs tués parce que juifs depuis le début de ce siècle l’ont été par des islamistes. Ceux-ci sont surreprésentés parmi les auteurs de violences antisémites dans la plupart des pays d’Europe occidentale, quand ils n’en commettent pas la majorité. Autant de chiffres que nombre de médias, à commencer par celui de M. Plenel, se gardent soigneusement d’éclairer, pratiquant la désinformation par omission. Ils trouvent un renfort inattendu dans la pusillanimité des figures tutélaires du judaïsme français, trop tétanisées par le qu’en-dira-t-on pour porter dans le débat public les réalités du terrain.
En 2010, le Néerlandais Frits Bolkestein scandalisait son pays en conseillant aux « juifs conscients » de quitter la patrie de Spinoza, au vu de ses évolutions démographiques. Quatorze ans plus tard, les rues d’Amsterdam devenaient le théâtre d’une chasse aux juifs menée par des éléments d’origine maghrébine. Peu après, la responsable de la police berlinoise conseilla aux juifs et aux homosexuels d’éviter des quartiers à forte présence arabe.
S’il est vital de traquer l’antisémitisme chez les aspirants au pouvoir, il ne l’est pas moins de déjouer les périls les plus pressants qui guettent les Français juifs et leurs concitoyens, musulmans compris : c’est, après tout, hors des pays musulmans que ces derniers jouissent de la condition la plus enviable. À moins que la lutte contre l’antisémitisme ne soit qu’un prétexte aux querelles partisanes et à la vertu ostentatoire ? Ce serait hâter l’heure où l’on évoquera les juifs de France et la civilisation européenne comme on parle aujourd’hui du judaïsme arabe et de la chrétienté d’Orient : comme les vestiges d’un temps révolu.
Les signataires : Stéphane Azihari (essayiste), Élisabeth Badinter (philosophe), Georges Bensoussan (historien), Jean Quatremer (journaliste), Philippe Val (journaliste).
Source : Tribune collective – Le Figaro

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